Terrains à coups de milliards et salaires de misère : Qui peut encore s’offrir un toit en Guinée ? (opinion)

Il est temps que nous ayons le courage de poser une question simple : à qui sont destinés les terrains en Guinée ?

Certainement pas au fonctionnaire, pas à l’enseignant, pas à l’infirmier, pas au jeune diplômé qui débute sa carrière, ni au salarié du secteur privé qui vit de son travail.

Dans notre pays, des milliers de travailleurs gagnent chaque mois un salaire qui leur permet à peine de faire vivre leur famille. Pourtant, dans plusieurs quartiers de Conakry, de Coyah, de Dubréka et dans bien d’autres localités, les terrains sont proposés à des centaines de millions de francs guinéens, parfois à des milliards.

La question est simple : qui peut acheter ces terrains ?

Qu’on nous explique comment un citoyen qui vit de son salaire peut espérer acquérir un terrain affiché à de tels prix. Même en économisant pendant des décennies, cet objectif resterait hors de portée pour la majorité.

Lorsque le travail honnête ne permet plus d’accéder à la propriété, c’est tout le contrat social qui est fragilisé.

Une économie saine est celle où le fruit du travail permet progressivement de bâtir son avenir. Lorsqu’un terrain devient un luxe inaccessible pour ceux qui produisent les richesses du pays, quelque chose ne fonctionne plus.

Cette situation nourrit un profond sentiment d’injustice. Elle peut aussi créer un environnement où certains sont tentés de rechercher des revenus qui ne proviennent plus uniquement de leur activité professionnelle. Ce n’est évidemment pas la seule explication de la corruption ou des détournements, mais un marché totalement déconnecté des revenus ne contribue certainement pas à assainir la vie publique.

Le foncier ne devrait pas être un simple objet de spéculation. Il devrait être un levier de développement, de stabilité sociale et d’espoir pour les familles.

Nous avons besoin de plus de transparence dans les transactions foncières. Nous avons besoin de données fiables sur les prix réels des terrains. Nous avons besoin de politiques publiques qui favorisent l’accès à la propriété pour les citoyens qui vivent de leur travail. Nous avons besoin d’un débat national sur la spéculation foncière et sur la place du logement dans notre modèle de développement.

Une nation ne peut pas prospérer durablement lorsque le travail perd sa valeur et que la propriété devient le privilège d’une minorité.

La véritable richesse d’un pays ne se mesure pas au prix de ses terrains, mais à la possibilité offerte à chaque citoyen, grâce à son travail, de construire une maison, de sécuriser sa famille et de croire en son avenir.

La question mérite d’être posée à tous, sans passion mais avec responsabilité : la Guinée construit-elle un marché foncier au service de sa population, ou un marché réservé à ceux qui disposent déjà de moyens considérables ?

 

Le débat est ouvert.

 

Par Solomana KABA

Créé le 14 juillet 2026 12:28

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