Visa américain: Les guinéens face au « mur financier » dressé par l’administration Trump
CONAKRY- Après la suspension de la loterie américaine (DV Lottery), Washington vient de durcir les conditions d’entrée au territoire américain pour de nombreux pays dont la République de Guinée. Désormais, l’obtention du visa américain est assujettie au versement d’une caution allant de 5000 à 15000 dollars américains.
L’ambassade des États-Unis à Conakry a rappelé la rentrée en vigueur de cette mesure ce vendredi 9 janvier 2026, dans une note qui est sans équivoque.
« À compter du 1er janvier 2026, tous les ressortissants guinéens dont le visa américain de type B1/B2 a été approuvé doivent s’acquitter d’une caution pouvant aller jusqu’à 15 000 $.
Ne payez pas de caution de visa avant d’avoir reçu les instructions d’un officier consulaire lors de votre entretien. Le paiement d’une caution avant l’entretien n’influence en aucun cas la délivrance du visa », a annoncé la représentation diplomatique américaine.
Pour obtenir des informations officielles sur les visas américains, y compris sur les cautions de visa, l’ambassade appelle à consulter le site travel.state.gov.
À Conakry, cette série de mesures restrictives ne trouve pas d’échos favorables chez les citoyens et responsables d’agences spécialisées. Tous expriment leur désarroi face à ces dispositions jugées restrictives et lourdes de conséquences sociales et économiques.
« Une grande déception pour beaucoup de Guinéens »
Diallo Alimou, administrateur général de Byzantèque-Cosa, se dit profondément affecté par cette décision. « Je suis vraiment déçu par cette décision. La loterie américaine était une immigration sélective qui permettait à beaucoup de personnes de bénéficier d’opportunités aux États-Unis », a-t-il confié.
Selon lui, la caution exigée pour l’obtention du visa ne serait pas systématiquement demandée avant l’entretien :« Le demandeur peut se présenter à l’Ambassade sans avoir l’argent. C’est seulement en cas d’octroi du visa que la somme est demandée comme garantie de retour. »

« Une garantie qui impacte les affaires »
Pour M. Diallo, certes cette mesure vise à limiter l’immigration irrégulière, mais elle reste économiquement contraignante. « Beaucoup de personnes voyagent pour faire des achats ou développer leurs affaires. Bloquer un montant qui varie entre 5 000 et 15 000 dollars comme garantie, c’est un véritable frein pour leurs activités économiques », explique-t-il.
Il rappelle que de nombreux bénéficiaires de la loterie américaine contribuent aujourd’hui à l’économie des États-Unis. « Il y a des Guinéens devenus militaires, entrepreneurs ou citoyens américains qui participent activement à l’économie américaine. Cette chance change des vies. »
« L’Afrique aussi doit se construire »
De son côté, Barry Idrissa, gérant d’une agence qui inscrivait des candidats à la DV Lottery, adopte une position plus tranchée. « Les États-Unis ont travaillé pour être ce qu’ils sont aujourd’hui. Pourquoi les Africains ne feraient-ils pas la même chose avec toutes les ressources disponibles sur le continent ? », s’interroge-t-il.

Selon lui, la suspension de la loterie devrait pousser les Africains à croire davantage en leur continent. « Si chacun travaillait honnêtement pour son pays, beaucoup n’auraient pas besoin d’émigrer. »
Barry Idrissa reconnaît toutefois que cette décision affecte les agences locales :« Cela nous impacte économiquement, mais l’essentiel reste le développement de l’Afrique. »
« Une mesure injuste contre les familles »
Pour Mamadou Yaya Bah, citoyen guinéen, la suspension de la DV Lottery est perçue comme une injustice sociale. « Pour beaucoup de familles, cette loterie était une porte de sortie. La caution exigée rend désormais l’obtention du visa quasiment impossible pour la majorité des Guinéens », regrette-t-il, appelant à des politiques migratoires plus adaptées à la réalité économique des pays africains.

Ibrahima Sory Bangoura invite les autorités guinéennes à réagir face à cette situation. « Il est important que nos autorités engagent le dialogue avec les États-Unis pour défendre les préoccupations des citoyens », plaide-t-il.
M. Bangoura appelle à renforcer les opportunités locales :« L’émigration doit rester un choix, pas une obligation. Il faut créer des emplois et améliorer les conditions de vie en Guinée »en attendant une éventuelle révision de ces mesures américaines.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 9 janvier 2026 19:10Nous vous proposons aussi
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