Volte-face “radicale” d’Aboubacar Soumah: « Nous sommes vraiment déçus »

CONAKRY – Alors que le syndicat vantait jusqu’ici le sens de l’écoute des autorités actuelles depuis le 5 septembre 2021, le ton a changé. L’intersyndicale de l’éducation, qui accuse le gouvernement de manquer de volonté pour satisfaire sa plateforme revendicative, a déposé un préavis de grève ce mercredi 5 novembre 2025.

Passé un délai de dix (10) jours ouvrés, la FSPE, le SLECG et le SNE n’excluent pas de paralyser le secteur éducatif en déclenchant une grève générale immitée. Comment expliquer cette volte-face de responsables syndicaux ? Dans cet entretien, Aboubacar Soumah, président du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), apporte ses explications. Exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM: Ces derniers temps, vous avez souvent salué l’ouverture du gouvernement face aux réclamations du syndicat. Qu’est-ce qui explique ce durcissement de ton de la part du mouvement syndical ?

ABOUBACAR SOUMAH : C’est suite à la rencontre d’hier, au ministère de la Fonction publique, que nous avons compris que le gouvernement n’était pas prêt à ouvrir un véritable couloir de négociations autour des points inscrits dans le mémorandum que nous avons déposé. Ce document constitue la plateforme revendicative de l’intersyndicale de l’éducation.

Hier, les propos tenus par certains responsables du ministère n’étaient pas de nature à faire avancer les discussions. Nous avons compris qu’il s’agissait de mesures dilatoires, destinées à retarder ou à éviter la satisfaction des revendications des enseignants.

On nous a expliqué que la commission mise en place par le ministère de l’Enseignement pré-universitaire – composée de techniciens des trois départements (Enseignement supérieur, Secondaire et Technique) – avait finalisé la révision du statut particulier de l’éducation, avant de le transmettre au ministre de l’Enseignement pré-universitaire, qui l’a ensuite envoyé à la Fonction publique.
Mais une fois là-bas, on nous dit qu’il faut désormais dissocier le statut de l’enseignement pré-universitaire du statut général des enseignants de Guinée, pour pouvoir discuter point par point.
Nous avons répondu que ce n’était pas possible, car le statut doit concerner l’ensemble du système éducatif guinéen, et non une seule composante.

On ne peut pas non plus négocier sans s’entendre sur les aspects financiers. C’est pourquoi cette attitude nous a profondément irrités. Nous sommes sortis déçus de cette rencontre. Heureusement, le même jour, à 16 heures, nous avons été reçus par le Premier ministre. Il a tenu des propos d’apaisement et a instruit le président du Conseil national du dialogue social (CNDS) d’ouvrir les négociations pour que nous puissions discuter de l’ensemble des points.

Suite à cette intervention, nous avons décidé de déposer aujourd’hui le préavis de grève. C’est une manière de formaliser notre position, tout en restant ouverts au dialogue. Il faut préciser aussi que le ministre de l’Enseignement pré-universitaire, en transmettant le statut particulier de l’éducation, a indiqué que les montants proposés dans le document ne faisaient pas l’objet d’un accord consensuel. Selon lui, ces chiffres n’ont pas été discutés avec lui et ne dépendent pas de son département. Autrement dit, il ne peut pas défendre ce statut, ce qui signifie qu’il s’oppose aux propositions financières contenues dans le texte.

Voilà, en résumé, ce qui nous a conduits à déposer ce préavis de grève. Et si, à l’issue du délai de dix jours ouvrés, nos revendications ne sont pas satisfaites, nous déclencherons la grève.

Ne pensez-vous pas qu’il aurait fallu donner une chance aux démarches du Premier ministre avant de recourir à votre ultime arme, la grève ?

Oui, bien sûr. Mais tu sais, nous avons constaté qu’au niveau du ministère de la Fonction publique, les consultations ne sont pas de nature à faire avancer les négociations.

Ce que nous avons observé, ce sont plutôt des manœuvres dilatoires. Donc, nous, vraiment, étant aguerris dans le cadre des négociations, nous avons compris qu’ils ne sont pas prêts à ouvrir le couloir du dialogue pour qu’on puisse en discuter. Pourtant, nous avons déposé un mémorandum qui contient plusieurs points.

Ces points ne sont pas encore satisfaits. Des enseignants sont bloqués, les salaires sont gelés depuis 2023, certains depuis 2024. D’autres ont perçu une partie de leur salaire pendant les vacances, mais jusqu’à présent, la régulation n’est pas faite.
Ceux dont les salaires ont été débloqués ont subi des imputations sur leurs primes. Vous voyez ? On va de mal en pis. Et quand nous sommes à la table des discussions, on nous dit : “On va faire, on va corriger”, mais la correction n’est jamais apportée. Voilà aujourd’hui la situation qui nous amène à durcir un peu le ton.

Est-ce que le contexte est favorable à ce type de mouvement, surtout qu’il y a à peine un mois que les classes ont ouvert, et qu’une campagne électorale s’annonce avant le scrutin du 28 décembre ?

Ce sont deux choses différentes. Nous avons commencé depuis l’ouverture des classes, même avant. Depuis l’année scolaire passée, nous réclamons, mais rien n’a été satisfait. Nous avons poursuivi nos revendications, sans succès.

Nous ne pouvons pas attendre que les élections passent avant d’obtenir satisfaction, car une fois le nouveau gouvernement en place, on nous dira d’attendre la nomination des ministres, leur prise de fonction, etc. Pendant ce temps, les gens continuent de croupir dans la misère.

Les enseignants n’en peuvent plus. La misère est criante. Ce que nous demandons, c’est la signature du statut particulier de l’éducation, ainsi que l’examen des montants et primes que nous avons proposés.

Nous ne tenons pas mordicus à ce que ce statut soit appliqué à 100 % immédiatement, mais qu’il soit au moins signé et que certaines primes soient payées — à l’image de l’enseignement supérieur, où les primes de craie, de logement et de transport ont été revalorisées dans le statut révisé.

Si cela est fait à notre niveau, nous pourrons comprendre, accepter et continuer dans la sérénité.
C’est parce que nous voulons la stabilité que nous avons toujours été larges et compréhensifs. Heureusement, le gouvernement se dit être un gouvernement du dialogue. Mais ce dialogue a ses limites : s’il ne conduit à aucune solution, nous serons obligés d’utiliser les moyens légaux à notre disposition pour faire aboutir nos revendications.

Est-ce que vous avez un appel à lancer à l’endroit du président Mamadi Doumbouya ?

Bien sûr. L’appel que je lance au président de la République, c’est que depuis l’avènement du CNRD, le 5 septembre, nous avons toujours dit que ce n’était pas un coup d’État, mais un coup de balai, n’est-ce pas ? Pour venir nettoyer la maison. Nous sommes restés dans cette dynamique jusqu’à aujourd’hui. Au niveau de l’éducation, il n’y a jamais eu de grève depuis son arrivée.

Nous l’avons toujours accompagné, et nous voulons que cela continue. Nous souhaitons qu’il comprenne que nous le soutenons. Nous avons d’ailleurs fait plusieurs déclarations allant dans ce sens, en soutenant les autorités.

Nous sommes dans la dynamique de la refondation, et nous souhaitons que cela se poursuive. C’est pourquoi nous l’invitons à intervenir pour que nos droits soient respectés, et à instruire ses ministres concernés d’ouvrir les couloirs de négociation, afin que nos points de revendication soient examinés.

Le général Mamadi Doumbouya doit signer le statut particulier révisé de l’éducation, car une partie le concerne directement. Nous l’invitons donc à prendre le décret relatif au statut particulier des enseignants de Guinée, afin que cette collaboration pacifique, entamée depuis le début, puisse se poursuivre dans le dialogue et la stabilité.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 novembre 2025 08:38

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