Alerte-Route nationale n°9: « Si rien n’est fait, Koundara risque d’être coupée de Saréboido… »
KOUNDARA- C’est l’un des axes routiers les plus oubliés de la République de Guinée. La route nationale n°9, qui relie la préfecture de Koundara à la frontière avec la Guinée-Bissau, est aujourd’hui dans un état fortement dégradé.
Longue d’environ 42 kilomètres, cette voie qui relie la République de Guinée à son voisin bissau-guinéen est laissée dans un état préoccupant, voire chaotique, pour les populations et les usagers. En cette période de pluies, ces derniers redoutent une éventuelle coupure de l’axe Koundara-centre–Saréboido, l’une des plus grandes agglomérations de la préfecture après la commune urbaine, jusqu’à Kandika.

En décembre 2024, Africaguinee.com avait déjà alerté sur l’état de cette route. Deux ans après, la situation reste pratiquement inchangée. Cette année, la dégradation de cet axe stratégique a atteint un niveau particulièrement inquiétant. Les usagers n’en peuvent plus.
C’est notamment le constat dressé par Ibrahima Sory Mballo, jeune entrepreneur agricole. « La situation de la route reliant Koundara à Saréboido devient extrêmement préoccupante. À certains endroits, la voie est aujourd’hui pratiquement coupée, rendant la circulation très difficile et mettant en danger les usagers », alerte le jeune entrepreneur.

Abdourahamane Diallo, usager régulier de cet axe, partage le même constat. Ce passager d’une Renault, rencontré sur cette route, décrit également le calvaire quotidien des usagers.
« Je suis natif de Madina-Madina, un district relevant de Saréboido. Nous empruntons régulièrement cette route, au moins deux fois par semaine, notamment pour nous rendre au marché hebdomadaire. Cette route est fortement dégradée. La dernière fois qu’elle a bénéficié de travaux de reprofilage, c’était en 2010, période pendant laquelle les Chinois étaient venus réaliser les travaux de bitumage à Koundara-centre et sur la nationale n°5. Depuis cette date, jusqu’à nos jours, aucune machine n’est venue ici pour réparer cette route », rappelle cet habitant, avant de décrire les difficultés auxquelles les usagers sont confrontés.

« La route est mauvaise. Elle est envahie par les eaux stagnantes. Il y en a un peu partout. À certains endroits, c’est encore plus grave, parce que les zones occupées par les eaux sont très profondes. Lors des Assises nationales de la réconciliation, le Premier ministre Amadou Bah Oury avait été saisi par les citoyens à propos de cette situation », rappelle-t-il.
Les usagers interpellent les autorités
Abdourahamane Diallo rappelle que l’état de la route Koundara-Saréboido-Kandika reste une préoccupation majeure pour les populations. « Le Premier ministre Amadou Oury Bah est informé et, je crois, il avait promis de porter notre cri. (Car il était venu là en 2022, dans le cadre des assises nationales, ndlr). Nous attendons toujours la réaction de l’État pour la reconstruction de cette route. Chaque saison sèche, nous rêvons de voir des engins de travaux publics arriver pour refaire cette route. Nous sommes confiants quant à la concrétisation de ce rêve, avec l’aide des autorités compétentes », a-t-il lancé au micro d’Africaguinee.com.

Des évacuations sanitaires compliquées
Les difficultés que rencontrent les citoyens de l’axe Koundara-Kandika sont nombreuses et diverses. Selon plusieurs habitants, l’état de cette route présente notamment un risque important pour le transport des patients.
« La route est mauvaise. Il arrive des moments ici où, lorsqu’on a un malade et qu’on arrive à trouver un moyen de déplacement pour son évacuation, avant d’arriver à destination, le patient est déjà épuisé. Cela peut conduire à son décès. Sans une bonne route, peu importe ton impatience, tu ne pourras pas aller vite. Nous n’avons pas de route. Nous sollicitons l’aide de l’État pour arranger cet axe routier », lance Saikou Oumar Boiro, habitant de Sinthian Yembéring, un secteur relevant de Saréboido.

De son côté, Ibrahima Sory Mballo rappelle que cet axe est essentiel au désenclavement des communautés, au transport des personnes et surtout à l’évacuation des productions agricoles vers les marchés.
“Cette route internationale facilite également les échanges commerciaux entre la République de Guinée et la Guinée-Bissau, mais aussi avec la Gambie et le Sénégal”, souligne-t-il.
La sous-préfecture de Saréboido abrite en effet un marché hebdomadaire où, chaque dimanche, des citoyens venus de divers horizons, notamment de la Guinée-Bissau, du Sénégal et même de la Gambie, se retrouvent pour effectuer des échanges commerciaux. La dégradation de la route réduit aujourd’hui considérablement ce trafic, avec des conséquences importantes pour les populations et les opérateurs économiques.

« Nous sollicitons respectueusement l’accompagnement urgent de l’État et des autorités compétentes afin qu’une intervention rapide soit engagée pour rétablir la circulation et éviter l’isolement de plusieurs localités. La route Koundara-Saréboido est une urgence. Agissons avant qu’elle ne devienne totalement impraticable », lance M. Mballo.
La commune tente de maintenir la circulation
Élu maire de la commune rurale de Saréboido au mois de juillet dernier, Ninketa Bandia a lancé des travaux de reprofilage avec le soutien de la collectivité et de personnes de bonne volonté. Il rappelle toutefois que la route Kandika-Saréboido-Koundara constitue un axe international et que sa réhabilitation relève principalement de l’État.

« Sa construction relève principalement de l’État, et la commune ne dispose pas des moyens nécessaires pour réaliser un tel projet à elle seule. En revanche, nous pouvons agir sur son entretien. D’ailleurs, des travaux sont déjà en cours. Nous procédons au drainage des eaux stagnantes et au remblayage des nids-de-poule afin d’améliorer les conditions de circulation. Nous continuons également à solliciter l’appui de l’État pour une réhabilitation durable de cette route », sollicite le chef de l’exécutif communal.

Bachir Boiro, dit Kazo, ancien président de la délégation de la commune rurale de Saréboido, souligne lui aussi l’importance de cet axe, qu’il qualifie de route internationale. « Nous prions l’État de nous aider. Sinon, cette saison, il n’y aura pas de transactions de lubrifiants ni de denrées alimentaires vers chez nous », ajoute cet ancien membre de l’exécutif communal.
Les populations interpellent l’État
Sur cet axe routier stratégique pour la Guinée, l’attente des usagers ne fait que perdurer. Alors qu’une forme de désespoir et un sentiment d’abandon semblent s’installer, les voix se lèvent de plus en plus pour appeler l’État central à intervenir avant que d’autres localités ne soient totalement isolées du reste du pays.

Alors que les Infrastructures, les Transports et les Technologies figurent parmi les secteurs du programme phare Simandou 2040 du président de la République, Mamadi Doumbouya, les populations estiment que l’axe Koundara-Saréboido-Kandika devrait également figurer parmi les priorités du département en charge des infrastructures.

Dansa Camara
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 août 2026 08:00Nous vous proposons aussi
Conakry : A peine inaugurée, la route d’accès au pont de Demoudoula montre des signes de dégradation
TAGS
étiquettes: Infrastructures, Koundara, Travaux Publics









