Affaire OGP : Les zones d’ombre de l’incarcération d’Aladji Cellou Camara

CONAKRY-L’ancien Directeur Général de l’Office Guinéen de Publicité (OGP) a été placé sous mandat de dépôt ce jeudi 9 juillet 2026, à la Maison centrale de Conakry. Cette incarcération spectaculaire marquée par des virevoltes procédurales suscite de profondes interrogations. Comment un gestionnaire ayant redressé une institution à l’agonie s’est-il retrouvé au cœur d’un tel imbroglio juridique ? retour sur une procédure à géométrie variable.

C’est un véritable séisme dans le paysage judiciaire guinéen. Aladji Cellou Camara qui bénéficiait pourtant d’un contrôle judiciaire formellement notifié le 6 juillet dernier par la Chambre d’instruction, a vu sa situation basculer de manière “théâtrale” en l’espace de 72 heures.

« Une procédure dans la procédure »

Le traitement juridique de ce dossier interpelle les observateurs par sa rapidité et ses contradictions. Selon nos informations, l’enquête préliminaire ouverte le 15 juin dernier auprès de l’ORDEF (Office de répression des délits économiques et financiers) est loin d’être close. À ce jour, les enquêteurs n’auraient pas encore auditionné l’ensemble des mis en cause, et le montant exact du prétendu préjudice financier n’est même pas spécifié dans le mandat de dépôt. Pour cause, murmure-t-on, l’enquête n’a pas encore débouché sur un chiffre précis.

Le jeudi 2 juillet, le dossier avait été orienté vers la chambre d’instructions. Mais d’après nos sources, face à la protestation des avocats qui ont souligné “l’inutilité d’une nouvelle procédure alors qu’existe une autre”, le parquet spécial a collé une garde-à-vue d’une semaine à M. Camara et cie. Ne pouvant pas la renouveler N fois, le Procureur Spécial a choisi de brandir l’arme du « flagrant délit », dans une autre procédure. C’est ce qui aurait aboutit à l’incarcération de l’ancien Directeur Général.

Cette stratégie pose une question juridique : que faire des ordonnances déjà émises par la Chambre d’instruction pour les mêmes faits et contre les mêmes personnes ? Ce télescopage qualifié par des spécialistes de « première dans l’histoire judiciaire guinéenne » , s’est d’ailleurs heurté à la réalité des textes dès le lendemain.

Des motivations floues qui interrogent

Aladji devait comparaître ce vendredi 10 juillet en flagrant délit à la CRIEF. Mais face à la complexité technique inhérente aux infractions financières, le Parquet spécial a dû faire marche arrière en abandonnant le « flagrant délit » pour saisir à nouveau… la Chambre d’instruction. Un retour à la case départ qui démontre le caractère “bancal” de l’offensive de la veille.

Face à un tel déploiement de force et à ces contorsions juridiques, l’opinion publique s’interroge sur les motivations réelles de cette incarcération. Pourquoi un tel empressement à envoyer Aladji Cellou Camara à la Maison centrale alors que les garanties de sa représentation étaient assurées par son contrôle judiciaire ? Allez-y savoir…

Le paradoxe OGP : Le prix de la réussite ?

Le contraste est d’autant plus saisissant lorsque l’on examine le bilan laissé par Aladji Cellou Camara à la tête de l’OGP. À son arrivée, l’office public était exsangue : une dette abyssale de 80 milliards de GNF, six mois d’arriérés de salaires et des caisses vides. En l’espace de 18 mois d’une gestion rigoureuse, les indicateurs ont été inversés de manière historique passant presque au vert  :

  • Un solde positif de 13 milliards de GNF sur les comptes au soir du 30 juin 2026, au lendemain de son limogeage.
  • 14 milliards de GNF de taxes reversés directement dans les caisses de l’État.
  • 35 milliards de GNF de salaires intégralement versés, sans aucun licenciement ni baisse de traitement pour le personnel.
  • Modernisation technique inédite : Lancement du tout premier recensement par géolocalisation et digitalisation des panneaux publicitaires du pays depuis la création de l’entité en 1986.

Pour maints observateurs, l’orthodoxie financière et la modernisation managériale affichées par l’ancien Directeur Général cadrent mal avec la précipitation judiciaire dont il fait l’objet. Alors que le dossier retourne désormais dans les mains des juges d’instruction, la justice guinéenne se trouve face au défi de clarifier les règles du jeu, démêler les echeveaux, sous peine de transformer une procédure de reddition de comptes en un feuilleton d’arbitraire.

Focus Africaguinee.com

Créé le 10 juillet 2026 19:46

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