De père en fils : La charrue à bœufs, une tradition rurale qui se perpétue en Haute-Guinée (reportage)

DINGUIRAYE- En dépit de la mécanisation progressive de l’agriculture, la ‘’charrue à bœufs’’ ou de ‘’l’araire à la charrue’’ résiste au temps dans certaines régions du pays, comme en Haute-Guinée. A Dinguiraye et à Dabola par exemple, des jeunes hommes font l’agriculture à la charrue pour leur propre compte ou en prestataires de champs. Le système y est prisé. Des familles continuent à vivre des revenus de cette machine à soc et de jougs.

C’est fréquent de croiser des jeunes en train de convoyer des bœufs en direction des champs pour une rémunération. Dans de nombreuses contrées de Dinguiraye, 25 lignes de labour coûtent entre 40 et 50 milles francs guinéens. Au Foutah, certaines générations ne connaissent pas la charrue, parce que moins utilisée à cause du relief montagneux et des zones accidentées, explique un technicien agricole. La charrue fonctionne mieux sur les plaines, les plateaux et les zones sablonneuses. Immersion dans un système qui résiste aux temps.

 La charrue est un outil aratoire muni d’un soc pointu qui fend la terre sans la retourner contrairement à un tracteur moderne. Tirée ou tractée par un animal ou deux, la charrue touche la couche superficielle du sol et la jette de part et d’autre. Il faut suffisamment d’aller et retour pour labourer un vaste domaine. Cette pratique est encore employée en Guinée surtout dans des zones isolées et par des cultivateurs aux moyens limités.

J’ai appris la charrue auprès de mon père, je l’apprends à mon fils et à mon frère

A Diankourou-Dounet, Samba Diarra accompagné de ses enfants dresse les vaches et les soumet à la corvée habituelle. Il ne fait pas de la prestation, plutôt il travaille pour lui-même :

« Certains envoient leurs enfants pour apprendre la manipulation de la charrue aux bœufs, mais moi, je l’ai appris auprès de mon père. C’est très prisé pendant la saison culturale. Cet espace agricole m’appartient, je dois y semer du riz. Les machines et les vaches nous appartiennent. On ne se livre pas du tout à la prestation comme certains. Les deux garçons que vous voyez derrière moi ici, l’un est mon fils et l’autre est mon jeune-frère. Ils ont appris à mes côtés. Quand je suis fatigué ils me relèvent. Actuellement ils sèment le riz et moi je fais passer la charrue et les bœufs ».

25 lignes de labour à charrue c’est à 50 mille GNF

A Selouma (Dinguiraye), Daouda Diallo travaille pour lui et fait des prestations pour d’autres selon le besoin. Un travail appris auprès de son père Désormais il travaille à son propre compte, il y a un peu plus d’une décennie. Ce matin il est dans l’espace agricole d’une proche par sollicitation :

« C’est l’an dernier que nous avons commencé à utiliser le tracteur dans le bas-fond, sinon c’est la charrue aux bœufs que nous connaissons ici. La charrue est toujours en vogue à Dinguiraye. Je travaille pour moi tout comme j’ai fait la prestation pour d’autres. Ici comme vous le voyez, c’est un domaine qui appartient à une sœur, elle m’a sollicité pour faire son travail. Si c’est une prestation, 25 lignes tirées sont payées à 50.000 Gnf. Quelquefois aussi on s’entend sur la journée. Et l’avantage de travailler avec la charrue tout est naturel, les cultures poussent de façon naturelle sans engrais, sans huile de moteur ou gasoil, le reste champ reste naturel sans additif, que vous soyez pauvres ou riches c’est à la portée de tous. La pratique doit être perpétuée » explique Daouda Diallo.

La pratique de la charrue n’est pas adaptée à tout le Fouta à cause des montagnes et des reliefs accidentés

Technicien agricole à la retraite, Alpha Koundou Diallo connaît bien la pratique de la charrue avec beaucoup d’expérience grâce à de nombreuses formations et de dressage animal. Selon lui, la rareté de la pratique de la charrue dans certaines parties du Foutah s’explique par la forte présence des montagnes et des terrains accidentés. La charrue fonctionne sur les plaines, les plateaux et les espaces qui contiennent moins d’arbres :

« L’Agriculture à la charrue a été un moyen pour soulager un peu les cultivateurs, parce que la houe n’est pas si rapide. C’est toujours utilisé dans certaines contrées du Foutah comme Dalein, Popodara, Sannoun, une bonne partie de Tougué mais on néglige l’apport de la charrue. Ce n’est pas adapté partout, c’est pourquoi c’est rare dans bien de contrées au Foutah, c’est un pays de montagnes et de reliefs accidentés, la charrue aux bœufs fonctionne sur les plateaux, les plaines, les zones sablonneuses comme en haute-Guinée qui est une zone plate et vers Koundara aussi.

Maintenant ceux qui font l’agriculture sur les collines, les montagnes et où il y a des pierres ne peuvent employer la charrue. Quelquefois, la charrue à soc se heurte à des racines.  Pour cette raison, la charrue est moins utilisée ici.

C’est un travail qui demande de l’énergie et des bœufs robustes pour tirer. Actuellement même dans les zones accessibles la charrue est moins utilisée, les tracteurs ont pris le relais presque partout. Sinon les acteurs agricoles ont été formés partout dans le pays au dressage des bœufs et à la manipulation de la charrue.

En dépit de la mécanisation, la charrue restera toujours là, parce que si le domaine est petit il faut la charrue à moindre coût alors que le tracteur travaille dans un vaste domaine, sur des hectares. L’important c’est d’entretenir les vaches parce que les animaux maigres ne peuvent faire ce travail. C’est l’unique endroit où les vaches sont utiles à part la consommation », explique Alpha Koundou Diallo, technicien agricole à la retraite.

Dans les préfectures de Dinguiraye et Dabola, l’agriculture reste maintenue avec des vastes rizicoles à côté d’un élevage traditionnel avec un cheptel bien fourni.

Reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 4 septembre 2026 10:01

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , , ,

TOTAL

YELLOWBET

UBA

LONAGUI

SONOCO

AGB2G

CBG

smb-2

Consortium SMB-Winning

Annonces

Recommandé pour vous

Annonces