« Un constat dramatique » : Le lac de Sonfonia au bord de l’asphyxie
CONAKRY – Le lac de Sonfonia, situé dans la commune de Sonfonia, fait face à une dégradation préoccupante. Pollution, déchets, lavage de véhicules et absence d’aménagement menacent cet écosystème qui constitue également une source de revenus pour plusieurs riverains. Ses travailleurs installés aux abords du lac et un spécialiste de l’environnement lancent un appel aux autorités pour sa sauvegarde. Reportage!
Sur les rives du lac de Sonfonia, les activités ne manquent pas. Fleuristes, jardiniers et laveurs de véhicules y exercent quotidiennement leurs métiers. Mais derrière cette activité économique se cache une autre réalité : l’état de plus en plus préoccupant du lac.
« Le lac nous permet de laver les véhicules »
François Loua est fleuriste et lave également des voitures. Installé aux abords du lac depuis plusieurs années, il explique l’importance de cet espace naturel pour son activité. « Je suis fleuriste. En même temps, je lave aussi les voitures. Cela fait cinq mois que je lave les voitures ici, mais j’occupe cet endroit depuis presque trois ans », explique-t-il.
Selon lui, le lac offre plusieurs avantages aux personnes qui travaillent dans cette zone. « Le lac nous apporte beaucoup de choses. Il nous permet notamment de laver les véhicules. Pendant la saison sèche, cela nous permet aussi d’entretenir les fleurs », souligne-t-il.

François Loua apprécie également le cadre naturel offert par le lac, malgré son état actuel. « Ici, il ne fait pas très chaud et il y a un bel environnement. C’est pour cela que beaucoup de personnes aiment cet endroit », dit-il. Mais le fleuriste regrette surtout le manque d’entretien des alentours. « Il y a beaucoup de déchets, les alentours ne sont pas aménagés. », déplore-t-il.
Pour lui, l’État doit agir afin de préserver ce patrimoine naturel.« Le lac est un patrimoine. C’est un endroit qui existe depuis très longtemps. Il faut que l’État intervienne pour nettoyer le lac », plaide-t-il.
Il estime que la dégradation du site donne également une mauvaise image de la capitale. « Des étrangers passent au bord du lac. Quand ils voient un endroit abandonné et sale, ce n’est pas une belle image pour Conakry et pour notre pays », déplore-t-il.

Les pépiniéristes dépendent aussi du lac
À quelques mètres de là, les pépiniéristes utilisent directement l’eau du lac pour leurs activités d’arrosage. Mamadou Kandé Sylla exerce comme jardinier à Sonfonia depuis plusieurs années. Il témoigne: « Je suis sur ce lac depuis à peu près cinq ou six ans », indique-t-il.

Pour lui, le lac est indispensable à son travail. « Grâce au lac, nous arrosons nos fleurs et nos plantes. Nous utilisons son eau pour entretenir nos pépinières », explique-t-il. Ces activités, selon les observations faites sur place, participent aussi à la végétalisation des abords du lac.

Un spécialiste parle d’une situation « alarmante »
Pour Abdourahmane Diakité, ingénieur et juriste en environnement, consultant sur les questions environnementales, climatiques et de développement durable, la situation des lacs en Guinée est préoccupante. « Mon constat sur la situation des lacs en Guinée est alarmant. C’est un constat dramatique. J’ai le cœur meurtri quand je vois l’état de nos lacs », affirme-t-il. Selon lui, les lacs sont des écosystèmes fragiles, exposés à plusieurs menaces. « Les lacs sont des écosystèmes fragiles et menacés, notamment par les activités humaines et le changement climatique », explique-t-il.
À Conakry, il cite notamment le lac de Sonfonia parmi les espaces naturels qui nécessitent une attention particulière.
Déchets et eaux usées, une menace pour le lac

Le spécialiste dénonce particulièrement les pratiques qui se développent autour du lac.
« Nous voyons des activités de lavage de véhicules le long du lac. Les opérateurs prennent l’eau du lac pour laver les voitures, puis les eaux usées retournent dans le lac », constate Abdourahmane Diakité.
Pour lui, cette pratique contribue directement à la pollution de l’eau. « Ils prennent de l’eau propre du lac pour laver les véhicules et l’eau sale retourne encore dans le lac. Cela contribue à la pollution et menace les espèces aquatiques », estime-t-il.
L’environnement du lac abrite en effet différentes espèces animales et végétales. D’après le spécaialiste, sa dégradation pourrait avoir des conséquences importantes sur l’équilibre écologique. « Dans un lac, il y a des poissons et beaucoup d’autres espèces aquatiques. Ces espèces participent à l’équilibre de l’environnement », rappelle-t-il.

« Dans dix à vingt ans, on risque de parler du lac au passé »
L’expert tire la sonnette d’alarme sur l’évolution du lac de Sonfonia. « Si rien n’est fait, dans dix à vingt ans, on risque de se souvenir qu’il y avait un lac à Sonfonia », prévient-il. Selon lui, l’apparition d’îlots et de végétation au milieu du plan d’eau constitue déjà un signe inquiétant. « Aujourd’hui, on voit des îlots qui se sont créés au milieu du lac. Des plantes et des herbes commencent à pousser dans l’eau. Cela montre que l’écosystème aquatique est en train de se transformer », explique-t-il. Pour Abdourahmane Diakité, cette évolution doit pousser les autorités à agir rapidement. « Le lac est déjà à une phase très avancée de dégradation. Si rien n’est fait, sa disparition pourrait devenir une réalité », insiste-t-il.
Un appel au gouvernement et aux acteurs privés
Face à cette situation alarmante, le consultant appelle à une action collective. « Je lance un appel solennel au gouvernement guinéen, à la mairie, aux ONG, mais aussi aux acteurs économiques. Il faut se lever parce que cela devient un problème collectif », affirme-t-il.
Il estime toutefois que l’État doit jouer un rôle central dans la protection du site. « L’État est le premier garant de la protection de l’environnement. Il doit donc mettre en place des mesures correctives », rappelle-t-il.

Il cite notamment les départements chargés de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement. « Le lac de Sonfonia doit être parmi les priorités en matière d’assainissement. Il faut s’attaquer aux déchets solides et aux déchets liquides qui polluent le lac », soutient-il.
Transformer le lac en espace touristique
Au-delà de la protection environnementale, Abdourahmane Diakité voit également un potentiel touristique et économique autour du lac. « Ce lac a une valeur touristique. En le valorisant, il peut devenir une source de revenus », estime-t-il. Selon lui, les autorités pourraient aménager les abords du lac pour en faire un espace de détente et de loisirs. « Il faut récupérer l’environnement du lac, le protéger et mettre en place un programme pour transformer ce problème en solution économique », propose-t-il.
Il encourage également l’implication du secteur privé. « Le gouvernement peut récupérer et protéger l’espace, mais il faudra aussi des acteurs économiques pour le valoriser », ajoute-t-il.

Faire un inventaire et réhabiliter le lac
Pour le spécialiste, la première étape doit être de mieux connaître l’état réel du lac. « Il faut faire un inventaire et commander une étude. Cette étude permettra de faire un diagnostic et de déterminer jusqu’où doit aller la réhabilitation du lac », explique-t-il.
Il évoque également la possibilité de délimiter et de protéger le site. « S’il faut clôturer le lac, il faut le faire. Il faut aussi retirer les déchets et les débris qui se trouvent au fond », propose-t-il. Mais toutes les activités autour du lac ne sont pas forcément nuisibles, souligne-t-il.

« J’ai aussi trouvé des activités qui sont bonnes pour l’environnement, notamment les pépinières. Il faut les encourager », estime Abdourahmane Diakité.
Selon lui, les pépinières contribuent à la création d’emplois et à la végétalisation des abords du lac. « Elles créent des revenus pour les pépiniéristes et contribuent aussi à stabiliser le climat autour du lac », lance-t-il.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 2 septembre 2026 08:29Nous vous proposons aussi
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