Guinée : MSF alerte sur le dépistage tardif du VIH et amorce un transfert de ses activités aux autorités sanitaires

CONAKRY- À quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre le sida, célébrée le 1er décembre de chaque année, Médecins Sans Frontières (MSF) a organisé ce jeudi 27 novembre 2025 un café-presse à Conakry. Objectif, faire le point sur l’état du VIH en Guinée, les progrès réalisés, les défis persistants, et la transition en cours du programme VIH vers le ministère de la Santé.

Le dépistage tardif, un défi toujours majeur

En Guinée, de nombreuses personnes découvrent toujours leur statut sérologique à un stade avancé. À l’USFR de Donka, structure spécialisée en prise en charge par MSF, les équipes reçoivent régulièrement des patients gravement affaiblis. Pourtant, rappelle l’organisation, un dépistage précoce et une mise sous traitement immédiate permettent aujourd’hui de vivre en bonne santé, avec une charge virale indétectable — et donc sans risque de transmission.

Plus de vingt années de collaboration avec l’État guinéen

Depuis deux décennies, MSF soutient plusieurs structures sanitaires (Centres de santé et Centres médicaux Communaux) de Conakry, l’USFR de Donka (centre national de référence pour les cas avancés), ainsi que différents dispositifs communautaires comme les points de distribution des antirétroviraux.
La structure accueille aussi chaque année des universitaires pour des travaux de recherche opérationnelle, un volet essentiel à l’amélioration des pratiques médicales.

Le VIH concerne tout le monde

Pour Julien Matter, chef de mission MSF en Guinée, ce café-presse est une occasion privilégiée pour sensibiliser la population grâce au relais des médias. Il rappelle la persistance d’une forte stigmatisation : « Trop de personnes préfèrent ne pas connaître leur statut, par crainte de l’exclusion sociale. Pourtant, les progrès de la médecine sont fulgurants : une personne vivant avec le VIH peut aujourd’hui ne plus transmettre le virus, avoir des enfants, une vie de couple normale. »

Parmi les actions majeures réalisées au cours de l’année par MSF, il cite les avancées dans le dépistage de la tuberculose chez les enfants — infection opportuniste la plus mortelle chez les personnes vivant avec le VIH. Aussi, l’algorithme pédiatrique renforcé, recommandée par l’OMS, a permis de doubler les cas diagnostiqués, un progrès déterminant.

Une transition progressive vers le ministère de la Santé

Depuis l’an dernier, MSF a commencé à transférer progressivement ses activités dans structures de soins qu’elle appuyait, notamment le centre de santé Coléah et le CMC de la Minière, vers les autorités du ministère de la santé.

Sur la cohorte globale de 17 500 patients encore suivis par MSF en 2024, environ 3 000 patients ont déjà été réorientés avec succès vers une prise en charge publiques, en conformité avec les protocoles nationaux et avec un accompagnement rapproché  et régulier pour éviter toute rupture de traitement pour les patients.

« La transition complète du projet s’étendra sur trois ans et se fera de manière graduelle et responsable », explique Julien Matter. Il insiste sur le fait qu’un tel processus demande une préparation minutieuse : planification budgétaire, approvisionnements en médicaments et intrants via les circuits nationaux et internationaux, renforcement des personnels de soins, et une coordination continue avec le ministère de la Santé, le PNLSH et le CNLS.

L’objectif affiché reste clair : permettre aux structures publiques de prendre le relais durablement, tout en garantissant la continuité des soins pour chaque patient.

La question des ressources domestiques est centrale

Responsable de l’USFR Donka, Proffeuseur Fodé Bangaly Sako se veut rassurant sur la continuité des activités malgré la diminution de certains financements internationaux. Il insiste toutefois sur la nécessité d’un engagement accru de l’État :

« Il faut réfléchir à de nouvelles stratégies de mobilisation des ressources domestiques, pour assurer la pérennité de la prise en charge. Le VIH est devenu une maladie chronique : nous devons garantir la continuité des soins », a-t-il affirmé.

Il alerte également sur la situation du personnel : « Beaucoup de soignants ne sont pas fonctionnaires. L’État doit prendre des dispositions pour les maintenir et les fidéliser, car sans eux, la prise en charge ne peut pas fonctionner. »

Des patients craignant un vide après le départ progressif de MSF

Présidente du réseau REGAP+, regroupant des personnes vivant avec le VIH, Mme Diallo Kadiatou Bodjé exprime les inquiétudes de la communauté. « MSF offre une prise en charge globale : traitements, examens, gestion des infections opportunistes ou encore la nutrition. L’État assure surtout les ARV. Le retrait de MSF aura forcément un impact. »

Elle appelle les autorités à anticiper la transition, notamment sur la disponibilité des traitements et la fluidité des procédures :« Une personne malade ne peut pas attendre des décaissements administratifs. Il faut plus de flexibilité pour garantir l’accès régulier aux médicaments. »

Poursuivre les efforts sans relâche

Le café-presse a permis de dresser un tableau transparent de la lutte contre le VIH en Guinée : des avancées indéniables, mais aussi des défis importants, notamment la stigmatisation, le dépistage tardif, les ressources financières et la pérennité des services. 

Tous les intervenants s’accordent sur le fait que le transfert du projet VIH-TB vers l’État doit être préparé avec soin afin de ne laisser aucun patient sans prise en charge.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 28 novembre 2025 12:15

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