« Alhamdoulillah, j’ai réussi à me relever » : Résilience, courage…Le parcours inspirant de Aïssatou Bagnan Diallo, entrepreneure agricole

De Labé à Kindia, en passant par un concours sous-régional qui a changé sa vie, Aïssatou Bagnan DIALLO s’est imposée dans un secteur longtemps considéré comme réservé aux hommes. Malgré les conflits fonciers, les actes de sabotage, les incendies et les difficultés économiques, cette jeune entrepreneure continue de faire de l’agriculture son combat quotidien. Son histoire est celle de la résilience, de la détermination et de l’espoir.

À première vue, son exploitation agricole ressemble à bien d’autres. Pourtant, derrière les cultures, les installations et même les caméras de surveillance qui veillent sur le domaine se cache une histoire de courage et de persévérance.

Originaire de Labé, Aïssatou Bagnan DIALLO a choisi très tôt de terminer les études pour se consacrer à l’entrepreneuriat agricole. Un pari risqué, mais qu’elle ne regrette pas.

« Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat il y a cinq ou six ans. J’avais quitté la classe pour me consacrer entièrement à ce domaine. En faisant des expérimentations sur le terrain, j’ai participé à un concours sous-régional où j’ai remporté un prix. C’est ce qui m’a motivée à venir à Kindia pour approfondir mes connaissances dans le secteur agricole », raconte-t-elle.

Grâce à cette distinction, la jeune femme parvient à acquérir un domaine agricole. Son parcours prend un nouvel élan lorsqu’elle bénéficie de l’accompagnement d’une fondation internationale dédiée au soutien des entrepreneurs africains.

« J’ai commencé avec mes maigres moyens. Ensuite, une institution internationale qui accompagne les entrepreneurs africains m’a soutenue. Cet accompagnement a été déterminant dans mon parcours », raconte-t-elle.

Le combat d’une femme dans un univers d’hommes

Mais très vite, la réalité du terrain rattrape ses ambitions. Dans un secteur où les femmes restent encore peu nombreuses, Aïssatou Bagnan doit affronter les préjugés et les résistances.

« Je savais que je m’engageais dans un domaine que beaucoup considèrent comme réservé aux hommes, surtout la production agricole. Je m’étais préparée psychologiquement à affronter les obstacles. »

Ces obstacles prennent rapidement une tournure plus grave. Après avoir acheté son domaine grâce à la récompense obtenue lors du concours, elle se retrouve confrontée à des conflits fonciers.

« J’ai compris plus tard que certains pensaient pouvoir récupérer la terre après avoir encaissé l’argent. Dans notre pays, les femmes rencontrent énormément de difficultés lorsqu’il s’agit du foncier. »

À cette insécurité foncière s’ajoutent des actes de vandalisme répétés. Des plantations détruites, des arbres fruitiers coupés, des incendies… Son exploitation est régulièrement prise pour cible.

« On a dévasté des plantations, coupé des arbres fruitiers et j’ai été victime d’incendies à trois reprises, sur trois campagnes agricoles successives. Dès la première attaque, je savais que les autres campagnes seraient également visées. Et c’est exactement ce qui s’est produit. »

Malgré ces pertes, la jeune entrepreneure refuse de céder. « Alhamdoulillah, j’ai réussi à me relever. J’ai recommencé mes activités malgré tout. »

La force de la patience et du soutien collectif

Pour surmonter ces épreuves, Aïssatou Bagnan dit avoir puisé sa force auprès de ses proches et de son équipe.  « J’ai été patiente. J’ai été forte psychologiquement. Ma famille, mes amis et mes collaborateurs m’ont soutenue. Nous partagions la même vision et nous nous sommes battus ensemble. Nous n’avons jamais abandonné. »

Aujourd’hui, les caméras de surveillance installées sur son exploitation témoignent des nombreuses difficultés traversées.

« Après tout ce que nous avons vécu, notamment en 2023 où nous avons enregistré d’importantes pertes, nous avons décidé de renforcer la sécurité de notre domaine. »

Un cri d’alarme pour le monde agricole

Au-delà de son histoire personnelle, l’entrepreneure attire l’attention sur les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux producteurs guinéens.  Selon elle, le manque d’accompagnement et l’insécurité freinent considérablement le développement du secteur agricole.

« Si nous accompagnons les producteurs et que nous assurons leur sécurité, les résultats seront visibles. Mais si nous les laissons seuls face à leurs difficultés, c’est toute la population qui en subira les conséquences. »

Elle estime que la hausse actuelle des prix des produits alimentaires est directement liée aux difficultés rencontrées par les agriculteurs.  « Si les producteurs ne produisent pas, il n’y aura pas suffisamment de produits sur les marchés. La flambée des prix que nous observons aujourd’hui en est la conséquence. »

À cela s’ajoute l’augmentation du coût des intrants agricoles, explique-t-elle. « J’utilise principalement des engrais organiques, mais certains produits phytosanitaires restent indispensables. Aujourd’hui, ils sont rares et très chers. Un sac d’engrais coûte entre 550 000 et 600 000 francs guinéens. Sans compter le coût de la main-d’œuvre, qui est devenu extrêmement élevé. »

Pour elle, sans un accès facilité aux intrants agricoles et un meilleur accompagnement des producteurs, les difficultés persisteront.

« Nous avons besoin d’un accompagnement concret. Si les produits phytosanitaires sont disponibles à des prix accessibles, nous pourrons produire davantage et offrir des produits de qualité. Sans matières premières, il sera impossible d’approvisionner correctement les marchés. »

Une femme qui inspire toute une génération

Malgré les attaques, les pertes financières et les nombreux obstacles rencontrés, Diallo Aïssatou Bagnan poursuit son engagement avec la même détermination. Son parcours démontre qu’au-delà des stéréotypes, de la précarité et des difficultés structurelles, la volonté peut devenir une véritable force de transformation.

Son histoire illustre le combat quotidien de nombreuses femmes entrepreneures guinéennes qui, dans l’ombre, contribuent à renforcer la sécurité alimentaire, créer des emplois et bâtir une agriculture plus résiliente.

Un reportage de Chérif Kéita

Correspondant d’Africaguinee.com

A Kindia

Créé le 13 juillet 2026 07:30

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