Lutte contre le SIDA en Guinée : des progrès réels enregistrés, mais une riposte sous menace financière

sida

CONAKRY- À l’horizon 2030, l’objectif mondial d’éliminer le sida comme menace de santé publique reste la boussole de la riposte guinéenne. En 2025, la République de Guinée, sous la coordination du CNLS (Comité National de Lutte contre le Sida) placé sous l’égide de la Primature, dresse un bilan contrasté de sa stratégie nationale. Entre progrès épidémiologiques encourageants, promulgation d’un cadre juridique historique et persistance de goulets d’étranglement financiers profonds, le point sur une lutte à la croisée des chemins.

Panorama épidémiologique : Une stabilisation, mais des disparités de genre criantes

Selon les estimations de Spectrum 2025, la prévalence du VIH dans la population générale adulte (15-49 ans) s’établit à 1,28 %, confirmant une tendance globale à la baisse. Toutefois, cette moyenne cache une réalité contrastée : la vulnérabilité accrue des femmes. Le taux de prévalence est en effet plus de deux fois plus élevé chez ces dernières (1,73 %) que chez les hommes (0,82 %). Chez les jeunes filles de 15 à 24 ans, il atteint 0,71 %, contre 0,30 % chez les garçons du même âge.

Dans l’ensemble, le pays compte environ 131 810 personnes vivant avec le VIH (PVVIH), dont 120 402 adultes et 11 408 enfants de 0 à 14 ans.

Sur le front de la mortalité et des nouvelles infections, la dynamique souffle un vent d’espoir :

  • Les nouvelles infections ont chuté de 42% en dix ans, passant de 9 145 cas en 2015 à 3 875 en 2025.
  • Les décès liés au sida ont reculé de 63%, passant de 6 210 cas en 2015 à 3 916 en 2025.

Néanmoins, la situation des populations clés reste un sujet de vive inquiétude pour les autorités sanitaires. Les taux y explosent par rapport à la moyenne nationale :

  • Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) :  9,8 % (avec un pic alarmant à Conakry atteignant 13,1 %). 11,4% en 2018 à 9,8% en 2022. Cette prévalence reste mitigée par région : 9,1% en 2018 contre 13,1% en 2022 à Conakry ; 17,1% en 2018 contre 11,2% en 2022 à N’Zérékoré et 12,1% en 2018 contre 10,5% en 2022 à Boké. 
  • Professionnelles du sexe (PS) : 4,9 % (avec des foyers plus intenses à Boké avec 9,4 % ou Labé à 7,3 %). 10,7% en 2018 à 4,9% en 2022. Cette prévalence reste toujours basse dans les régions de Boké 16% en 2018 contre 9,4% en 2022 ; Labé 27% en 2018 contre 7,3% en 2022, Conakry 11,3% en 2018 contre 4,4% en 2022 et Mamou 13,3% en 2018 contre 1,8% en 2022 ;
  • Utilisateurs de drogues injectables (UDI) : une prévalence pondérée de 3,6 %, qui grimpe jusqu’à 10,2 % chez les femmes UDI.

Avancées programmatiques : Le défi de la transmission mère-enfant et du traitement

Du côté de la prise en charge, la « cascade des 95-95-95 » affiche des dynamiques intéressantes. En 2025, le pays recensait plus de 105 498 personnes sous traitement antirétroviral (TAR), avec de belles performances de mise sous ARV (98%) et de suppression virale chez les patients suivis (89%).

En matière de Prévention de la Transmission Mère-Enfant (PTME), portée par un réseau de 559 sites, le dépistage chez les femmes enceintes a touché 92,1% d’entre elles (soit 655 829 dépistées). En revanche, le bât blesse concernant le dépistage précoce des nourrissons (EID) par PCR à la 6ème semaine : celui-ci ne couvre que 48% des enfants exposés (loin de la cible des 85%), plombé par la lenteur du transport des échantillons et des ruptures logistiques.

Une révolution juridique : La Loi L/2024/001/CNT

L’année 2025 s’est aussi distinguée par un tournant institutionnel fort : la vulgarisation active de la loi L/2024/001/CNT du 12 janvier 2024, relative à la prévention du VIH, à la prise en charge et à la protection des PVVIH. Conçue pour éradiquer l’impunité, la stigmatisation et les discriminations, cette législation garantit la gratuité des soins et protège formellement les droits des couches vulnérables à travers des ateliers de dissémination déployés de Conakry à l’intérieur du pays.

Les vulnérabilités structurelles : L’épineux problème du financement

Malgré ces victoires d’étape, de redoutables failles menacent la pérennité de la riposte nationale :

  1. Une dépendance excessive à l’aide extérieure : Le budget requis pour l’année s’élevait à plus de 419 milliards GNF (~49,3 millions USD), mais seulement 46,7 % ont été mobilisés (23 millions USD). Le Fonds mondial finance 49 % de la réponse, MSF-Belgique 27 %, et Solthis 8 %. L’État guinéen, à travers le BND/SE-CNLS, ne contribue qu’à hauteur de 3 %.
  2. Le couperet du désengagement des partenaires : La réduction de 9 % des fonds du Fonds Mondial (GC7) couplée au retrait programmé de MSF-Belgique d’ici 2027 fait planer une menace critique sur le suivi de plus de 14 000 patients.
  3. Barrières d’accès et ruptures logistiques : Le rapport pointe des ruptures sporadiques d’intrants (préservatifs, réactifs, charges virales) et la persistance de frais indirects à la charge des patients (bilans biologiques, médicaments pour infections opportunistes).
  4. L’angle mort des populations mobiles : Routiers, mineurs des zones aurifères (Boké, Siguiri), pêcheurs et forces de défense restent insuffisamment couverts par les programmes ciblés récents.

Perspectives

Pour tenir le pari d’en finir avec le sida d’ici 2030, les recommandations formulées par les experts et les acteurs de terrain dans le rapport appellent à des décisions politiques courageuses :

  • Augmenter substantiellement la subvention nationale allouée à la santé et au VIH pour s’affranchir de la volatilité de l’aide internationale.
  • Renouveler d’urgence le parc automobile de la riposte pour fluidifier les supervisions et acheminer sans retards les intrants de santé dans les districts sanitaires les plus reculés.
  • Garantir la gratuité intégrale du suivi biologique (bilans de suivi et charges virales) pour éviter l’abandon des soins par les patients les plus démunis.
  • Impliquer activement le secteur privé dans la diversification des sources de financement nationales.

Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 21 septembre 2026 11:27

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