« Il a tenté de s’évader d’un camp militaire » : des précisions sur le cas du Guinéen blessé par balles au Burkina Faso…
Comment Boubacar Chérif Diallo a-t-il été blessé par balles au Burkina Faso ? Alors que cet incident suscite de nombreuses réactions, des responsables de la communauté guinéenne vivant au pays des hommes intègres ont apporté des précisions.
Contactés par Africaguinee.com, ces responsables Guinéens établis au Burkina Faso notamment à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso détaillent les circonstances dans lesquelles le jeune homme a été blessé par balles, les démarches entreprises pour sa prise en charge médicale ainsi que les efforts déployés pour lui permettre de rejoindre son frère en Côte d’Ivoire.
Les circonstances exactes des tirs selon le Consulat
Selon Moussa Kaba, secrétaire administratif du consulat honoraire de la République de Guinée au Burkina Faso, les informations relayées sur les réseaux sociaux ne correspondent pas aux éléments communiqués par les autorités burkinabè.
« Il faut vraiment que les gens comprennent que la version qui circule sur les réseaux sociaux est totalement fausse. Les faits se sont déroulés autrement, et il ne faut pas créer d’incidents là où il n’y en a pas. Il n’a pas été agressé ; au contraire, il a tenté de s’évader d’un camp militaire, ce qui est extrêmement grave. De plus, il n’a aucun document d’identité sur lui. C’est au camp militaire que tout s’est passé. Après l’interrogatoire, alors qu’on l’avait laissé un moment sans surveillance pour vaquer à autre chose, il s’est levé pour s’enfuir. Je ne sais pas comment fonctionnent les camps militaires ailleurs, mais ici au Burkina Faso, un pays en guerre, si on ne vous le dit pas, vous devriez déjà le comprendre, les mesures de sécurité sont strictes. Dans sa fuite, les militaires ont voulu l’arrêter et, en tirant de mise en demeure, les balles ont touché sa main et son pied. Voilà les informations qui nous ont été communiquées », a déclaré Moussa Kaba.

Face sa non prise en charge par les militaires, le secrétaire administratif explique qu’après les tirs, la communauté guinéenne a immédiatement pris le relais pour permettre au jeune d’être soigné.
« Quand l’incident a eu lieu, les militaires nous ont expliqué que leur protocole ne leur permettait pas de le prendre en charge ni de chercher des alternatives de soins, leur mission étant exclusivement la défense et non la médecine. Ils nous l’ont donc confié. C’est ainsi que Ibrahima Diallo s’est engagé à le récupérer et à prendre attache avec Médecins Sans Frontières. Grâce à l’assistance d’Ibrahima Diallo, il a été conduit au plus grand hôpital de Bobo-Dioulasso où il a reçu ses premiers soins », a ajouté Moussa Kaba.
De l’arrivée à Bobo-Dioulasso à l’interpellation : Le témoignage de Thierno Ibrahima Diallo
Résidant à Bobo-Dioulasso et chargé de l’information au sein du bureau du Conseil des Guinéens vivant au Burkina Faso, Thierno Ibrahima Diallo a suivi le dossier de bout en bout. Il retrace le film des événements depuis le 5 juin 2026.

« Boubacar Chérif Diallo est arrivé ici à Bobo-Dioulasso le 5 juin 2026. Il m’a rencontré au grand marché et au cours de notre conversation, il nous a fait savoir qu’il voulait continuer sa route vers le Bénin. Je lui ai demandé s’il avait ses papiers d’identité. Malheureusement, il n’avait absolument rien sur lui. Il était dans un état très négligé, vêtu d’habits sales, et tenait même une natte à la main », confie-t-il.
Malgré les alertes et les conseils de prudence prodigués sur la situation sécuritaire locale et l’importance des documents d’identité, le jeune homme n’en fera qu’à sa tête, explique Thierno Ibrahima Diallo tout en précisant que Boubacar Chérif Diallo avait même réclamé des cotisations pour financer son voyage vers le Bénin, essuyant un refus catégorique de l’association axée plutôt sur un éventuel retour au pays natal.
Quelques semaines plus tard, le drame se noue : « Quelques jours plus tard, c’était le 28 juin, la gendarmerie l’a interpellé alors qu’il tentait de quitter le pays en compagnie d’autres personnes. Il a été conduit au camp. Il n’était pas seul, mais il n’avait aucun numéro de sa famille ni aucun document prouvant sa nationalité guinéenne. Vous savez qu’ici au Burkina Faso, même ceux qui ont des papiers rencontrent des difficultés. Les contrôles sont très fréquents. À plus forte raison une personne sans papiers, mal vêtue et au comportement suspect… la situation devient vite compliquée. Il a donc été envoyé au camp pour être auditionné avec d’autres personnes. Selon les explications fournies par la police, pendant les auditions, il a tenté de s’enfuir par peur. C’est au cours de cette tentative qu’il a reçu des tirs à la main et au pied. Sa blessure à la main est particulièrement grave, c’est difficilement soutenable à voir », explique Thierno Ibrahima Diallo.

Prise en charge médicale et galère des réseaux sociaux
Alerté le 29 juin 2026, Thierno Ibrahima Diallo dit s’être rendu au commissariat avant d’enclencher une course contre la montre pour soigner Boubacar Chérif Diallo.
« Dès qu’on nous a appelés, je suis allé le chercher pour l’emmener à l’hôpital avec l’appui de Médecins Sans Frontières car il avait besoin de soins d’urgence, souffrant de blessures par balles réelles. Mais le problème sur place, c’était le manque d’accompagnement. À l’hôpital, Médecins Sans Frontières s’occupait des soins, mais il fallait quelqu’un en permanence à ses côtés pour acheter des choses ou lui donner à manger. En situation d’immigration, ce n’est pas facile. Je travaille moi-même dans une entreprise, et j’ai failli avoir de sérieux problèmes professionnels parce que j’étais le seul à m’occuper de lui ce samedi-là, au point de rater le travail. J’ai donc appelé M. Kaba, le président et secrétaire actuel du conseil, pour lui expliquer la situation », a-t-il expliqué.
Face aux difficultés pour identifier le jeune Boubacar Chérif Diallo, le responsable communautaire a expliqué avoir utilisé les réseaux sociaux, essuyant de faux espoirs avant d’entrer en contact avec un membre de la famille.
« J’ai tenté de joindre sa famille via les réseaux sociaux, ce qui m’a valu plus de 20 appels de personnes prétendant le connaître. À chaque appel, on me disait : « Oui, je le connais. » Mais lorsque je demandais quelles dispositions elles avaient pris, il n’y avait rien de concret. Jusqu’à ce qu’un de ses frères vivant en Côte d’Ivoire, nommé Ibrahim Bah, me contacte et confirme qu’il s’agissait bien de son frère. Mais il était en Côte d’Ivoire », raconte Thierno Ibrahima Diallo.
Échappée de l’hôpital et évacuation vers Abidjan
En raison de son tempérament difficile et du manque de moyens, la situation a failli dégénérer, nous confie ce responsable de la communauté guinéenne résident à Bobo-Dioulasso.
« À l’hôpital, j’étais épuisé et seul, au bout du rouleau. Le dimanche, le médecin m’a appelé pour me dire que si la situation persistait ainsi, ils ne pourraient plus le garder, d’autant plus que le jeune homme refusait d’écouter les conseils. C’est ce que je disais : s’il m’avait écouté dès le début, il n’en serait pas arrivé là. C’est son refus d’écouter qui a provoqué tout cela… Finalement, je n’avais plus les moyens de l’assister à l’hôpital et je ne pouvais pas non plus abandonner mon emploi au risque de me faire licencier. J’ai contacté son frère en Côte d’Ivoire en lui disant : ‘’Il faut prendre des dispositions, soit en envoyant de l’argent pour le transport, soit en mandatant quelqu’un pour s’occuper de lui à l’hôpital’’. J’ai personnellement dépensé de mon propre argent pour subvenir à ses besoins médicaux, mais c’était trop tard : il a fini par quitter l’hôpital de lui-même », confie-t-il.
Repéré de nouveau au grand marché grâce à l’aide d’un compatriote, Boubacar Chérif a été conduit d’urgence à la gare routière de la compagnie STAF après de longs pourparlers avec sa famille en Côte d’Ivoire, sceptique au départ en raison de la prolifération des arnaques sur les réseaux sociaux. Le coût du billet de Bobo-Dioulasso à Abidjan s’élevait à 23 000 francs CFA.
« Finalement, lundi vers 14 heures, son frère a contacté un ami basé ici à Bobo-Dioulasso pour me le confier. Et effectivement, ce matin jeudi 23 juillet 2026, son frère m’a envoyé un message pour m’annoncer qu’ils étaient bien arrivés à Abidjan. Il souffre toujours le martyre. Je lui ai conseillé de se rendre à nouveau auprès de Médecins Sans Frontières avec les documents médicaux, car d’après les estimations ici, l’opération de sa main coûterait environ 400 000 francs CFA, ce qui représente une somme considérable. Nous avions fait des radiographies de sa main et de son pied ici, mais l’intervention chirurgicale pour extraire les balles n’avait pas pu être pratiquée en raison de son départ précipité de l’hôpital. Je confirme qu’il est bien arrivé en Côte d’Ivoire ce jeudi 23 juillet 2026 », conclut Thierno Ibrahima Diallo.
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 24 juillet 2026 08:11Nous vous proposons aussi
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