Infrastructures routières : Grand voyage sur la RN23 Boké-Gaoual, un an après le lancement des travaux

Un an après le lancement officiel des travaux de reconstruction et de bitumage de la Route nationale N°23 (RN23), reliant Boké à Gaoual (185 km), l’espoir renaît chez les usagers malgré un chantier encore à double visage. Longtemps abandonné par les transporteurs au profit d’un long détour par la Moyenne-Guinée, cet axe stratégique reverdit sous l’action des entreprises locales. Entre les premiers terrassements salutaires du côté de Boké, les épais nuages de poussière qui éprouvent les passagers, et les zones d’ombre comme Kampama Thiangui où les machines se font encore attendre, Africaguinee.com a pris la route. Immersion à bord d’un vieux taxi sur un tronçon crucial financé à hauteur de 500 millions de dollars par Afreximbank, où le chemin vers le bitume reste encore long.

En avril 2025, le gouvernement guinéen lançait officiellement les travaux de construction et de bitumage de la Route nationale N°23 (RN23), reliant Boké à Gaoual sur un linéaire de 185 kilomètres. Le chantier présenté comme un projet majeur pour le désenclavement de cette partie du pays, devait être exécuté dans un délai de 36 mois, selon les autorités.

Des chauffeurs de retour sur un axe longtemps abandonné

Avant le lancement du chantier, de nombreux transporteurs avaient abandonné cette route devenue presque impraticable par endroits. Les véhicules de transport en commun reliant notamment Gaoual, Koundara ou encore le Sénégal préféraient contourner par l’axe Kindia-Mamou-Labé, malgré la longueur du trajet.

Ce vendredi, 15 mai 2026, à la gare routière de Kagbelen, dans le Grand Conakry, relevant de la préfecture de Dubréka, plusieurs chauffeurs de Boké, Gaoual et Koundara attendent des passagers. Destination : Koundara. Sur place, les conducteurs évoquent les changements observés sur la RN23 depuis le démarrage des travaux. Selon le syndicat des transporteurs, de nombreux chauffeurs ont progressivement repris la fréquentation de cet axe routier.

Une évolution saluée par les usagers, d’autant qu’il y a encore quelques années, presque tous les chauffeurs en partance pour Koundara évitaient systématiquement cette route au profit du corridor Conakry–Mamou–Labé. Nous quittons Kagbelen aux environs de 9 heures à bord d’une Renault 21 visiblement usée par le temps. Son chauffeur affirme pourtant préférer ce véhicule à la Toyota Hiace, tristement réputée pour les accidents de circulation sur les routes guinéennes.

Aux environs de 17 heures, nous traversons la ville de Boké, où plusieurs voiries ont récemment été bitumées. Après Hamdallaye, dernier quartier couvert par le goudron sur la RN23, commence alors une autre réalité du voyage.

Notre conducteur, Mamoudou Barry, connaît parfaitement cet axe. Il y a fait son apprentissage avant même d’obtenir son permis de conduire. Depuis plus de dix ans, il fréquente régulièrement cette route comme chauffeur titulaire. À la sortie de Hamdallaye, il nous prévient :

« À partir d’ici, nous allons parcourir plus de 180 kilomètres dans la poussière. Mais depuis le début des travaux, les chauffeurs peuvent désormais passer par ici sans être obligés de contourner par Labé pour rejoindre Koundara. »

À peine quelques kilomètres parcourus, un premier constat s’impose : les travaux de dégagement sont visibles. Jadis étroite, caillouteuse et difficilement praticable par endroits, la chaussée fait désormais l’objet d’importants travaux de reprofilage qui facilitent la circulation.

Le trafic a progressivement repris sur cet axe. Plusieurs chauffeurs osent à nouveau emprunter la RN23, avec moins de risques pour leurs véhicules. Mais la poussière soulevée à chaque passage d’un engin ou d’un véhicule reste éprouvante pour les usagers. Certains passagers portent même des bavettes pour se protéger.

Sur ce tronçon long de 185 kilomètres, les travaux de reconstruction ont été confiés à deux entreprises guinéennes : BJC SA pour le premier lot et GUICOPRES-BTP pour le second. Lors du lancement officiel des travaux, le 11 avril 2025, le ministre secrétaire général de la Présidence, le général Amara Camara, saluait « une volonté affirmée de faire confiance aux compétences locales ».

Après plus d’une heure de trajet, un autre constat se dégage : sur la première partie du tronçon, côté Boké, les travaux ont effectivement démarré. La route a été largement dégagée, offrant une meilleure visibilité aux conducteurs.

Le véhicule dans lequel nous voyageons porte les marques du temps. Si le moteur émet un bruit relativement rassurant, le tableau de bord, lui, est presque hors service. Depuis notre siège de passager, impossible d’estimer le kilométrage affiché. Pourtant, malgré l’absence de bitume, notre conducteur accélère parfois sur certaines portions devenues plus praticables.

« Toute cette partie est meilleure aujourd’hui. Nous pouvons rouler un peu plus vite et gagner du temps. C’est déjà un soulagement pour nous », confie Mamoudou Barry.

Avant le lancement des travaux, le trafic avait fortement diminué sur la RN23, notamment pour les transports en commun. Désormais, l’axe redevient progressivement fréquentable. Nous croisons d’ailleurs davantage de véhicules qu’en 2022, année de notre dernier passage sur cette route.

Par endroits, des engins de terrassement poursuivent les travaux. Impossible toutefois de déterminer avec précision le nombre de kilomètres déjà dégagés par l’entreprise en charge du premier lot. Mais chez les usagers rencontrés en cours de route, le sentiment dominant reste le soulagement.

Entre soulagement et poussière : les usagers témoignent

Bah Alpha Saliou est conducteur de moto. Ce jeune homme quitte régulièrement Boké pour rejoindre son village, Kampama Thiangui. Sur le bord de la route, il se réjouit de l’évolution des travaux.

« Ce que nous constatons ici, c’est que les travaux ont effectivement démarré. Il y a des efforts et nous espérons que le rythme sera maintenu. Nous remercions les autorités ainsi que les entreprises en charge du chantier, parce que cette route nous faisait énormément souffrir. Aujourd’hui, on peut dire Alhamdoulilah, la situation s’est améliorée », confie-t-il.

Selon lui, avant le lancement des travaux, les usagers vivaient un véritable calvaire sur cet axe. « Avant, emprunter cette route relevait du parcours du combattant. Nous souffrions énormément. Avec les travaux en cours, nous sommes soulagés. Nous espérons maintenant qu’ils iront jusqu’au bout pour le bonheur de tous », ajoute Alpha Saliou Bah.

Mais malgré l’évolution constatée sur le terrain, certains usagers dénoncent l’absence de mesures destinées à limiter la poussière soulevée par les engins et les véhicules. C’est le cas de Mamadou Aliou, surnommé « Bambéto ».

« Il y a énormément de poussière ici. Mais il faut reconnaître que les travaux avancent. Nous souhaitons qu’ils continuent dans cette dynamique, tout en prenant des dispositions pour atténuer la poussière, parce que cela devient difficile pour les usagers. Malgré cela, nous apprécions l’évolution du chantier », explique-t-il.

À bord de la Renault 21 qui nous transporte, notre chauffeur revient lui aussi sur les changements observés sur la RN23. « C’est sur cette route que j’ai appris à conduire. Voir aujourd’hui ce chantier de reconstruction est une immense joie pour moi, parce qu’il va aider les populations riveraines ainsi que les usagers. Le changement est déjà visible. Là où nous mettions parfois quatre heures, nous pouvons désormais faire le trajet en une à deux heures sur certaines portions. Maintenant, nous espérons surtout voir le bitumage commencer », affirme Mamoudou Barry.

Kampama Thiangui : là où les travaux peinent encore à apparaître

Après près de deux heures de route, nous arrivons à Kampama Thiangui. Ici, la réalité apparaît tout autre. Il est un peu plus de 19 heures lorsque nous faisons une courte pause pour parcourir cette localité située le long de la RN23. Contrairement aux portions précédentes, les habitants affirment n’avoir encore vu aucun engin engagé dans les travaux de reconstruction.

Nous reprenons ensuite la route. Un vieux pont métallique, hérité d’une autre époque, constitue l’un des premiers passages que nous traversons après le village. Malgré son état vieillissant, la traversée se déroule sans incident.

Mais à partir de cette zone, les travaux de terrassement disparaissent progressivement du paysage. Sur plusieurs kilomètres, aucun dégagement visible de la chaussée, encore moins de travaux de reprofilage. Les chauffeurs tentent de se frayer un chemin comme ils peuvent.

Notre conducteur résume la situation : « Vous voyez, ici la situation est différente de celle des zones que nous avons traversées auparavant. Les travaux n’ont pratiquement pas commencé. »

La route reste quasiment dans le même état qu’en 2022 lors de notre précédent passage : étroite, caillouteuse, parfois envahie par la végétation, avec d’importantes dégradations sur plusieurs portions. Par endroits, d’énormes nids-de-poule ralentissent considérablement la circulation.

De Kampama Thiangui jusqu’aux abords du pont de Kogon, construit sur le fleuve du même nom, le constat reste pratiquement identique. À Kogon toutefois, quelques travaux de dégagement ont été effectués. Des arbres et arbustes ont été coupés afin d’améliorer la visibilité à l’entrée et à la sortie du pont, une zone réputée accidentogène.

Selon plusieurs usagers, la végétation qui obstruait auparavant la vue constituait un facteur fréquent d’accidents sur ce passage étroit. Malgré ce début d’aménagement, le site demeure particulièrement dangereux, surtout en saison des pluies où la boue complique davantage la circulation.

Même si les travaux semblent encore peu visibles sur ce tronçon, nous apercevons plusieurs camions-remorques transportant des engins lourds, notamment des bulldozers et d’autres machines de terrassement. Impossible toutefois d’affirmer avec certitude qu’ils sont destinés au chantier de reconstruction de la RN23.

À l’entrée de Gaoual, des signes encourageants mais un chantier encore inégal

Notre chauffeur poursuit la route sans interruption. Aux environs de 21 heures, nous arrivons à Wendou M’bour, localité marquant l’entrée dans la préfecture de Gaoual. Ici, l’état de la route présente un visage quelque peu différent, plus encourageant selon notre conducteur.

« Là aussi, il y a eu des travaux. Une dizaine de kilomètres ont été dégagés. Mais le chantier est encore loin d’être terminé », explique-t-il. Sur le terrain, la réalité reste toutefois contrastée. Les travaux visibles demeurent encore en deçà des attentes des usagers.

De Wendou M’bour jusqu’à la sous-préfecture de Koumbia, l’évolution du chantier paraît limitée, au point que certains riverains estiment que les travaux n’y ont pas encore réellement démarré. Rencontré à Wendou M’bour, un jeune leader communautaire originaire de Gaoual préfère néanmoins retenir les signes encourageants observés ces derniers mois.

« Les travaux en cours apportent déjà un soulagement. La route est devenue plus fréquentable. Vers Koumbia, les entreprises sont en train d’installer leurs bases-vie. C’est un signal encourageant qui montre une volonté de concrétiser enfin la reconstruction de cette route », souligne-t-il sous couvert d’anonymat.

De Koumbia jusqu’au centre-ville de Gaoual, quelques travaux de dégagement restent visibles. Mais la route demeure caillouteuse et difficilement praticable sur plusieurs portions. Malgré tout, les premiers aménagements réalisés par les entreprises chargées du chantier suscitent un début d’espoir chez de nombreux usagers, notamment parmi les populations de Boké, Gaoual et Koundara, longtemps confrontées aux difficultés de circulation sur cet axe.

Derrière les nuages de poussière et les portions encore dégradées, les populations de Boké, Gaoual et Koundara espèrent désormais voir la RN23 sortir définitivement de l’abandon. Un an après le lancement du chantier, l’espoir renaît, mais le chemin vers le bitume semble encore longue.

Selon les autorités guinéennes, le financement global du projet, estimé à 500 millions de dollars, a été mobilisé grâce à un partenariat avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), avec une garantie complète de l’État guinéen. Lors du lancement officiel des travaux en avril 2025, le ministre secrétaire général et porte-parole de la Présidence, le général Amara Camara, avait également annoncé qu’une seconde phase de financement était alors en cours de négociation.

À suivre…

Un reportage de Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 18 mai 2026 09:16

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