« Toute ma famille dort à la belle étoile » : La détresse des déguerpis de Dar-es-Salam…

CONAKRY- Au deuxième jour des opérations de déguerpissement engagée au niveau de la décharge de Dar-es-Salam, la détresse reste vive chez plusieurs citoyens dont les habitations ont été démolies. Des habitants de Dar-es-Salam 2, interrogés par Africaguinee.com, dénoncent une décision qu’ils jugent « injuste » et appellent les autorités à leur venir en aide.

Selon ces citoyens, le déguerpissement ne constitue pas une solution définitive au problème de la décharge. Ils estiment que les autorités devraient plutôt s’attaquer aux ordures, responsables, selon eux, de plusieurs drames, au lieu de déplacer les populations qui vivent aux abords de la décharge.

« Nous n’avons pas où aller »

Ibrahima Sory Camara, habitant de Dar-es-Salam 2, a vu sa maison détruite par les bulldozers avec tous ses biens. Depuis, il affirme dormir dans les décombres de son ancienne concession avec sa famille, faute d’un autre endroit où aller.

« Nous avons été victime d’une catastrophe, certes, mais les autorités ne devraient pas empirer notre situation. Nous sommes avant tout des guinéens aussi. Ils sont venus démolir nos maisons. Aujourd’hui, nous n’avons pas où aller, absolument. Ils avaient accordé 72h aux occupants des maisons situées au bord de la route. Ceci, dans le but d’agrandir la chaussée. Mais sauf que nos maisons sont démolies. Nous n’avons que nos yeux pour pleurer. Cependant, nous attendons l’appui du président Mamadi Doumbouya. C’est à lui de décider de notre sort. Mais attendant, nous n’avons pas où aller, toute ma famille dort à la belle étoile », a déclaré Ibrahima Sory Camara.

Historique de la décharge de Dar-es-Salam

Ibrahima Sory Camara revient sur l’histoire de cette zone devenue aujourd’hui l’un des principaux dépotoirs d’ordures de la capitale Conakry.

« Je suis dans cette zone depuis 1977. A l’époque, ici n’était pas un dépotoir d’ordures. On ne pouvait même pas penser ainsi. C’était une carrière de sable. Les autorités d’alors avaient dit d’installer des tuyaux pour canaliser l’eau afin de la conduire dans les ménages. Pour ce faire, elles (autorités), ont intimé de déverser des ordures pour faciliter ce travail. C’est ainsi que les ordures ont été conduites ici. Ce ne sont pas des habitants d’ici qui ont fabriqué cette décharge. Nous demandons aux autorités de nous venir en aide pour notre logement. Nous comptons sur le président Mamadi Doumbouya », a expliqué ce père de famille.

« Nous avons tout perdu »

Revenant sur les circonstances dans lesquelles les habitants de ce quartier ont été informés de l’opération, Aboubacar Camara affirme que les premières informations faisaient état d’une démolition limitée aux habitations situées en bordure de la route.

« Au début, on nous avait dit que c’était une petite partie en bordure de route qu’on allait démolir mais pas les concessions. À la veille de l’éboulement, on nous avait pris pour nous envoyer au palais du peuple pour une sensibilisation, nos femmes ont passé toute la journée ce jour là-bas. Mais malheureusement, le lendemain il y a un éboulement meurtrier », a-t-il témoigné.

Selon Aboubacar Camara, les habitants ont ensuite vu leurs concessions marquées avant le passage des engins de démolition.  « Pendant que nous pleurions nos morts, ils sont venus mettre des croix sur nos concessions. Nous savons que la terre appartient à l’Etat mais c’est les citoyens font l’Etat. C’est ici que nous sommes nés et nous y avons grandi. C’est ici que nous avons nos cordons ombilicaux. Nous traiter ainsi est injuste, il faut respecter l’être humain. Nous avons tout perdu. On a besoin d’aides. On ne peut pas être plus fort que l’Etat. Du coup, nous restons derrière notre gouvernement. Nous demandons au président de nous aider. Ils doivent savoir que ce ne sont pas des Libériens ou des Léonais qui sont ici mais des citoyens Guinéens. Certes, aujourd’hui ce problème est sur nous mais qui sait, demain ce sera sur d’autres d’où la nécessité des prendre des dispositions », a lancé cet autre père de famille.

Pour cet habitant, le problème de la décharge de Dar-es-Salam doit être réglé de manière définitive, afin d’éviter que les mêmes populations ou leurs voisins ne soient confrontés à de nouvelles conséquences dans le futur.

Une autre habitante dénonce une « injustice »

Trouvée assise dans les ruines de sa maison entourée de ses enfants, Madame Camara, habitante de Dar-es-Salam, dénonce également les conditions dans lesquelles les habitations ont été détruites. Elle affirme que les populations n’ont pas eu suffisamment de temps pour se préparer.

« C’est un seul jour que nous avons vu les autorités venir nous dire qu’ils vont démolir nos habitations. Depuis l’enfance, nous ne connaissons que ce quartier (Dar-es-Salam) et cette maison. Nous n’avons nulle part où aller. Auparavant, on nous avait dit que l’opération ne concernait que le long de la route. Contre toute attente, nous avons vu nos maisons s’écrouler sous la force des machines. Nous n’avons même pas pu récupérer même une aiguille. Nous avons tout perdu. Nous dormons à la belle étoile. Et nous ne mangeons que si les voisins pensent à nous. Nous n’avons rien », a dénoncé cette mère de famille.

Entre détresse, incompréhension et espoir d’un soutien de l’Etat, les habitants dont les maisons ont été détruites disent désormais attendre une réponse des autorités. Ils souhaitent notamment une prise en charge de leur situation et surtout une solution durable au problème des ordures qui, selon eux, continue de menacer les populations riveraines de la décharge de Dar-es-Salam.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 27 août 2026 20:17

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