« Vous avez le pouvoir de corriger une injustice »: L’ultime plaidoyer du Dr Diané devant la barre de la CRIEF…
CONAKRY- C’est un Dr Mohamed Diané « combatif » qui s’est présenté à la barre ce jeudi 5 mars 2026. Alors que son procès en appel touche à sa fin après les réquisitions du Ministère public et les plaidoiries de la défense, l’ancien ministre d’État chargé des Affaires présidentielles et de la Défense nationale a pris la parole pour une ultime déclaration. Condamné en première instance à cinq ans d’emprisonnement pour détournement de fonds publics et enrichissement illicite, cet ancien pilier du régime d’Alpha Condé a dénoncé une procédure « sans base factuelle » et a appelé la Cour à incarner un « rempart contre l’arbitraire » en annulant purement et simplement sa condamnation. Africaguinee.com vous propose ci-dessous sa déclaration.
Créé le 5 mars 2026 16:07« Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Conseillers,
Si je prends la parole à cet instant ultime de la procédure d’appel, ce n’est ni par défi, ni par esprit de contestation.
Je m’exprime avec respect, avec gravité et avec une confiance profonde dans la justice d’appel, qui incarne la légalité, et demeure l’ultime rempart des libertés.
Les poursuites engagées contre ma personne ne reposent sur aucun fondement juridique sérieux.
Aucune preuve matérielle, aucun élément objectif, aucun fait juridiquement établi ne vient les soutenir.
Il s’agit d’une construction accusatoire sans base factuelle, en contradiction flagrante avec les principes les plus essentiels du droit pénal :
- La légalité des incriminations,
- La présomption d’innocence,
- Et l’exigence absolue de la preuve.
La condamnation prononcée en première instance est intervenue en violation manifeste des garanties élémentaires du procès équitable.
Elle est d’autant plus incompréhensible que les juridictions d’instruction, les juridictions de contrôle de la CRIEF, ainsi que la Cour de justice de la CEDEAO, avaient, de manière concordante et juridiquement contraignante, ordonné ma remise en liberté.
Une telle contradiction ne peut rester sans conséquence dans un État qui se veut attacher à ses engagements juridiques.
Cette décision ne m’a pas surpris. Elle s’inscrit dans une continuité historique que nul observateur lucide de notre vie institutionnelle ne saurait ignorer.
Comme le rappelait feu l’Honorable Aboubacar Somparé, ancien Président de l’Assemblée nationale, que son âme repose en paix. Amen! dans son ouvrage « Les Méandres du destin »: « La Guinée est l’un des rares pays où ceux qui ont servi l’État ne reçoivent ni reconnaissance ni protection durable. Le rejet des anciens dignitaires y traverse les régimes et survit aux alternances. »
Mais précisément, c’est parce que la Cour d’appel incarne la rupture avec l’arbitraire, la correction des erreurs et le rétablissement du droit, que je place en elle une confiance particulière.
L’examen attentif du dossier révèle des vices de procédure d’une gravité exceptionnelle, ainsi que des violations manifestes de mes droits fondamentaux.
Ni l’Agent judiciaire de l’État, Ni le Ministère public, n’ont été en mesure d’identifier un fondement juridique précis à l’accusation de détournement qui m’est reprochée.
Les montants avancés sont irréalistes, sans support comptable, sans pièces justificatives, et sans la moindre démonstration financière crédible.
Mes avocats que je remercie solennellement pour leur engagement, leur loyauté et leur rigueur, ont démontré, de manière claire et contradictoire, que l’accusation portant sur un prétendu détournement de cinq cents milliards est juridiquement infondée.
Ils ont établi que l’essentiel des biens retenus contre moi ne m’est pas imputable, mais relève de tiers identifiables, voire du patrimoine de l’État lui-même.
Ces éléments suffisent, à eux seuls, à priver la décision entreprise de toute base légale.
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Conseillers,
La décision que vous vous apprêtez à rendre ne concerne pas seulement ma personne.
Elle engage la crédibilité de la justice d’appel. Elle engage la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Elle engage, enfin, la réalité même de l’État de droit.
Au regard des violations constatées, de l’absence totale de preuve, et des vices substantiels qui entachent la procédure, le droit commande une seule issue.
Une seule.
L’annulation pure et simple de la décision rendue en première instance.
Par votre arrêt, vous avez le pouvoir de dire le droit avec clarté, de corriger une injustice manifeste, et de rappeler solennellement qu’aucune condamnation ne peut exister sans preuve légalement établie.
C’est avec gravité, avec confiance, et avec respect, que je m’en remets à votre sagesse et à votre haute responsabilité, convaincu que votre décision rendra à la Justice toute sa force, toute sa dignité, et toute sa légitimité.
Je vous remercie ».









