« Transmettez notre cri de cœur au Gouvernement » : Yidhar, ce district oublié qui « meurt » de soif!

KOUNDARA – Dans les replis accidentés de la préfecture de Koundara, la quête de l’eau, source de vie, est un calvaire quotidien. À Yidhar, district enclavé de la sous-préfecture de Termessé, boire un verre d’eau potable est encore un luxe. Ici, les femmes arpentent chaque jour les pentes abruptes d’une montagne qu’il faut gravir avec des bidons pesants, pour ramener une eau boueuse et non potable. Reportage.

À Yidhar, le temps ne se compte pas en heures, mais en kilomètres de souffrance. Pour les femmes du village, la journée commence par un exode vers le bas de la montagne, là où coule le marigot « Doubbhè ». Ce point d’eau, partagé avec le bétail et la faune sauvage, est l’unique recours d’une population “oublée” par les infrastructures hydrauliques. Kadiatou Baldé, le visage marqué par la fatigue des sentiers rocailleux, porte en elle la voix de toutes ces mères de famille.

Son témoignage est à l’image d’un réquisitoire contre l’oubli : « Nous faisons plus d’une heure de marche pour aller puiser de l’eau. L’endroit où nous allons est situé tout au bas d’une montagne. Ici, dans le village, nous n’avons rien : ni forage, ni puits. Imaginez notre peine : si nous voulons simplement de quoi boire, faire la cuisine ou laver nos enfants, nous sommes obligées de parcourir ces kilomètres à pied, sous un soleil de plomb, pour atteindre un marigot. C’est une épreuve physique qui nous brise chaque jour. C’est très difficile pour nous, et nous n’avons pas d’autre choix pour survivre. »

Si la descente vers le marigot est moins éprouvante, la remontée est une vraie lutte. Les muscles tirent, le souffle manque…à mesure que l’on gravit la pente avec la charge sur la tête.

« Pour remonter, c’est une lutte de chaque instant. Malheureusement, c’est le seul endroit où nous pouvons nous procurer de l’eau pendant la saison sèche. Pendant la saison des pluies, nous essayons de recueillir l’eau du ciel que nous traitons tant bien que mal pour la cuisine. Il y a bien une petite source qui nous aide en période hivernale, mais dès que les pluies cessent, le désert s’installe. Nous sommes alors contraintes de retourner dans ce marigot appelé « ka Doubbhèrè ». C’est une situation pénible. Nous sommes dans une zone reculée et nos voix n’atteignent jamais les bureaux des autorités. Nous vous demandons de transmettre notre cri du cœur au gouvernement : aidez-nous à avoir enfin de l’eau potable dans notre village ! » implore Mme Baldé.

Môdy Aladji, un autre habitant, ne cache pas son amertume face à l’enclavement qui double la peine de la soif :« Nous avons un sérieux problème d’accès à l’eau. L’absence de forage nous condamne au marigot ou à la source. À l’aller, c’est une descente, mais au retour, avec le poids du précieux liquide, il faut remonter cette pente qui ressemble à une véritable montagne. Je profite de votre micro pour lancer un appel: que les autorités nous aident à avoir un forage et une route, car ce sont là nos deux chaînes. Sans route, nous sommes isolés ; sans eau, nous mourons à petit feu. »

L’ampleur de la crise dépasse le cadre sanitaire pour devenir un drame social. Mamadou Samba Diallo, membre de la délégation spéciale de Termessé, décrit des scènes d’un autre âge, particulièrement en ce mois de piété :

« Yidhar est l’une des rares localités qui ne dispose de rien. Les habitants souffrent au-delà de l’imaginable. En ce mois de Ramadan, c’est encore plus pénible. Certains descendent puiser de l’eau et sont parfois obligés de rompre leur jeûne au bord du marigot, faute d’avoir la force pour remonter immédiatement la montagne avec leurs bidons. La source est à des kilomètres, le relief est hostile. Ce district est dans un dénuement total », décrit-t-il.

Des foyers qui se brisent

Mais c’est Mamadou Aliou Diallo, le président de la délégation spéciale, qui dresse le constat le plus alarmant. La pénurie d’eau est devenue un motif de rupture familiale.

« Notre sous-préfecture compte au moins trois districts où, en ce mois de Ramadan, si les habitants vont chercher de l’eau à 18h, ils peuvent revenir seulement à 22h. Ceux qui partent à 22h ne reviennent qu’à 4h ou 5h du matin. Dans mon district, nous avons au moins 500 ménages, tous confrontés au problème d’eau, à l’instar de Yidhar. Pour vous dire vrai, la grande préoccupation de la sous-préfecture de Termessé actuellement, c’est le problème d’eau potable », confie-t-il, joint au téléphone.

« Dans les districts de Lambanghol et de Yidhar, la situation est délicate. Les gens en viennent parfois aux mains pour accéder au peu d’eau disponible. Le problème est si grave que certains couples ne tiennent plus. Il y a des femmes qui se marient ici, mais dès qu’elles découvrent cette crise permanente et la pénibilité du trajet, elles demandent le divorce et s’en vont. Elles ne peuvent pas supporter ce calvaire. Parfois, nous les hommes, nous faisons les navettes à moto pour soulager nos épouses, mais tout le monde n’a pas d’engin. Moi-même, hier, j’ai dû puiser 12 bidons pour ma famille », explique le responsable local.

Un appel au sommet de l’État

Le président de la délégation spéciale lance un appel pressant au Gouvernement: « Nous demandons humblement au gouvernement de M. Amadou Oury Bah, au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, et au ministre de l’Hydraulique, M. Aboubacar Camara, de se pencher sur notre sort. L’eau est la source de toute vie, aucune existence, aucun projet n’est possible sans elle. Notre première et unique demande, ce sont des forages pour alléger ces souffrances. Nous soutenons le président depuis le 5 septembre, mais aujourd’hui, nous avons besoin qu’il nous aide à boire. C’est une question de survie. »

Un reportage de Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 11 mars 2026 09:50

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