L’IA dans les universités guinéennes : Assistant pédagogique ou outil de triche invisible ?

CONAKRY- L’intelligence artificielle prend une place grandissante dans les universités guinéennes. Des applications comme ChatGPT, Gemini ou Copilot sont désormais utilisées par de nombreux étudiants pour effectuer des recherches, préparer des exposés ou rédiger certaines parties de leurs travaux académiques. Si certains y voient un outil d’apprentissage efficace, d’autres estiment qu’elle favorise la triche et réduit les efforts personnels. À Conakry, les avis sont partagés. Reportage.

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Un assistant, pas un remplaçant

Pour Louis Balla KOIVOGUI, étudiant en licence 2 de journalisme, l’IA représente un avantage pour les étudiants. « Aujourd’hui, j’utilise souvent ChatGPT pour mieux comprendre certains cours. Quand un professeur explique un chapitre difficile, je pose des questions à l’application et elle me donne des explications simples. Je m’en sers aussi pour trouver des idées ou corriger mes fautes. Mais je ne copie pas directement les réponses. Je les relis, je les modifie et j’essaie de comprendre avant de rendre mon travail. Pour moi, l’intelligence artificielle est un assistant, pas un remplaçant », explique-t-il.

Attention aux dérives

Thierno Oumou DIALLO, une autre étudiante, reconnaît également l’utilité de ces outils, tout en mettant en garde contre leurs dérives. « Beaucoup d’étudiants utilisent l’IA, mais certains en abusent. Ils demandent à ChatGPT de rédiger entièrement leurs devoirs sans même lire le contenu. C’est dangereux parce qu’à long terme, ils n’apprennent plus à réfléchir par eux-mêmes. L’IA peut aider, mais elle ne doit pas remplacer notre intelligence », affirme-t-elle.

Chez les enseignants-chercheurs, les avis sont nuancés. M. Aliou DIALLO, enseignant-chercheur à l’ISIC de Kountia, ne déconseille pas l’usage de l’intelligence artificielle, mais appelle à une utilisation responsable.

« En tant qu’enseignant, je pense que l’utilisation de l’intelligence artificielle par les étudiants n’est pas une mauvaise chose en soit. Ce qui pose souvent problème, c’est la manière dont ils l’utilisent. Il ne faut pas laisser toutes ses idées à l’intelligence artificielle. L’étudiant doit d’abord réfléchir lui-même, puis utiliser l’IA pour reformuler, améliorer ou humaniser ses phrases, ou même son texte. Il ne s’agit pas de faire un simple copier-coller sans rien modifier. Malheureusement, certains étudiants copient le texte généré par l’IA sans apporter la moindre correction. J’ai déjà rencontré ce genre de situation. Parfois, les réponses fournies par l’intelligence artificielle ne correspondent même pas aux questions posées. Malgré cela, je reste convaincu que c’est un très bon outil lorsqu’il est utilisé de manière responsable », explique l’Universitaire.

« Il ne s’agit pas de faire un simple copier-coller »

À Conakry, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les universités suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétudes. Si elle facilite l’accès à l’information et peut améliorer l’apprentissage, son mauvais usage soulève des questions d’éthique et d’intégrité académique. Pour les étudiants comme pour les enseignants, le défi consiste désormais à faire de l’IA un outil au service du savoir, sans qu’elle ne remplace l’effort personnel.

Pour M. Aliou Diallo, le principal risque de l’intelligence artificielle est qu’elle peut pousser certains étudiants à ne plus réfléchir par eux-mêmes et à ne plus fournir les efforts nécessaires dans leurs travaux. « L’IA doit être utilisée comme un outil d’aide à la réflexion, à la recherche et à l’analyse, et non comme un moyen de faire tout le travail à la place de l’étudiant. »

Il recommande aux universités de mettre en place des règles pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Chaque établissement peut définir ses propres règles en fonction de ses objectifs (…). Il ne faut pas considérer l’intelligence artificielle comme un outil capable de remplacer l’être humain. Nous devons plutôt la voir comme un compagnon ou un assistant qui nous accompagne dans notre travail. Aujourd’hui, elle est devenue presque indispensable dans le monde numérique. C’est pourquoi les enseignants et les étudiants doivent bénéficier de formations afin de mieux comprendre son fonctionnement, ses avantages et ses limites. Une bonne formation permettra de l’utiliser de manière responsable et efficace, sans perdre notre esprit critique ni notre capacité de réflexion », a-t-il lancé.

Alpha Oumar Barry (stagiaire)

Créé le 6 août 2026 09:24

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