« Pendant trois mois, nous sommes laissés sans revenu » : La galère de certains enseignants du privé pendant les vacances
CONAKRY – Alors que les établissements scolaires ont fermé leurs portes pour les grandes vacances, de nombreux enseignants du privé se retrouvent sans salaire pendant trois mois. Une situation qui fragilise leur équilibre financier et les oblige à exercer d’autres activités pour assurer les dépenses du quotidien. Au-delà du corps enseignant, cette période pèse également sur les revenus de certains conducteurs de taxi-moto qui vivent en partie du transport des élèves.

Professeur de physique dans une école privée située à Cosa, dans la commune de Lambanyi, T.M.B décrit une situation qu’il juge préoccupante. « Moi, je suis enseignant dans une école privée à Cosa. Pendant les vacances, plusieurs d’entre nous ne sommes tout simplement pas payés. Pourtant, les charges de la famille continuent. Nous avons des enfants à nourrir, le loyer à payer et beaucoup d’autres dépenses. Nous sommes donc obligés de chercher d’autres activités pour survivre. Personnellement, je donne des cours de vacances à certains élèves afin de combler un peu le vide. Les neuf mois de salaire que nous recevons pendant l’année scolaire suffisent à peine pour couvrir les dépenses familiales. Une fois les vacances arrivées, si nous ne faisons rien d’autre, il devient très difficile de joindre les deux bouts. Nous travaillons toute l’année, mais pendant trois mois nous sommes laissés sans revenu. », a-t-il expliqué.

Même constat pour H.D, professeur de philosophie dans un autre établissement privé de la capitale. Pour éviter les difficultés financières pendant les vacances, il explique avoir anticipé en lançant un petit commerce avec son épouse. « Dans notre école privée, nous ne sommes pas rémunérés pendant les trois mois de vacances. Ici, c’est uniquement le travail effectué qui est payé. Sachant que cette période est toujours compliquée, j’ai essayé d’économiser un peu d’argent afin d’ouvrir une petite boutique. Pendant les neuf mois de cours, c’est mon épouse qui s’en occupe quotidiennement. Dès que les vacances commencent, je prends le relais. C’est cette activité qui nous permet de faire face aux dépenses de la famille. Sans cette boutique, il serait extrêmement difficile de traverser les vacances, parce que nous n’avons aucune autre source de revenu pendant cette période. », a-t-il affirmé
Pour F.B.D, enseignante dans une école privée de Conakry, tout dépend des clauses du contrat signé avec l’établissement. Elle espère toutefois bénéficier prochainement du paiement des vacances.
« J’enseigne dans une école privée de la capitale. Avant d’arriver dans cet établissement, je travaillais dans une autre école. Aujourd’hui, selon les dispositions de mon contrat, je dois d’abord accomplir deux années de service avant de pouvoir bénéficier du paiement des trois mois de vacances. C’est une condition imposée par l’administration. J’attends donc d’atteindre cette ancienneté afin de pouvoir, moi aussi, percevoir un salaire pendant cette période. En attendant, les vacances restent une période difficile sur le plan financier. »

Les conséquences des vacances scolaires ne se limitent pas au secteur de l’enseignement. Les conducteurs de taxi-moto affirment également enregistrer une baisse importante de leurs recettes.
Mamadou Kanté, conducteur de taxi-moto à Conakry, explique que la fermeture des écoles réduit considérablement sa clientèle. « Les trois mois de vacances sont très difficiles pour nous. Pendant l’année scolaire, une grande partie de nos revenus provient du transport des élèves. Chaque matin, nous les conduisons à l’école, puis nous les ramenons à la maison après les cours. Cela nous permet de faire plusieurs courses dans la journée. Mais lorsque les écoles ferment, cette clientèle disparaît pratiquement. Nos recettes baissent fortement et il devient difficile de couvrir nos dépenses quotidiennes. Nous sommes obligés de chercher d’autres clients ou de travailler plus longtemps pour gagner beaucoup moins qu’en période scolaire. »

Ces différents témoignages illustrent les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux travailleurs du secteur privé pendant les vacances scolaires. Pour plusieurs enseignants, le paiement des trois mois de congés demeure une revendication importante afin de garantir une meilleure stabilité financière tout au long de l’année. De leur côté, les conducteurs de taxi-moto espèrent une reprise rapide des activités scolaires pour retrouver leur principal flux de clientèle.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 3 août 2026 13:21Nous vous proposons aussi
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