Saison des pluies 2026 en Guinée : « Des précipitations supérieures à la normale sont attendues », alerte Dr Loua, chef de la météo

CONAKRY- À l’approche de la grande saison des pluies, l’Agence nationale de la météorologie (ANM) tire la sonnette d’alarme. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, le Directeur général de l’ANM, Dr René Tato Loua, annonce des précipitations « normales à excédentaires » dans plusieurs régions du pays, notamment en Basse-Guinée et en Guinée forestière.

Le météorologue met en garde contre des risques accrus d’inondations, particulièrement à Conakry et dans certaines grandes agglomérations de l’intérieur du pays. Il détaille également les dispositifs d’alerte mis en place par son institution et appelle les citoyens à adopter des comportements responsables pour limiter les dégâts. (Interview

AFRICAGUINEE.COM : Nous sommes à environ un mois de l’arrivée de la grande saison des pluies en Guinée. Quelles sont les prévisions météorologiques pour l’année 2026 ? 

Dr René Tato Loua : Oui, nous sommes proches du démarrage de la grande saison de pluie en Guinée. En ce qui concerne les prévisions météorologiques, si nous prenons la pluviométrie, la région côtière et la région forestière sont concernées par des pluies qui vont être de normales à excédentaires. Donc, une quantité de pluviométrie considérable va être observée dans ces régions-là. Le reste du pays sera de normales à déficitaires. Ça veut dire que les pluviométries ne seront pas très élevées par rapport à la normale. Tandis que la zone côtière et la région forestière auront des pluviométries qui vont dépasser la normale. 

Mais par endroits en Haute-Guinée, par exemple dans le bassin du Niger, dans la ville de Siguiri, il y a des endroits précis qui ne seront pas épargnés des risques liés aux grandes pluies conformément à la cartographie des risques. 

Quelles sont les conséquences qu’on peut s’attendre par rapport à cette situation ? 

Dès lors que nous avons des pluviométries qui dépassent la normale, il faut automatiquement s’attendre à des cas d’inondation. L’inondation, c’est un risque secondaire qui découle d’un risque primaire qu’on appelle les pluies diluviennes. Donc les quantités pluviométriques vont dépasser la normale et cela va provoquer des cas d’inondation. Donc comme conséquence, il faut s’attendre à des cas d’inondation, principalement dans ces zones indiquées.

Les cas d’inondations sont fréquents ces dernières années, notamment à Conakry, souvent causés par les fortes précipitations. Pour l’année 2026, avez-vous identifié les zones à risque ?  

On n’identifie pas ces zones par an, mais déjà je crois qu’il y a plusieurs services qui travaillent dans ce domaine. La cartographie des zones à risque d’inondation est déjà élaborée, je pense que par d’autres services. Mais nous, en tant que météo, ce que nous savons, c’est que déjà la capitale Conakry a une forme allongée dans la mer. Donc de part et d’autre de Conakry, plusieurs quartiers sont exposés aux risques d’inondation parce qu’il y a les bras de mer et par exemple les bas quartiers de Conakry sont exposés aux risques d’inondation. Aussi, même si ce n’est pas dans ces bas quartiers, il y a également des endroits où, à cause de l’obstruction, c’est-à-dire des déchets qu’on verse dans les caniveaux, des inondations spontanées peuvent être produites, même en hauteur. Parce qu’on a empêché l’eau de ruissellement, de couler tranquillement, et comme conséquence, l’eau va inonder les habitants. 

Ce phénomène concerne-t-il uniquement la capitale ou d’autres régions sont-elles également exposées ? 

Non, ce phénomène ne concerne pas que Conakry, ça concerne d’autres villes du pays, comme par exemple Kissidougou, la ville de N’zérékoré, la ville de Siguiri. Donc, nous ne sommes pas aussi épargnés de la situation, parce que ce sont des endroits qui sont aussi cartographiés comme étant concernés par des risques d’inondation. C’est vrai, la zone côtière est beaucoup plus concernée, mais ces endroits aussi ne sont pas exclus d’être concernés par les risques d’inondation. 

Quelle stratégie l’Agence nationale de la météorologie met-elle en place pour alerter les populations et prévenir les risques liés aux fortes pluies ?  

Pendant que je vous parle même, dans nos murs, nous avons trois experts de l’Organisation météorologique mondiale que j’ai mobilisés et qui sont en train de former le personnel et certains cadres dans ce cadre-là. Ils sont là du 11 au (15 mai 2026) pour justement mettre en place une technologie qu’on appelle la numérisation des services météorologiques et hydrologiques pour pouvoir renforcer les capacités du service à rapidement digitaliser, éditer et diffuser les alertes météorologiques dans un bref délai. 

Donc actuellement, grâce aux performances que nous avons obtenues, nous sommes dans la mesure d’éditer une alerte dans moins de cinq minutes et de la diffuser. Alors, cela est partie vraiment d’un travail ardu que nous avons pu faire. Et aujourd’hui, la Guinée est dotée d’un système qui permet d’éditer les alertes, maintenant, la question, c’est la diffusion. 

Donc, c’est pourquoi nous travaillons avec des médias qui vont recevoir ces informations, à leur tour, ils vont les diffuser très rapidement. Aussi, avec les communes, l’année passée, on a collecté des adresses, des contacts de quelques représentants des communes qui vont aussi diffuser ces informations. Également, à l’intérieur du pays, le service est représenté dans toutes les préfectures. 

Donc, les chefs services météorologiques préfectoraux aussi vont recevoir ces informations. À leur tour, immédiatement, ils vont les diffuser au niveau des collectivités décentralisées. C’est pour dire que l’ANM a déjà mis en place une stratégie qui permet de surveiller le temps parce qu’en question de gestion des risques naturels, il y a d’abord la surveillance qu’il faut faire avant d’émettre une alerte. 

Donc, il y a une équipe de veille météorologie qui est mise en place, qui travaille comme l’année dernière. Pour faciliter la remontée des données météorologiques collectives, il y a des stations qui sont là, mais en même temps, nous avons envisagé doter tout le personnel de l’intérieur du pays de téléphones Android avec des applications qui vont leur permettre très rapidement de remonter les informations. Mais en même temps, les alertes qu’ils vont recevoir va leur permettre de les diffuser rapidement dans leurs régions respectives. 

Donc, voici la stratégie que nous avons mise en place pour le moment. Il y a d’autres qui sont en train d’être développées, mais c’est trop tôt d’en parler. Mais ce qui est opérationnel, c’est cette stratégie-là. 

Quels sont les principaux obstacles à une bonne diffusion des alertes météorologiques en Guinée ? 

Les principaux obstacles sont dans un premier temps, d’ordre technologique, parce que nous travaillons avec ce qui est disponible, en fait. Alors que la météorologie a besoin de la technologie et d’équipements et il y a plusieurs équipements qui nous manquent. Nous nous débrouillons avec l’existant, mais il nous faut avoir beaucoup d’équipements. Et il faut vraiment qu’il y ait aussi une prise de conscience, que tout le monde comprenne que les informations météorologiques sont indispensables aujourd’hui pour la gestion des risques et catastrophes. 

Dans quelle mesure l’urbanisation anarchique contribue-t-elle aux inondations à Conakry ? 

Avant de construire sur un site, il faut faire des études techniques et architecturales. Ces études techniques et architecturales devraient tenir compte de quelques informations, obligatoirement, comme par exemple la météo. Donc, est-ce que les ingénieurs utilisent les informations météorologiques pour faire les études techniques et architecturales ? Je ne dirais pas tout, même pas 50% en Guinée. Parce que l’étude climatologie va vous dire, dans la zone où vous construisez, l’impact de l’inondation. 

La seconde, est-ce que l’Habitat vous autorise à construire dans ce site ? Si déjà ce site est classé parmi les zones exposées au risque d’inondation, soit on l’autorise à construire, mais en imposant des conditions. Ou bien on interdit carrément de dire construire. Si on doit construire, est-ce qu’il y a des conditions ? Ou bien est-ce qu’on ne doit même pas construire ? Donc, c’est un peu dans ce cadre que l’urbanisation peut contribuer au risque d’inondation. 

Existe-t-il une coordination entre votre service et les autorités en charge de l’aménagement du territoire dans ce cadre ? 

C’est justement ce que j’ai dit, cette coordination n’existe pas. Par contre, nous travaillons avec d’autres services de gestion des risques catastrophes, comme la protection civile, comme l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires (ANGUCH), la Croix-Rouge et autres. Donc toute information météorologique que nous collectons, surtout les alertes météorologiques, nous mettons immédiatement à leur disposition. Parce que dans le fonctionnement d’un système d’alerte précoce, c’est la météo qui gère le système d’alerte précoce. 

Parce que c’est elle qui va surveiller le système et c’est elle qui sera porteuse d’informations. C’est elle qui va dire aux autres, attention, il y a un système qui arrive et ce système-là pourrait occasionner de l’inondation dans les heures ou dans les jours à venir. 

Ce qui va permettre aux autres services de se préparer pour qu’en cas d’inondation, de sauver rapidement les sinistrés et de les amener quelque part, où ils peuvent rester en attendant qu’ils trouvent leur loge respective. 

Donc c’est pourquoi si la météo ne fonctionne pas bien, les services chargés de la gestion des risques d’inondation vont être tous surpris et donc la catastrophe va être mal gérée parce que même ceux qui sont censés sauver sont surpris déjà. C’est pourquoi la météo est avant, pendant et après la gestion des risques. C’est pourquoi dans tous les pays aujourd’hui, c’est les services météorologiques qui sont en charge du système d’alerte précoce pour tous en ce qui concerne les phénomènes météorologiques, c’est-à-dire les risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes comme les pluies diluviennes qui provoquent des inondations, comme des feux de brousse, les vagues de chaleur, les orages, etc. 

Peut-on dire que votre Direction est suffisamment préparée pour faire face à une saison plus intense ou potentiellement intense en 2026 ? 

Oui, on est en train de se préparer avec l’existant. Nous avions d’abord l’expertise, même si d’autres équipements nous manquent pour le moment, mais ce que nous disposons aujourd’hui nous permet vraiment d’être plus performants que l’année dernière. Mais il faut retenir que les années écoulées, nous avons été très performants et cela a été reconnu même par les autorités nationales et même internationales. 

Comme récompense, il y a des experts qui ont été déployés par l’Organisation météorologique mondiale qui sont actuellement dans nos murs, qui sont en train de renforcer les capacités du personnel de l’Agence national de la météorologie afin d’être mieux outillés pour faire face à cette saison pluvieuse qui arrive. Mais la question principale qui reste, c’est que tout le monde, toutes les autorités à tous les niveaux devraient prendre conscience de l’existence d’abord de ces risques. En même temps, se rendre compte que la météorologie est la solution. 

Il faut du coup donner les moyens nécessaires à la météorologie parce que si on refuse d’investir un euro ou un dollar pour que la météo puisse bien fonctionner et informer les gens à temps, on va utiliser à la place d’un dollar, 100 dollars pour réparer les dégâts. 

On sait que face à ce genre de situation, le comportement de certains citoyens contribue fortement à dégrader les choses. Alors, en Guinée ici notamment, dans la capitale, quels comportements de population aggrave les risques d’inondation selon vous ? 

Oui, justement, malgré les efforts que l’agent national de la météorologie et le gouvernement fournissent, il faudrait que chaque citoyen ait un comportement citoyen. C’est dans l’intérêt commun, c’est-à-dire d’éviter de faire des dépôts sauvages. Il ne faut pas jeter les ordures dans les caniveaux. Donc, c’est encore un cas qui vient envenimer la situation. Le comportement citoyen compte beaucoup, et surtout la sensibilisation, ce sont des choses qui comptent beaucoup dans l’atténuation des conséquences liées aux risques d’inondation. 

C’est pourquoi j’ai dit, par endroits, c’est les ordures qui provoquent l’inondation. Sinon, si l’eau de ruissellement circule tranquillement, librement, il y a des endroits qui sont très élevés, on ne devrait pas y rencontrer des cas d’inondation, mais c’est parce que le passage de l’eau est bloqué, que tout d’un coup, sous l’effet d’une pluie qui va prendre une ou deux heures, immédiatement vous allez vous rendre compte que les gens sont inondés. C’était vraiment dommage. Donc, il faudrait que chacun mette cela dans son programme déjà pour dire qu’on est en face aussi d’une autre saison pluvieuse qui arrive. Qu’est-ce qu’il faut pour éviter vraiment les pertes en vie humaine et réduire de manière considérable les conséquences ou bien les pertes économiques ? 

Selon vous qu’est-ce qu’il faut changer dans les habitudes des citoyens de pour réduire les dégâts pour cette année ? 

Pour réduire les dégâts cette année, d’abord, il faudrait que chacun autour de lui puisse assainir, puisse libérer son caniveau. On ne peut pas tout laisser au compte du gouvernement et il faudrait que chaque citoyen, c’est-à-dire ceux qui construisent dans les zones vraiment non autorisées, prennent conscience. 

Ça, c’est très important parce que dans certains quartiers, les gens construisent et bloquent le passage des eaux de ruissellement et cela exposent certains citoyens aux risques d’inondation. Il faut que chacun sensibilise son entourage, c’est hyper important. Et aussi, il faut que chacun reste vigilant et que tout le monde suive de près les informations, les alertes météorologiques qui vont être diffusées. En cas d’inondation dans une zone, les services en charge de la gestion des risques vont donner des indications. Alors, il faudrait que la population aussi suive de manière scrupuleuse ces indications. 

Quels conseils pratiques donneriez-vous aux populations guinéennes pour mieux se préparer et se protéger pendant la saison des pluies ? 

Comme conseil, la pluie n’est pas une mauvaise chose, c’est une question de gestion qui se pose. Nous avons une saison pluvieuse, nous avons abondamment de l’eau, c’est une bénédiction, c’est vraiment un don de Dieu, parce qu’il y a des pays qui n’en ont même pas trois ou quatre par an. Et si nous en avions, ça veut dire que c’est un don de Dieu. Il s’agit maintenant de la manière de gérer cette pluie, donc chaque citoyen doit être vigilant. Même pendant les grandes pluies, il faut éviter les déplacements non nécessaires, c’est hyper important. 

Les zones à risque d’inondation doivent être évités pendant les grandes pluies. Surtout si c’est aussi la nuit, il faut vraiment éviter ces endroits-là. Des services sont censés déjà informer la population sur les zones à éviter quand il s’agit de grandes pluies. 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 13 mai 2026 11:20

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,