Mines, Data, Industrie : Les confidences du Dr Mamadou Nassirou Diallo sur l’offre académique des CPGE de Dalaba

CONAKRY- Alors que la Guinée fait face à des besoins cruciaux en cadres qualifiés dans les mines, l’industrie et le numérique, les Classes Préparatoires de Dalaba s’affirment comme un pôle d’excellence scientifique en Guinée. Dans cette interview exclusive, le Dr Mamadou Nassirou Diallo, responsable pédagogique détaille la vision de l’institution, le suivi de ses étudiants à l’international et les nouveaux défis pour installer durablement le pays sur la carte de l’élite scientifique.

AFRICAGUINEE.COM:  Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les CPGE de Dalaba sont confrontées ?

Dr. Mamadou Nassirou Diallo : Les défis sont immenses. La Guinée a besoin d’un grand nombre d’ingénieurs, de techniciens et de cadres qualifiés dans des secteurs stratégiques comme les mines, l’informatique, la finance, l’industrie, entre autres. Notre principal défi est de pousser encore plus loin l’excellence. Cette année, nous avons enregistré un taux de réussite de 100 %, mais nous n’avons pas encore réussi à faire intégrer certaines écoles d’élite, notamment l’École polytechnique de Paris. C’est l’un de nos objectifs. Chaque année, nous cherchons à hisser nos étudiants vers les établissements les plus prestigieux afin qu’ils obtiennent les meilleurs classements et puissent intégrer les meilleures grandes écoles. Car il y a les grandes écoles, mais parmi elles, certaines occupent une place d’excellence. C’est ce niveau que nous visons.

Quels sont vos objectifs à moyen et à long terme pour faire des CPGE de Dalaba un véritable vivier d’excellence scientifique en Guinée ?

Notre premier objectif est de former une masse critique de compétences. D’ici trois à cinq ans, nous espérons compter une centaine de jeunes Guinéens formés comme ingénieurs dans différents domaines. Aujourd’hui, une quarantaine de nos étudiants poursuivent déjà leurs études en France et au Maroc. Ils se spécialisent dans plusieurs filières de l’ingénierie : les mines, l’industrie, l’informatique, la science des données (data), la mécanique, entre autres. Tous ces jeunes ont l’ambition de revenir en Guinée afin de mettre leurs compétences au service du développement du pays. D’ailleurs, certains sont déjà revenus cette année pour effectuer leur stage de fin d’études dans des entreprises ou des institutions guinéennes. Nous sommes convaincus que ces jeunes constituent une élite en formation, appelée demain à contribuer au développement de l’État et de l’économie nationale.

Un autre sujet revient souvent : existe-t-il un dispositif de suivi de ces étudiants afin de faciliter leur retour en Guinée et leur insertion professionnelle ?

Ce que l’on ne dit pas toujours, c’est qu’au sein des CPGE, nous formons une véritable famille. Il y a la direction, les enseignants et les étudiants, mais surtout un esprit de solidarité. Durant les deux années de formation, nous préparons les étudiants sur le plan scientifique et technique, mais aussi sur les plans humain, civique et patriotique. Nous accordons une grande importance au sens des responsabilités et à l’attachement au pays. Nous assurons donc un suivi régulier de nos anciens étudiants. Par exemple, cette année, lorsque la nouvelle promotion s’est rendue en France pour passer les épreuves orales des concours, ce sont les anciens qui les ont accueillis, orientés et accompagnés jusqu’aux différents centres d’examen.

Lire aussi- Classes préparatoires de Dalaba : Critères, épreuves, filières, classement au Figaro… Le Dr Mouhamadou Nassirou Diallo dit tout

Ils ont eux-mêmes mis en place un réseau d’entraide destiné à faciliter l’intégration des nouveaux étudiants et à améliorer leurs conditions d’installation en France. C’est une solidarité qui dépasse les promotions. Lorsque nous échangeons avec eux, la grande majorité exprime le souhait de revenir travailler en Guinée. Comme je l’ai indiqué, deux d’entre eux sont déjà revenus cette année pour effectuer leur stage dans le pays. Je pense que dans cinq à dix ans, un nombre important de ces jeunes reviendra contribuer au développement national. Bien entendu, leur retour dépendra aussi des opportunités qui leur seront offertes. Si des conditions favorables sont réunies et qu’ils peuvent exercer leurs compétences en Guinée, je suis convaincu que beaucoup choisiront de rentrer. Ils en ont la volonté et le patriotisme.

Quels sont vos principaux partenaires ?

Nos partenariats sont assez diversifiés. Nous travaillons d’abord avec plusieurs institutions africaines. En Côte d’Ivoire, nous collaborons avec l’INP-HB, un partenaire de longue date. Au Sénégal, nous entretenons un partenariat avec les CPGE de Thiès. En Tunisie, nous travaillons avec l’IPEST, notamment dans le cadre de la formation des futurs enseignants des CPGE de Dalaba. Cette année, nous allons sélectionner une dizaine d’étudiants qui seront envoyés en Tunisie pour une formation de deux à trois ans. Ils y prépareront l’agrégation avant de revenir enseigner à Dalaba. Nous avons également des partenariats avec le Maroc, notamment avec l’École Centrale Casablanca et les Arts et Métiers de Rabat, où certains de nos étudiants poursuivront leurs études cette année.

En France, nous collaborons avec plusieurs institutions de référence, notamment l’École polytechnique de Paris, le lycée du Parc à Lyon, le lycée Chaptal, ainsi que le Service des concours des grandes écoles (SCEI). C’est grâce à ce partenariat que Dalaba est devenu un centre officiel d’organisation des épreuves écrites. Sans cet appui, nos étudiants seraient contraints de se rendre en Côte d’Ivoire ou au Sénégal pour composer.

À cela s’ajoute le soutien constant de l’ambassade de France en Guinée, qui nous accompagne depuis le lancement du projet. Elle joue un rôle essentiel dans l’organisation des concours à Dalaba, notamment en assurant l’acheminement des sujets et le retour des copies en France pour leur correction.

Nous bénéficions également de l’accompagnement du consulat de France pour les procédures de visa. Jusqu’à présent, nos étudiants obtiennent leur visa en trois ou quatre jours, ce qui facilite considérablement leur départ pour la poursuite de leurs études.

Depuis leur création, les CPGE de Dalaba affichent un dynamisme salué par de nombreux observateurs. Certains craignent toutefois que cette dynamique ne s’essouffle avec le temps. Que pouvez-vous leur répondre ?

Je comprends cette préoccupation, mais je reste confiant. Nous disposons d’une équipe engagée et profondément motivée. D’ailleurs, je vous invite à venir à Dalaba pour voir de vos propres yeux comment nous travaillons, comment les étudiants vivent et dans quelles conditions ils étudient. Notre modèle n’a rien d’exceptionnel. Il s’inspire simplement de celui des meilleures classes préparatoires. Ce qui fait la différence, c’est la volonté de former des jeunes vers l’excellence.

Notre principal défi consiste désormais à élargir le nombre de bénéficiaires. Aujourd’hui, nous accueillons une centaine d’étudiants. Notre ambition est de porter cet effectif à 200, puis 300, voire 500 étudiants dans les trois ou quatre prochaines années. Beaucoup de jeunes Guinéens ont le potentiel ; ils ont simplement besoin d’être accompagnés.

Quant à la qualité de la formation, elle dépend avant tout de la direction, des enseignants et de notre organisation. C’est notre responsabilité de veiller à maintenir un enseignement de haut niveau afin d’offrir aux étudiants les meilleures chances de réussite.

Pourquoi un bachelier ayant obtenu d’excellents résultats devrait-il choisir les CPGE de Dalaba plutôt qu’une autre formation ?

Tout dépend avant tout du projet de l’étudiant. Si un jeune souhaite devenir médecin, je lui conseille naturellement de suivre des études de médecine. En revanche, s’il ambitionne de devenir ingénieur, statisticien ou d’exercer dans des institutions comme l’Institut national de la statistique (INS), le ministère du Plan ou celui du Budget, alors les CPGE constituent, selon moi, la meilleure voie.

Cette année, nous avons d’ailleurs effectué un test avec nos étudiants en les présentant au concours d’entrée de l’ENSEA d’Abidjan. Il s’agit d’un concours extrêmement sélectif, ouvert à plusieurs pays de la sous-région. Sur les 25 places obtenues par la Guinée, nos étudiants en ont décroché 21.

Pourtant, ils n’avaient bénéficié d’aucune préparation spécifique. La première promotion de la filière économique avait commencé les cours seulement en octobre et les concours ont eu lieu quelques mois plus tard. Malgré cela, les résultats ont été remarquables. Cela démontre non seulement la qualité de la formation dispensée à Dalaba, mais aussi le potentiel exceptionnel des jeunes Guinéens. En quelques mois seulement, ils peuvent accomplir des progrès considérables.

Je le constate chaque jour. Des étudiants venus de Nzérékoré, de Boké ou d’autres régions arrivent avec un niveau parfois acceptable. Après une année de formation, ils révèlent des capacités remarquables. Ce sont des talents qui, sans un encadrement adapté, risqueraient de passer inaperçus dans le système universitaire classique. Notre mission est précisément de les détecter, de les accompagner et de leur donner les moyens d’accéder aux meilleures écoles.

Un lauréat et boursier de l’État orienté à l’étranger, par exemple au Maroc, peut-il renoncer à sa bourse pour tenter le concours des CPGE de Dalaba ?

Oui, c’est tout à fait possible. Chaque année, nous accueillons des lauréats qui renoncent à leur orientation au Maroc pour nous rejoindre à Dalaba. C’est encore le cas cette année, et cette tendance devrait s’accentuer. Certains élèves d’un très bon niveau préfèrent faire deux ans chez nous pour se préparer aux concours des meilleures écoles d’ingénieurs, plutôt que de suivre un cursus universitaire classique à l’étranger, où leurs perspectives d’admission en grande école pourraient être plus limitées.

Quel message souhaitez-vous adresser aux futurs bacheliers et aux autorités ?

Aux jeunes qui souhaitent nous rejoindre, je leur conseille de s’armer de courage et de se préparer dès maintenant au concours. Avec de la volonté et de l’envie, tout devient possible. Notre rôle à Dalaba est de les accueillir, de les guider et de les pousser vers l’excellence. Nous sommes parfois exigeants, mais les résultats sont là : ces étudiants deviennent nos fiertés et intègrent aujourd’hui de très grandes écoles en France ou au Maroc, qui leur auraient été difficiles d’accès par un parcours classique.

En ce qui concerne les autorités, je les remercie pour le soutien accordé depuis l’ouverture en 2023. Cette autonomie pédagogique et institutionnelle nous a permis de bâtir un modèle performant. Nous sollicitons leur accompagnement continu afin d’élargir nos capacités d’accueil à Dalaba, tout en maintenant un niveau de formation d’excellence.

Merci beaucoup, Docteur.

C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 août 2026 11:44

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , , , ,