Volet dépenses de la LFR 2026 : « Il y a assez de contradictions que nous avons décelées », selon Faya Millimouno

CONAKRY- Au terme d’une session ordinaire, l’Assemblée nationale a adopté le volet dépenses de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026. À l’issue du vote, le député Faya Lansana Millimouno, membre du groupe parlementaire Alliance patriotique (opposition), a exprimé des réserves sur les prévisions budgétaires du gouvernement. Il dénonce notamment une hausse des dépenses de fonctionnement au détriment des investissements, alors que les populations attendent des infrastructures de base.

AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de sortir de l’Assemblée nationale. La plénière était consacrée à l’adoption du volet dépenses de la Loi de finances rectificative 2026. Quelles sont vos impressions ?

DR FAYA LANSANA MILLIMOUNO : Sur le volet dépenses, il y a assez de contradictions que nous avons décelées. Nous avons constaté que les dépenses ont augmenté, alors qu’au niveau des investissements, elles ont diminué.

Et cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’on promet des choses aux Guinéens, mais qu’on collecte les ressources pour nourrir l’administration de Conakry. Pendant ce temps, le peuple de Guinée attend des routes, des écoles.

Nous avons donc examiné la situation en tenant compte d’une chose : si nous rejetons le volet dépenses, cela signifie que le gouvernement va continuer à fonctionner sur la base de l’ancienne loi, notamment pour les dépenses courantes, sans investissements.

Vous avez entendu la ministre justifier pourquoi il y a eu moins de décaissements au niveau des investissements, en évoquant la douzième… voilà.

Nous avons donc été, en majorité, obligés de l’adopter pour qu’au moins, dès le début de l’année, les investissements prévus, notamment dans la construction des routes, puissent démarrer. Ainsi, on ne viendra plus nous dire l’année prochaine : « On a pris du retard, il n’y a pas eu de décaissements, le taux de décaissement au niveau des investissements a été très faible parce qu’il y a eu ceci ou cela. »

Mais ce que nous pouvons vous dire, c’est que nous sommes encore uniquement dans les grandes promesses. La réalité des choses, nous la verrons à partir de l’année 2027, lorsque nous saurons dans quelle mesure ces promesses seront traduites en actions concrètes susceptibles d’avoir un impact sur les populations, notamment en termes d’écoles construites, de routes réalisées et d’hôpitaux, etc.

Le budget est déficitaire. Êtes-vous satisfaits des explications du gouvernement sur les mécanismes prévus pour financer ce déficit ?

Ce qu’il faut d’abord comprendre concernant le niveau du déficit, c’est qu’il reste quand même dans les proportions des standards, soit moins de 2,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Mais il y a effectivement un problème : nous continuons à emprunter, surtout lorsque c’est pour ne pas investir. Lorsqu’on emprunte pour manger, on consomme ce que nos enfants et nos petits-enfants auraient dû pouvoir utiliser dans 10 ans ou dans 50 ans. C’est cela, le problème.

C’est sur cette question que nous allons porter une attention particulière. Si nous apprécions, par exemple, que le gouvernement se tourne vers les Guinéens à travers le marché obligataire, nous resterons vigilants quant à l’utilisation des montants mobilisés à ce niveau. Si c’est pour mettre dans la marmite, nous nous y opposerons.

Des coupes budgétaires ont concerné des projets de construction d’infrastructures routières et autres. Les réponses de la ministre du Budget vous ont-elles satisfait ?

En fait, certains éléments qu’elle a avancés nous ont satisfaits, mais beaucoup de questions demeurent.

Lesquelles ?

La question importante ici, c’est de savoir comment le gouvernement peut inscrire un projet dans une loi de finances alors qu’il n’a pas encore fait l’objet d’une étude de faisabilité.

Je prends un cas concret : cela fait presque 20 ans qu’on parle des 18 kilomètres de route de Guéckédou.

Si l’on me dit que le projet n’est pas encore mûr, je ne sais pas en quelle année il le sera, parce que la route a été construite sous Alpha Condé, de Kissidougou jusqu’aux 18 kilomètres de Guéckédou.

Si l’on invoque aujourd’hui la maturité insuffisante d’un tel projet pour justifier son annulation, eh bien, il y a vraiment des questions qui méritent d’être posées.

Le projet des 18 kilomètres de Guéckédou faisait-il partie des coupes budgétaires ?

Il faisait partie des coupes. Mais on nous a rassurés que le projet serait réintégré, parce qu’il constitue un enjeu majeur pour toute la région forestière.

Si vous quittez Abidjan pour Conakry, vous passerez par ces 18 kilomètres. Si vous avez des bananes à Zérékoré et que vous voulez les acheminer à Conakry, vous passerez également par ces 18 kilomètres.

On nous a donc promis que le projet serait réintégré, compte tenu des démarches entreprises pour régler quelques problèmes liés aux installations d’EDG et de la SEG, qui devaient être prises en compte dans le cadre de la construction des 18 kilomètres et demi de route à Guéckédou.

L’État dépense des milliers de milliards de francs guinéens en subventions pour maintenir le prix du litre de carburant à 12 000 francs guinéens. En tant que député, estimez-vous que l’État doit continuer à subventionner les produits pétroliers ou devrait-il plutôt réorienter ces ressources vers des projets de construction de routes et d’autres infrastructures ?

Dans le cas particulier du carburant, il faut prendre en compte la situation des plus démunis parmi nous.

Aujourd’hui, si, compte tenu du coût du carburant sur le marché international, le gouvernement décide de mettre fin à la subvention, il faut savoir que beaucoup de nos compatriotes n’arrivent déjà pas à se nourrir ni à se déplacer dans les conditions actuelles.

Si, en plus, on laisse les prix du carburant grimper en fonction des fluctuations du marché international, eh bien, on risque de perdre la moitié de notre population.

Sur cette question, personnellement, je soutiens la politique du gouvernement consistant à subventionner les produits pétroliers. Toutefois, nous devons prendre des dispositions pour réduire le train de vie de l’État au profit des investissements.

Lorsqu’on constate que les crédits alloués à la présidence, à la Primature et à certains départements ministériels, qui sont en réalité improductifs, augmentent au détriment des investissements, c’est tourner le dos au peuple de Guinée.

Nous nous sommes également rendu compte que beaucoup de projets inscrits dans la loi de finances initiale étaient, en réalité, des projets de campagne. Ce n’étaient pas de véritables projets. On ne peut pas aujourd’hui justifier leur annulation en disant qu’ils ne sont pas suffisamment mûrs ou qu’ils n’ont pas fait l’objet d’études préalables. Il y avait beaucoup de « pipeau » dans ces projets.

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 8 novembre 2026 15:39

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