Comment le sommet de Nairobi redéfinit la relation France-Afrique? Les explications de Nicolas Forissier
NAIROBI- Avec 23 milliards d’euros d’investissements annoncés et une participation record de chefs d’Etat et de dirigeants du monde des affaires, le sommet Africa Forward tenu à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, marque l’avènement d’une nouvelle ère économique. En marge des travaux, Africaguinee.com a tendu son micro au Ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité. Entre enthousiasme et pragmatisme, Nicolas Forissier dresse le bilan d’une rencontre qui “enterre” définitivement les méthodes du siècle passé.

Le succès est allé au-delà de toutes les espérances, à en croire au ministre. Organisé par les autorités kenyanes en partenariat avec Business France et BPI France, le sommet Africa Forward a pulvérisé les prévisions initiales. Alors que les organisateurs tablaient sur 3 000 à 4 000 participants, ce sont finalement 7 000 acteurs économiques et politiques qui ont répondu à l’appel, a-t-il martelé. Mais au-delà, le chiffre qui cristallise toutes les attentions est celui des engagements financiers. Pour le Ministre, il n’y a aucun doute : nous changeons d’échelle.
« Nous avons signé ou annoncé pour 23 milliards d’euros, on n’a jamais connu un tel chiffre à l’issue d’un sommet Afrique-France. 23 milliards d’euros d’investissements privés confirmés. […] Vous avez 14 milliards d’investissements français, 9 milliards d’investissements africains, en Afrique, mais aussi en France », a-t-il détaillé.
Ces investissements touchent des secteurs vitaux pour le développement du continent et la souveraineté partagée. Nicolas Forissier détaille la ventilation de ces sommes, soulignant la diversité du portefeuille : 3,76 milliards d’euros pour le numérique et l’intelligence artificielle, 4 milliards pour la transition énergétique, et 3,3 milliards pour l’économie bleue, incluant des projets majeurs au Liberia et au Kenya.
L’agriculture et l’industrie au cœur des échanges
Le secteur agricole, pilier de la sécurité alimentaire, bénéficie d’un milliard d’euros d’investissements. L’industrie n’est pas en reste avec 300 millions d’euros, portés par des acteurs historiques qui renforcent leur ancrage local. Le responsable français cite notamment l’exemple du groupe Castel : « J’ai eu récemment l’occasion, au Bénin, de visiter leur usine… ils ont prévu un investissement, je crois, de 250 millions d’euros supplémentaires sur la nouvelle usine », a-t-il dit.
Un changement de logiciel diplomatique
Au-delà des milliards, c’est l’atmosphère des échanges qui semble avoir marqué les esprits. L’époque de la condescendance ou des rapports unilatéraux semble révolue au profit d’une franchise assumée. Le Ministre français délégué chargé du Commerce extérieur décrit une ambiance faite d’enthousiasme et de vision partagée entre les chefs d’État, dont Emmanuel Macron et William Ruto, et les grands capitaines d’industrie.

« C’est de l’enthousiasme, c’est de la franchise, c’est de l’amitié, je pense. Comme dans toute amitié, parfois, on s’engueule un peu, c’est normal, il peut y avoir des différends, mais on sent qu’il y a derrière tout ça une volonté de régler ces différends. […] Nous sommes dans un nouvel état d’esprit, nous sommes tournés vers l’avenir, nous sommes dans le XXIe siècle, nous ne sommes plus dans le XXe siècle, nous avons changé les uns et les autres de méthode », poursuit M. Froissier.
Le défi démographique comme moteur
L’enjeu de ce rapprochement est avant tout générationnel. Avec une population africaine appelée à doubler d’ici 2050, la France et l’Europe voient dans ce partenariat une nécessité absolue, autant économique que stratégique.
« Ce qui compte, c’est de construire l’avenir des nouvelles générations. L’Afrique est un continent très jeune […] Et évidemment, il y a une logique, et même une obligation, à la fois stratégique, et j’ai envie de vous dire affective, de construire et de développer ce partenariat entre les États du continent africain et la France, et l’Europe plus globalement », indique le ministre tout en lançant un appel vibrant au secteur privé français : le potentiel est là, la dynamique est lancée, et le modèle doit désormais être celui du « gagnant-gagnant ».
Pour les organisateurs, le sommet de Nairobi ne se veut pas une fin en soi, mais le premier chapitre d’une accélération concrète des relations franco-africaines.
De Nairobi, Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 14 mai 2026 01:20









