Timbo érigé en préfecture : « Ce n’est que justice rendue après son affaiblissement par les colonialistes », estime le Pr Bonata Dieng
TIMBO – Érigée en préfecture par décret présidentiel parmi les onze nouvelles préfectures créées en Guinée, Timbo retrouve un statut administratif qui vient consacrer son importance historique. Ancienne capitale du Fouta théocratique et siège des Almamy, la ville occupait autrefois une place centrale dans l’organisation politique de la région. Pour l’historien Pr Bonata Dieng, cette décision constitue une forme de réhabilitation après l’affaiblissement de Timbo sous la colonisation. .
AFRICAGUINEE.COM : Dans un décret, le président de la République a érigé Timbo et dix autres sous-préfectures en préfectures. Pour le cas spécifique de Timbo, ancienne capitale politique du Fouta théocratique, que vous inspire cette décision du chef de l’État, Mamadi Doumbouya ?
Pr Bonata Dieng : Merci beaucoup. Je pense qu’il faut d’abord que je réponde à cette question en faisant une analyse d’historien. Je préfère partir du général au particulier.
La décision d’ériger Timbo en préfecture intervient à la suite du récent décret portant redécoupage territorial de notre pays. Il faut donc commencer par là. À mon avis, il faut saluer ce décret.
En tant qu’ancien conseiller politique au ministère de l’Administration du territoire pendant de nombreuses années, je peux dire que lorsqu’on parle de découpage territorial, cela renvoie au cœur même des politiques publiques de l’État et de la République.
Concernant les préfectures qui viennent d’être créées, il y a beaucoup de choses à savoir. Depuis toujours, certaines sous-préfectures se battent pour être érigées en préfectures. Mais, souvent, ces revendications étaient animées par diverses préoccupations, notamment la volonté de certaines communautés de disposer d’une plus grande autonomie administrative et de ne plus rester sous l’emprise d’autres territoires.
Depuis toujours, des velléités de voir certaines sous-préfectures érigées en préfectures animent les communautés. Cette décision répond-elle donc à une attente ancienne ?
Oui. Souvent, ces revendications étaient portées par des personnes ou des personnalités locales. Le raisonnement était généralement le suivant : « Nous ne voulons plus rester sous l’emprise d’autres territoires. Nous avons construit des écoles, des centres de santé, des logements pour les sous-préfets, des marchés. Nous avons donc la capacité de revendiquer notre érection en préfecture, au même titre que celles qui existent déjà. »
C’est ainsi que cela se passait souvent. Mais je ne voudrais pas non plus manquer de préciser, puisque vous êtes de cette génération, que certaines de ces démarches étaient également marquées par des activismes politiciens. Des personnalités cherchaient parfois à se présenter comme les « enfants bénis » des localités concernées, en étant à l’origine des requêtes adressées au gouvernement, afin de se mettre en valeur.
C’est donc un premier aspect. Depuis longtemps, il existait des dossiers portés par des sous-préfectures ou, comme on les appelait à l’époque, des Communes rurales de développement (CRD), qui exerçaient une forte pression auprès du ministère de l’Administration du territoire pour être érigées en préfectures.
Voici une relecture professionnelle de cet extrait d’interview, en conservant le fond, le sens des réponses du Pr Bonata Dieng et le ton d’un entretien journalistique. J’ai surtout corrigé les formulations orales, les répétitions et les passages difficiles à la lecture.
« Timbo est ressuscitée » : le Pr Bonata Dieng décrypte les enjeux du nouveau découpage territorial
Selon vous, quels peuvent être les avantages de ce nouveau découpage administratif ?
Ces découpages peuvent constituer un nouveau projet socio-économique, voire un projet national de fondation de l’État.
Si je décrypte le récent décret, il s’inscrit peut-être dans une logique qui consiste, pour certaines localités, à répondre à des sollicitations, et pour d’autres, à rééquilibrer la gouvernance territoriale.
À bien y regarder, le décret montre qu’il est désormais considéré comme possible et souhaitable que le nouveau projet socio-économique et même national de fondation de l’État puisse aller dans cette direction : permettre à certaines localités d’être mieux administrées, avec une administration de proximité et des moyens suffisants pour que les populations puissent davantage profiter des avancées de notre économie et des ressources du pays.
On se dit désormais que, notamment avec les perspectives liées au projet Simandou 2040, nous avons les moyens de mieux partager les ressources et de rapprocher les moyens de la gouvernance des populations, afin qu’elles puissent elles aussi bénéficier des avantages dont ont profité les anciennes préfectures ou les régions.
La preuve, c’est que qui ne se souvient pas du mouvement des fêtes tournantes, qui avait été initié pour développer certaines régions ? Cela s’est fait à partir des régions existantes et, malgré cela, certaines localités estiment ne pas en avoir suffisamment bénéficié.
Voilà donc comment j’interprète ce décret qui porte sur l’érection de onze nouvelles préfectures, parmi lesquelles Timbo.
Un chercheur français avait même écrit que « Timbo est mort ». Peut-on dire aujourd’hui que Timbo est ressuscitée ?
Je vais terminer par là. Il y a quelques années, un chercheur français a publié un livre, sorti il y a quelques décennies et que je détiens encore. Son titre est un véritable coup de poignard : « Timbo est mort ».
Alors, grâce à ce que je viens de saluer, vraiment, bravo au récent décret. Aujourd’hui, Timbo est ressuscitée.
Je crois que je vais terminer par là, avec tous nos vœux qui accompagnent cette nouvelle étape.
« Timbo dispose d’une ossature et d’infrastructures »
Maintenant que Timbo est érigée en préfecture, que faut-il faire ?
Ce n’est pas maintenant que Timbo demande à être érigée en préfecture. Elle en avait déjà exprimé la volonté, en mettant notamment en avant son ossature et ses infrastructures.
C’est donc une réclamation qui peut être considérée comme légitime. Après tout, qui n’aspire pas à avoir davantage lorsqu’il s’agit de bonheur, de richesse, de notoriété et de développement ?
Maintenant, on peut dire que Timbo se trouve dans une position doublement bénéficiaire de tout ce que nous avons évoqué : la reconnaissance de son histoire et sa capacité à se développer.
Tout le monde connaît la manière dont Timbo s’est imposée comme capitale de l’État théocratique du Fouta-Djalon.
Mamou, symbole de la fin du pouvoir politique de Timbo ?
Selon vous, l’érection préalable de Mamou en préfecture était-elle une manière, pour la France, de mettre fin au pouvoir politique de Timbo et, plus largement, du Fouta théocratique ?
Tout le monde connaît également comment, après avoir perdu la guerre contre le colonisateur, cela s’est matérialisé par le déplacement de la capitale politique vers cette cité, Mamou, qui a été construite de toutes pièces.
Mamou est ainsi devenue un symbole du déplacement du pouvoir de Timbo et de la mise du Fouta sous l’autorité de la France.
Mamou a été installée le long du chemin de fer qui constituait, à l’époque, l’une des principales portes d’entrée vers l’intérieur du pays. Elle a ainsi profité de cette position stratégique et est devenue une préfecture, dans un endroit qui a très tôt été appelé la « ville carrefour ».
Voilà, en substance, ce qu’il faut retenir. Je pense que cela permet de comprendre ce qui a prévalu dans l’érection de Mamou en préfecture, même si ce n’est évidemment pas un cas isolé.
Voici une relecture professionnelle, en conservant le fond et le ton de l’interview, tout en corrigeant les formulations orales, les répétitions et les maladresses syntaxiques.
TIMBO, une ancienne capitale devenue préfecture
Mais le cas de Timbo est particulier. Comme on le dit, c’est une ancienne capitale qui est devenue préfecture. À défaut de sa mère, on se contente de la grand-mère. Tout le monde connaît, en tout cas dans ma génération, l’importance historique de Timbo.
Maintenant que Timbo est érigée en préfecture, quels doivent être, selon vous, les investissements prioritaires pour que cette décision se traduise concrètement par une amélioration des conditions de vie des populations ?
Je souhaite donc tout le bien à nos frères, parents et concitoyens de Timbo, ainsi qu’aux populations des dix autres nouvelles préfectures. Nous leur souhaitons à toutes le même destin et les mêmes perspectives de développement.
On peut saluer cette décision du président de la République et souhaiter bonne chance au projet Simandou 2040, qui permettra sans doute à toutes ces nouvelles circonscriptions de disposer des moyens nécessaires pour développer les infrastructures de base et améliorer les conditions de vie des populations.
Tout le monde sait que si le pouvoir est accessible à 100 kilomètres, cela change beaucoup de choses. Prenons l’exemple de certaines de nos préfectures, créées dans les années 1970 sous le président Sékou Touré : jusqu’à présent, certaines n’ont toujours pas bénéficié de routes bitumées, d’eau potable ou d’électricité. C’est maintenant qu’il faut leur apporter ces infrastructures.
Des préfectures comme Lélouma, Koubia, Mali, Tougué ou Gaoual ont récemment bénéficié de routes bitumées, alors qu’elles existent depuis l’indépendance. C’est donc un avantage. Il faut commencer par quelque chose.
Vous avez évoqué les fortes disparités de développement que vous aviez constatées dans certaines préfectures lors de votre passage au ministère de l’Administration du territoire. Le nouveau découpage administratif peut-il, selon vous, contribuer à corriger durablement ces inégalités territoriales ?
Mais, surtout, je me réjouis pour Timbo. Pour les autres aussi, je l’ai dit, c’est une décision qui devrait contribuer au bonheur de tous les citoyens. Il y a de bonnes raisons de penser que beaucoup de localités sont heureuses d’être érigées en préfectures, voire, à terme, en régions.
Je me souviens d’ailleurs que, lorsque j’étais conseiller au cabinet du ministère de l’Administration du territoire, dans les années 2000, nous avions effectué une tournée à travers la Guinée. À l’époque, le ministre Zainul Abedeen Sanusi était en fonction et j’étais son conseiller principal chargé des questions politiques.
Lors de cette tournée, nous avions pu mesurer les écarts de développement entre certaines localités. Parmi les situations qui nous avaient particulièrement marqués, il y avait notamment celles de Kérouané et de Beyla, où les besoins en infrastructures et en services de base étaient considérables.
Nous avions alors constaté qu’il y avait un énorme effort à consentir pour permettre à certaines préfectures, pourtant très anciennes, de bénéficier des mêmes commodités et des mêmes conditions de vie que les autres.
C’est donc, à mes yeux, une forme de justice rendue à beaucoup de localités qui sont restées pendant des décennies, voire près d’un siècle, dans une situation qui n’était pas normale, en étant en quelque sorte laissées pour compte.
Entretien réalisé par
Alpha Ousmane Bah
Pour africaguinee.com
Tel. (+224) 664 93 45 45
Créé le 22 août 2026 10:13Nous vous proposons aussi
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