Les avocats de l’État suspendent leurs activités : « La situation est devenue intenable », selon Me Lancei 3 Doumbouya

CONAKRY – Les avocats chargés de la défense des intérêts de l’État devant les différentes juridictions ont décidé de suspendre leur participation aux procédures. Une décision qui serait motivée par le non-respect des engagements pris par l’État, notamment en ce qui concerne le paiement de leurs honoraires et des provisions.

Alors que l’Agent judiciaire de l’État, que nous avons tenté de joindre, n’a pas souhaité s’exprimer, Me Lancei 3 Doumbouya, l’un des avocats concernés, a accepté de répondre aux questions d’Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE.COM : Selon nos informations, les avocats constitués pour la défense de l’Agence judiciaire de l’État, notamment devant la CRIEF, seraient mécontents et auraient décidé de suspendre leurs activités. Qu’en est-il ?

Me LANCEI 3 DOUMBOUYA : Non, il ne s’agit pas d’une grève. C’est une suspension de notre participation. Cette décision s’explique tout simplement par le fait que nous estimons que les dispositions nécessaires ne sont pas prises pour assurer le paiement de nos honoraires et des provisions.

Depuis combien de temps cette situation dure-t-elle ?

Cela fait plusieurs mois, pratiquement près de deux ans. Depuis tout ce temps, aucune provision n’a été versée. Nous ne pouvons donc pas continuer à supporter, sur nos propres moyens, les charges liées à la gestion des procédures de l’État. À ce rythme, si rien ne change, nous finirons tous par fermer nos cabinets respectifs.

Avez-vous saisi l’Agence judiciaire de l’État pour lui faire part de cette situation ?

Oui. Nous avons adressé plusieurs correspondances. L’année dernière déjà, nous avions entrepris la même démarche. Après ces courriers, nous avons estimé qu’il fallait laisser le temps nécessaire afin que des dispositions soient prises.

Nous avons donc continué à assurer notre mission durant toute l’année judiciaire, y compris jusqu’à ces vacances judiciaires. Mais le constat est resté le même. Nous avons finalement estimé que la situation était devenue intenable et qu’il fallait prendre une décision.

Mais les juridictions sont actuellement en vacances judiciaires, n’est-ce pas ?

Effectivement, il y a les vacances judiciaires. Toutefois, les procédures concernées sont des procédures au fond qui ne présentent pas un caractère d’extrême urgence. En revanche, les procédures d’urgence continueront leur cours normal, même pendant cette période.

Notre décision n’est donc pas liée aux vacances judiciaires. Elle résulte simplement du fait que nous avons trop attendu. Cette situation ne fait que perdurer.

Si des dispositions sont prises pour le règlement de nos honoraires, tant mieux. Dans le cas contraire, la suspension se poursuivra. Nous ne pouvons plus continuer à gérer, à nos seuls frais, des procédures aussi complexes pour lesquelles l’État nous constitue.

Combien d’avocats sont concernés ?

Il est difficile d’avancer un chiffre exact. Les correspondances ont été signées par un certain nombre d’avocats, mais certains confrères n’y figurent pas, notamment par omission.

Cette suspension concerne-t-elle uniquement les dossiers devant la CRIEF ?

Non. Elle concerne l’ensemble du territoire national. Nous sommes constitués dans des procédures à Kindia, Mamou, Boké, Boffa, Coyah, Conakry, ainsi que dans plusieurs autres localités de l’intérieur du pays. Imaginez les déplacements répétés qu’impliquent ces procédures : les va-et-vient pendant des années engendrent des coûts très importants.

Donc, il s’agit de l’ensemble des avocats constitués par l’État pour assurer sa défense ?

La suspension concerne les avocats constitués par l’État dans les différentes juridictions. Elle ne se limite pas aux affaires pendantes devant la CRIEF, mais s’étend à l’ensemble des procédures dans lesquelles l’État guinéen a constitué des avocats.

Depuis quand cette décision est-elle effective ?

Nous avons adressé une correspondance à l’Agent judiciaire de l’État pour l’informer que cette suspension prendrait effet à compter du 1er août 2026.

Jusqu’à quand va-t-elle durer ?

Jusqu’à satisfaction de nos revendications. Je précise toutefois que je m’exprime ici en tant qu’avocat directement concerné par cette situation.

Dossier à suivre !

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 2 août 2026 19:11

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