Carburant rationné, cours suspendus: Le Mali face à une pénurie historique…
BAMAKO – Le « Maliba », comme l’appellent affectueusement ses citoyens, traverse une période de crise économique et sociale d’une rare intensité. Une pénurie de carburant, d’une ampleur sans précédent, paralyse le pays depuis une semaine.
Cette crise du pétrole est doublement ressentie, car elle affecte directement la fourniture d’électricité à Bamako, plongeant les consommateurs dans l’obscurité avec seulement cinq à six heures de courant par jour. Les témoignages recueillis par Africaguinee.com dressent le portrait d’un pays en hibernation où le marché noir dicte sa loi, et où l’État a dû suspendre les cours.

Le carburant, un « diamant » introuvable
Devant les stations-service de la capitale, les scènes de désolation se multiplient. Les longues files d’attente et les nuits blanches sont devenues le quotidien des automobilistes, souvent sans garantie d’obtenir une seule goutte de carburant.
Ibrahima, un commerçant installé à Bamako, décrit la rareté du produit et le rationnement en vigueur : « C’est dur de vivre ce moment sans carburant, trouver un litre reste un défi vraiment. » Selon lui, seules trois ou quatre stations ont pu servir l’ensemble de la ville ces derniers jours.
Les quantités sont drastiquement limitées : « Si vous avez une voiture, la quantité que vous pouvez obtenir c’est jusqu’à 10 000 FCFA [environ 15 euros], une moto le service ne dépasse pas 2 000 FCFA, les tricycles c’est 3 000 FCFA. Même ce service n’est pas garanti », raconte-t-il.

Le marché parallèle a pris le relais, faisant exploser les prix. Ceux qui disposent du carburant dans les jerricans, le litre d’essence, officiellement vendu à 775 FCFA, et le gasoil à 725 FCFA, se négocie désormais entre 4 000 et 5 000 FCFA au marché noir. La situation a atteint un sommet ce week-end : « Hier dimanche, un bidon de 20 litres a été vendu à 80 000 FCFA », confie Ibrahima.
Maître M. Condé, couturier, résume la situation : « Le carburant est devenu du Diamant ». « Nos activités ne sont plus à l’ordre du jour, si tu ne trouves pas du carburant pour mettre dans ta moto ou en voiture, ce n’est pas pour un groupe que tu vas trouver du carburant. Finalement nous avons les yeux rivés sur la solution qui mettra fin à la crise. Bamako est complètement à l’arrêt. Ceux qui ont des commandes avec nous attendront d’abord. Tout est lié au carburant ; la desserte du courant actuellement c’est entre 5h et 6 heures sur les 24heures. Le carburant est devenu du Diamant, c’est très rare. Ceux qui habitent non loin de leurs lieux de travail marchent pour s’y rendre, les autres restent à la maison d’abord », explique ce Maitre couturier guinéen.
Économie à l’arrêt
La paralysie touche tous les secteurs socio-économiques. Les déplacements sont réduits au strict minimum. Ibrahima témoigne de l’impact immédiat sur la vie sociale : « Habituellement les dimanches à Bamako, c’est les cérémonies, mais hier la circulation était morose ; tout le monde est préoccupé. »
Dans le secteur du transport, le désastre est total. Les transporteurs, dont certains tentent des allers-retours vers les frontières de Kourémalé pour trouver un peu de stock, peinent à opérer. Les gares routières sont vides.

L’activité entrepreneuriale est elle aussi étouffée. I.B. Cissé, entrepreneur dans le BTP, a dû mettre ses travailleurs au chômage technique : « Tout est en suspension, aucun fournisseur ne peut te livrer quoi que ce soit sans carburant. Nous attendons une issue favorable dans les prochains jours. C’est la paralysie totale au pays », raconte-t-il.
Le désespoir des familles et des élèves
L’un des impacts les plus pénibles concerne les services sociaux de base. Les établissements scolaires ont été contraints de fermer leurs portes. « Les mouvements des élèves qui utilisent le transport, les cours sont suspendus d’abord », confirme Ibrahima.
Pour les personnes en déplacement, l’attente est insoutenable. H.B, une citoyenne de Mamou (Guinée), est bloquée à Bamako depuis fin septembre après des soins ophtalmologiques. « Mon séjour ne fait que se prolonger, j’ai fini mes soins, mais le retour reste un problème », se lamente-t-elle. Face à cette longue attente, elle envisage un périple à moto jusqu’à la frontière de Kourémalé si la situation ne s’améliore pas rapidement.

L’insécurité, cause de la pénurie
Derrière cette pénurie, des craintes sécuritaires pèsent sur l’approvisionnement. I.B. Cissé pointe du doigt les tensions régionales. « Des individus en guerre contre les autorités maliennes s’attaquent à des citernes et les brûlent. Le risque est grand pour les citernes, qu’elles viennent du Burkina, du Sénégal ou de la Côte-d’Ivoire. C’est déjà la réticence de tous les côtés », explique-t-il.
Cette situation a des répercussions jusqu’aux zones aurifères, où le besoin de carburant pour les groupes électrogènes des mines artisanales pousse les orpailleurs aux expédients. Récemment, d’importantes quantités de bidons de carburant destinées à ces zones ont d’ailleurs été bloquées à la frontière guinéenne de Kourémalé.
Alpha Ousmane BAH
Pour Africaguinee.com
Créé le 27 octobre 2025 11:16Nous vous proposons aussi
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