Visas d’études, fraudes et opportunités : Le Directeur de Campus France Guinée dit tout…
CONAKRY- Alors que la quête du savoir sur les bancs des universités françaises demeure un rêve pour des milliers de jeunes Guinéens chaque année, le parcours pour y parvenir est souvent semé d’embûches, entre complexité administrative, risques d’arnaques et exigences académiques croissantes. Pour faire la lumière sur ces défis, Africaguinee.com est allé à la rencontre du Directeur Général de Campus France Guinée.
Dans cet entretien exclusif qu’il a accordé à notre rédaction, Dr Amara Diawara décrypte les étapes cruciales d’une procédure qui ne laisse aucune place au hasard, met en garde contre les officines clandestines et détaille la stratégie mise en place par son institution pour bâtir une élite capable de porter le développement de la Guinée. De la lutte acharnée contre la fraude documentaire aux nouvelles réalités financières, en passant par l’importance capitale du retour au pays, le patron de Campus France Guinée livre ses vérités et ses conseils pour maximiser ses chances de réussite. Interview (première partie).
AFRICAGUINEE.COM : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter Campus France Guinée ?

AMARA DIAWARA : Il faut savoir que Campus France est un service de l’Ambassade de France en charge de la mobilité des étudiants et des chercheurs guinéens vers la France. Campus France a trois missions : une mission de conseil, d’accompagnement et d’orientation de tous les étudiants et chercheurs qui comptent aller se former en France. Dans la plupart des cas, les gens pensent que nous n’accompagnons que les étudiants, mais nous accompagnons aussi les chercheurs guinéens en mobilité pour faire des thèses de doctorat en France. C’est ce que nous faisons chaque fois avec les 1 000 boursiers de l’enseignement supérieur, ainsi qu’avec les élèves des classes préparatoires de Dalaba.
Chaque année, des milliers de jeunes Guinéens souhaitent intégrer une université française. Par où doivent-ils commencer ?
Vous pouvez commencer quand vous êtes élève en classe de terminale. Cependant, la condition pour pouvoir partir si vous obtenez une admission, c’est d’avoir le baccalauréat. Il faut forcément avoir le BAC pour s’inscrire. Si vous êtes en cours de licence, ou si vous avez fini votre licence et que vous êtes en situation professionnelle, vous pouvez aussi vouloir aller en France pour vous former davantage ou acquérir d’autres compétences dans les universités, écoles et autres institutions qui proposent des formations professionnelles.
À quel moment de l’année la procédure Campus France débute-t-elle et quel calendrier les candidats doivent-ils respecter ?
En fait, la procédure commence réellement et officiellement le 1er ou le 2 octobre, en fonction du calendrier. Mais nous, nous commençons les orientations et les conseils à partir du 2 septembre, c’est-à-dire dès la rentrée. Nous essayons de recevoir les étudiants dans nos locaux pour les conseiller et les orienter en fonction de leur parcours et des filières qu’ils souhaiteraient suivre. Nous vérifions s’il y a une adéquation entre leur filière actuelle et ce qu’ils projettent de faire en France.
S’il y a des ajustements à faire ou si, en fonction de leurs notes, nous constatons qu’une filière est inaccessible, nous leur disons : « Pour telle filière, je pense que vous ne pourrez pas obtenir d’admission, concentrez-vous plutôt sur celle-ci ». Souvent, nous faisons cela à partir du mois de septembre et nous recevons les étudiants accompagnés de leurs parents.
Le problème aujourd’hui en Guinée, c’est l’accès à toute l’offre de formation et aux différents débouchés possibles, à la fois pour les étudiants et pour les parents. L’orientation est un exercice difficile auquel nous avons tous été confrontés, et cela dépend souvent du milieu social de l’élève. Un élève issu d’une famille d’intellectuels, qui a déjà une vision du monde professionnel, des filières prioritaires et de celles qui offrent le plus de débouchés, y parviendra beaucoup plus facilement.
En revanche, si vous venez d’une famille qui compte peu d’intellectuels ou de parents ne connaissant pas le fonctionnement de l’enseignement supérieur et ses débouchés, il y a une sorte d’inégalité d’accès à l’information. C’est précisément ce que Campus France essaie de corriger.
Nous accueillons les enfants issus des classes moyennes, des classes populaires ou de familles d’intellectuels, et nous essayons de rétablir l’équilibre pour que tout le monde dispose des mêmes informations et des mêmes offres de formation en France. Nous les orientons et les accompagnons jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au visa.
Ce travail commence au mois de septembre. De septembre-octobre jusqu’au mois de mars, nous menons les entretiens pédagogiques. Les étudiants soumettent leur dossier à partir d’octobre. Par exemple, la date limite de soumission varie selon le type de dossier, car il existe deux procédures : les dossiers DAP (pour une inscription en Licence 1) et les dossiers hors DAP.

Pour la procédure DAP, la date limite est fixée au 15 décembre. C’est réglementaire et fixé par le ministère français de l’Enseignement supérieur. Les jeunes qui veulent intégrer une Licence 1, un IUT (Institut Universitaire de Technologie), un BUT (Bachelor Universitaire de Technologie) ou un Bachelor dans le public ont jusqu’au 15 décembre pour soumettre leur dossier auprès de Campus France. Pour les dossiers hors DAP (Licence 2, Licence 3, Master, Doctorat), ils ont jusqu’au 17 janvier pour le soumettre.
Une fois le dossier soumis, nous l’étudions puis nous le validons. Quand nous validons le dossier et que nous constatons qu’il est correct et complet, nous envoyons un e-mail à l’étudiant pour qu’il règle les frais d’inscription, qui s’élèvent à 1 million 500 mille de francs guinéens (1 500 000 GNF). Dès que cela est fait, nous autorisons l’étudiant à prendre rendez-vous pour un entretien. Lors de cet entretien, nous l’écoutons présenter et défendre son projet : qu’est-ce qui l’a amené à engager une démarche pour aller étudier en France ? Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est pour cela que nous disons aux gens de passer nous voir, car nous préparons les étudiants aux éventuelles questions et aux aspects qu’ils n’auraient pas anticipés.
Depuis que je suis directeur de Campus France, nous sommes passés d’un flux de 2 000 à 3 000 étudiants par an à plus de 9 000 étudiants. Nous avons également augmenté le nombre de délivrances de visas et d’admissions. Aujourd’hui, nous avons toute une équipe dédiée à mieux accompagner et conseiller les étudiants. Nous savons qu’il existe des cabinets clandestins et des personnes qui essaient d’arnaquer les enfants. De notre côté, nous agissons dans la légalité la plus totale, car nous sommes le seul service habilité en Guinée à conseiller et orienter les étudiants et les chercheurs guinéens.
Comment un candidat peut-il préparer efficacement son dossier afin de maximiser ses chances d’admission ?

Pour maximiser ses chances, il faut d’abord comprendre que Campus France n’est pas une question de chance. J’entends beaucoup d’étudiants dire cela, mais c’est loin d’être le cas : c’est une préparation de longue date. Si vous préparez correctement votre projet, que vous venez à Campus France et que vous suivez les instructions des conseillers par rapport à votre profil, à votre parcours académique et aux offres de formation visées, vous réussirez, car la plupart des universités ont des prérequis. L’étudiant qui ne prend pas connaissance de ces prérequis et se contente de postuler en cochant des cases (par exemple, choisir l’Université de Nanterre, de Bordeaux ou de Nantes en se disant simplement « je vais faire de la comptabilité ») court à l’échec.
Je vais vous donner un exemple très simple. Quand je suis arrivé en Guinée, je voyais qu’il n’y avait aucune admission dans les filières de sciences comptables, car on n’organisait pas le test Score IAE en Guinée. En fait, il s’agit d’un test de raisonnement impératif pour tous ceux qui postulent dans les écoles d’IAE ou dans les formations en comptabilité et gestion des universités publiques et privées françaises. Sans ce Score IAE, vous ne pouvez prétendre à une admission. Mais cela, il faut le savoir à l’avance.
Je voyais beaucoup d’étudiants, et même des professionnels seniors travaillant en cabinet, qui n’arrivaient pas à obtenir d’admission. Je leur ai dit : « C’est parce que vous ne prenez pas en compte les exigences des universités. L’université demande un prérequis principal : le Score IAE. Sans ce score, vous ne serez pas admis, quel que soit votre profil professionnel ou votre parcours académique. Vous pourriez avoir 20/20, mais ils exigent ce test ».
Nous avons analysé la situation et constaté que la Guinée ne disposait pas de centre d’examen pour le Score IAE. Les Guinéens étaient donc désavantagés par rapport aux autres candidats de la sous-région qui organisaient ce test de 3 heures. Cette année, nous avons réussi à l’organiser. Les quatre personnes qui ont passé le test ont toutes obtenu des admissions dans des écoles de comptabilité. Cela prouve bien qu’il s’agit d’une préparation et non du hasard. Si vous venez nous voir, que nous vous conseillons et que vous suivez nos instructions, vous avez 90 % de chances d’obtenir une admission et, à la clé, un visa.
Malheureusement, certains préfèrent suivre les conseils d’anciens étudiants qui ont suivi la procédure par le passé. Or, ils ne connaissent pas les réalités actuelles, car la procédure et les règles changent d’année en année en fonction de la situation politique en France, de la réglementation et de la législation. Nous, nous sommes au courant de toutes ces évolutions. Notre objectif est de mieux accompagner les étudiants afin d’envoyer davantage de Guinéens acquérir des compétences pour répondre aux besoins de la Guinée en termes de ressources humaines et de capital humain. C’est mon objectif personnel, et l’instruction de Monsieur l’Ambassadeur est ferme : mieux accompagner les Guinéens pour soutenir le développement du pays en formant un capital humain compétent, capable de piloter des projets dans tous les domaines de la vie publique.
Quels sont les documents académiques et administratifs indispensables pour déposer une candidature dans une université en France ?
Concernant les documents indispensables, sur le plan administratif, il faut d’abord le passeport, il est obligatoire pour voyager. Ensuite, pour la procédure DAP (Licence 1), il faut fournir les relevés de notes de la 11ème, de la 12ème et de la terminale, ainsi que l’attestation d’admission et le relevé de notes du baccalauréat.
Pour ceux qui postulent en cours de licence, cela dépend : si vous visez une Licence 2, vous envoyez vos relevés de notes de Licence 1 et vos attestations. Si vous avez terminé votre cursus, vous transmettez tous les documents de votre parcours universitaire (relevés de notes, diplômes) ainsi qu’une attestation de travail si vous êtes actif. Le fait de travailler donne beaucoup plus de crédibilité à votre projet.

Parfois, certains envisagent des reconversions : quelqu’un qui a fait de la sociologie peut vouloir s’orienter vers la santé publique. C’est possible, mais il faut que cette personne possède des prérequis dans le domaine de la santé appliquée à la sociologie. De même pour ceux qui passent de l’économie à la finance. Ce sont des éléments à prendre en compte, mais c’est l’ensemble du parcours scolaire et universitaire qui est exigé. Si vous avez terminé vos études depuis 5 ans, par exemple, vous n’avez plus besoin d’envoyer les relevés de notes de la 11ème ou de la 12ème. Nous avons seulement besoin du baccalauréat et des relevés de Licence 1, 2 et 3. Cela représente 4 années de votre parcours, ce qui nous permet de l’apprécier dans sa globalité et de nous projeter.
Je vois beaucoup d’amalgames chez les étudiants qui s’inquiètent en disant : « Ah, j’ai eu 10 au bac ». Le baccalauréat est un examen ; on peut y obtenir de bonnes ou de moins bonnes notes. Si, en Licence 1, 2 et 3, vous avez réussi à redresser la barre, l’université française prendra en compte cette progression. En revanche, si vous avez eu 14 au baccalauréat mais que vous n’obtenez que des mentions « passable » à l’université, vous avez de fortes chances d’être refusé, car cela traduit une régression de niveau. L’appréciation des universités françaises repose sur cela : on ne vous demande pas d’avoir 20/20, mais on exige une continuité et une cohérence dans l’acquisition des connaissances. S’il n’y a pas de continuité et qu’on constate de fortes disparités, cela amène à se demander si l’étudiant pourra tenir le rythme.
Il faut garder en tête que le système éducatif guinéen et le système éducatif français sont différents. En France, il faut de l’autonomie, une bonne culture générale et un esprit critique pour s’en sortir. Sans autonomie, un étudiant a de fortes chances d’échouer et de ne pas valider la licence ou le diplôme visé.
Comment s’effectue le choix de l’établissement et des formations sur la plateforme ?
Nous travaillons tous sur la plateforme Études en France. Cette plateforme regroupe plus de 100 000 offres de formation accessibles à tous les niveaux : Licence, BUT, BTS, Master et Doctorat. Dès que l’étudiant crée son compte sur la plateforme, il renseigne ses informations administratives (conformes au passeport), puis il saisit son parcours sur les 3 ou 4 dernières années. Ensuite, il effectue ses choix d’universités et de formations en fonction des villes et des filières souhaitées.
Pour la procédure DAP, le candidat peut formuler 3 vœux, tandis que pour la procédure hors DAP, il peut en formuler 7. Ainsi, en Licence 1, vous êtes limité à 3 choix de formations, sauf pour les filières techniques. Par exemple, en informatique ou en génie civil, un étudiant peut choisir 3 Licences et 3 BUT (Bachelor Universitaire de Technologie), qui sont deux diplômes différents. Cela lui donne la possibilité de sélectionner jusqu’à 6 universités en Licence 1. En hors DAP, la limite reste fixée à 7 vœux.
Pour chacun de ces vœux, la plateforme permet de rédiger une lettre de motivation spécifique à chaque université. Malheureusement, beaucoup d’étudiants font des copier-coller. Ils rédigent une lettre pour une université et la dupliquent pour les autres, alors même que les filières choisies ne sont pas strictement identiques. Si vous ne spécifiez pas votre projet pour chaque établissement dans la lettre de motivation, les universités verront immédiatement qu’il s’agit d’un copier-coller. Cela peut vous porter un sérieux préjudice lors de l’évaluation de votre dossier par les membres du jury, après sa transmission par Campus France.
Est-ce qu’ici, au sein de Campus France Guinée, les candidats sont-ils accompagnés dans cette étape ?

Oui, tout à fait. C’est ce que nous appelons la mission d’orientation. Les étudiants viennent nous voir, nous analysons les prérequis et les attentes des universités, puis nous leur disons : « Il faut choisir cette formation, mais évitez celle-ci ». C’est le cœur même de notre mission : l’orientation et le conseil. Nous vous guidons et vous prévenons : si vous choisissez telle formation, voici les conditions d’admission. Si vous ne remplissez pas ces critères, nous vous suggérons d’autres filières ou d’autres universités dans des villes qui n’imposent pas ces restrictions. Nous sommes environ six ou sept agents à faire cela à temps plein. Nous accompagnons les étudiants sur l’ensemble de leur parcours, du début jusqu’à l’obtention du visa.
D’ailleurs, depuis que j’ai pris la direction de Campus France, c’est notre service qui organise directement les rendez-vous pour les visas. Cela évite aux enfants de passer par des officines privées pour obtenir un créneau sur le site de Capago. Les étudiants viennent ici, et un agent vérifie minutieusement l’ensemble des documents exigés par le consulat pour la demande de visa. Une fois que nous sommes certains que le dossier est solide et complet, nous transmettons la liste directement au consulat pour leur attribuer un rendez-vous. C’est ce qui explique notre excellent taux de réussite pour l’obtention des visas.
Aujourd’hui, quels sont les profils les plus recherchés par les établissements d’enseignement supérieur français ?
En réalité, tous les profils sont recherchés. Cependant, les filières les plus demandées par les universités sont les filières techniques : le génie civil, l’informatique et l’intelligence artificielle. Je crois d’ailleurs que Monsieur l’Ambassadeur a communiqué sur la spécification des filières pour la campagne 2026-2027. Certaines filières seront prioritaires et d’autres non. Les filières prioritaires pour la mobilité étudiante seront les filières techniques et scientifiques : l’informatique, le génie civil, la physique, la chimie, la biologie et la médecine. Les filières de sciences humaines et sociales (le droit, les lettres) restent importantes et prioritaires, mais dans la hiérarchie de priorisation, ce sont les filières techniques et scientifiques qui sont placées au premier plan.
L’entretien pédagogique est souvent perçu comme l’étape la plus délicate du parcours. Quel est son véritable objectif ?

Il y a beaucoup d’amalgames autour de l’entretien pédagogique, alimentés par des officines privées et des personnes mal informées qui racontent n’importe quoi aux étudiants, en leur faisant croire qu’il faut absolument « réussir » l’entretien de telle ou telle manière pour être admis. Je le dis en toute franchise à tous les étudiants : l’évaluation de Campus France consiste simplement à fournir une synthèse d’informations à la commission universitaire qui examinera le dossier. Il faut comprendre que les universités reçoivent des centaines de milliers de candidatures. Nous rédigeons donc une synthèse sur le profil, le niveau académique et les connaissances de l’étudiant, puis nous la leur transmettons.
Cependant, l’université n’est absolument pas obligée de tenir compte de notre avis, et c’est ce qui se passe dans la plupart des cas. Une université peut décider de recruter un étudiant même si Campus France a émis des réserves sur son niveau, car les universités se basent avant tout sur les notes du dossier. Elles accordent parfois peu d’importance à l’entretien pédagogique de Campus France.
Tout cela comporte une part de subjectivité, car face à un évaluateur, un excellent étudiant peut perdre ses moyens à cause du stress et ne pas donner le meilleur de lui-même. C’est une appréciation factuelle, basée sur la perception du moment. Le plus important reste le parcours académique que l’université examine en détail.
A suivre!
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 juin 2026 13:35









