Restrictions de Visas : ce qui change pour les citoyens guinéens et européens
BRUXELLES/CONAKRY-L’Union européenne a durci les conditions d’octroi des visas de court séjour pour les citoyens guinéens, pointant du doigt des blocages dans les procédures de réadmission. Face à cette mesure, Conakry a répliqué par des restrictions réciproques visant les ressortissants européens, tout en réaffirmant sa volonté de maintenir un dialogue constructif. Éclairage sur les origines du différend, les impacts concrets sur les voyageurs et les conditions d’une sortie de crise.
Le au cœur du différend
Au centre de la décision européenne figure le dossier sensible de la réadmission des citoyens guinéens en situation irrégulière sur le sol des États membres. Selon l’UE, les difficultés s’accumulent au niveau des procédures d’identification et d’émission des titres de voyage nécessaires au rapatriement.
« Des difficultés subsistent en ce qui concerne l’identification et le retour des ressortissants de la Guinée en séjour irrégulier sur le territoire des États membres de l’UE. Ces difficultés sont dues à l’absence de réponse et de suite données par les autorités guinéennes aux demandes de réadmission. D’autres difficultés concernent la délivrance de titres de voyage provisoires, qui souvent ne sont pas fournis même lorsque la nationalité a déjà été confirmée, et l’organisation d’opérations de retour sur des vols réguliers ou des vols charters », explique un haut fonctionnaire de l’Union européenne, sous le couvert de l’anonymat.
Selon notre source, le Conseil de l’Union européenne s’est appuyé sur une évaluation de plusieurs indicateurs techniques pour formaliser sa position, dans le sillage d’une proposition initiale de la Commission européenne remontant au 15 juillet 2025.
« L’évaluation de la coopération par la Commission tient compte d’indicateurs tels que le nombre de décisions de retour prises à l’égard de ressortissants guinéens en séjour irrégulier […], le nombre de retours forcés effectifs par rapport au nombre de décisions de retour prises, le nombre de demandes de réadmission acceptées par la Guinée par rapport au nombre de demandes soumises, ou encore le niveau de coopération opérationnelle lors des différentes étapes de la procédure », a expliqué le diplomate.
2. Ce qui change pour les demandeurs de visas
Pour les citoyens guinéens, l’impact de ces mesures se fera ressentir lors des démarches consulaires. Bruxelles précise toutefois que les visas de long séjour et les visas d’études ne sont pas impactés par ce durcissement, qui cible exclusivement les séjours de courte durée (moins de 90 jours). Concrètement, les conditions d’instruction des demandes deviennent plus rigides. Le délai légal de traitement des dossiers passe de 15 à 45 jours calendaires. Désormais, explique notre interlocuteur, les demandeurs guinéens, ne pourront plus obtenir d’autorisations de voyage à entrées multiples. En toutre, aucune exemption sur les pièces à fournir ne sera accordée, tandis que les titulaires de passeports diplomatiques ou de service perdent l’exemption des droits de visa.
« Il n’est plus possible pour les États membres de l’UE de délivrer des visas à entrées multiples aux ressortissants guinéens ; d’exempter les demandeurs de visas guinéens des obligations prévues en matière de pièces justificatives à présenter, et d’exempter les titulaires d’un passeport diplomatique ou de service du paiement des droits de visa. La durée normale de traitement des demandes de visa est désormais portée à 45 jours calendaires au lieu de 15 », souligne la source diplomatique.
3. Une mesure temporaire, mais sans date de péremption
La Guinée n’est pas le seul État africain à avoir fait l’objet de telles procédures. Selon notre source, des mécanismes similaires ont été mis en œuvre concernant la Somalie (juin 2026) et la Gambie (2021). À l’inverse, l’exemple de l’Éthiopie, dont les restrictions appliquées en 2024 ont été levées en mai 2026, démontre que la situation n’est pas irréversible. Toutefois, Bruxelles prévient : aucune date de fin automatique n’a été fixée pour la Guinée. L’évolution du dossier dépendra exclusivement de la réaction des autorités guinéennes.
« L’objectif de la mesure est d’encourager la Guinée à prendre les mesures nécessaires pour améliorer la coopération en matière de réadmission. La décision de suspension est temporaire, mais n’est pas assortie d’une date de fin précise. La Commission européenne évalue en permanence si une amélioration substantielle et durable de la coopération en matière de réadmission des migrants en situation irrégulière peut être établie. »
4. Ce que Bruxelles attend de Conakry
Pour espérer une levée progressive ou totale de ces sanctions consulaires, l’Union européenne trace sa feuille de route : « Des améliorations significatives de la coopération, au cours du processus de réadmission, sont nécessaires, notamment afin de garantir que la Guinée coopère efficacement en matière d’identification des migrants en séjour irrégulier, de délivrance de titres de voyage provisoires et d’organisation d’opérations de retour en temps utile et de manière prévisible, conformément à l’accord de réadmission. »
Selon notre source, un rapport d’étape obligatoire sera présenté au plus tard six mois après l’entrée en vigueur des restrictions pour mesurer l’évolution de la situation sur le terrain et déterminer si une réévaluation du dossier guinéen est envisageable.
La réplique ferme et proportionnelle de Conakry…
En réponse aux mesures prises par l’UE, la Guinée a réagi avec fermeté, décidant de suspendre de façon temporaire les visas à entrées multiples en faveur des ressortissants des États membres de l’Union européenne. À cela s’ajoutent l’application des frais de traitement aux titulaires de passeports diplomatiques et de service, ainsi que de l’allongement des délais de traitement des demandes de visa.
Conakry a toutefois réaffirmé sa volonté de poursuivre une coopération constructive avec l’Union européenne, dans le respect des engagements internationaux. La a rappelé que la lutte contre la migration irrégulière demeure une priorité des autorités, conformément à la vision du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, qui entend offrir davantage de perspectives de développement à la jeunesse guinéenne.
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 25 juillet 2026 20:17Nous vous proposons aussi
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