Nids de poule, crevasses : Immersion dans le bourbier Hafia-Timbi Madina
LABE-TIMBI-Depuis trois semaines, le calvaire s’amplifie pour les usagers de la route Labé-Timbi Madina.
Le point noir se situe surtout entre Hafia-Timbi centre, un tronçon distant de 17km. Tout le long de cet axe, des gros porteurs, des véhicules de transport en commun et des voitures personnelles sont embourbés à bien d’endroits dont certains depuis plusieurs jours.
Tous se battent pour sortir de ce bourbier. En vain. Des marchandises sont pourries et dégagent des odeurs nauséabondes. A cause de l’impraticabilité de la route, de nombreuses femmes font recours aux motos-taxi pour transporter du poisson frais à vendre au marché hebdomadaire de Timbi. Tenez-vous bien, elles font le tronçon Labé ville-Timbi distant de 36 km à moto. C’est aussi une route vitale pour le transport des productions agricoles de Timbi vers Labé et ailleurs. Mais des vendeuses subissent souvent des pertes avant d’arriver sur la nationale bitumée Labé-Pita qui n’est pas en bon état.

Dans la matinée de chaque dimanche, jour du marché de Timbi, chauffeurs et passagers souffrent le martyr sur ce tronçon. Sur certaines parties, ils sont contraints de pousser leur véhicule ; sur d’autres ils dégagent la boue ; placent des pierres, des morceaux de bois et ou du feuillage pour aider les véhicules à franchir les points critiques. Hommes et femmes sont armés du même courage à pousser les engins embourbés. Africaguinee.com a partagé le quotidien de ces usagers à bout de souffle.
« Nous sommes embourbés là depuis samedi à Midi »
Amadou Diouldé Baldé est chauffeur. Depuis samedi dernier, son camion est embourbé. Lui et ses apprentis restent impuissants à le sortir du bourbier. Même en le faisant tirer par un autre véhicule :

« Depuis le samedi à midi notre camion est embourbé. Il me faut de l’aide ; ce qui est impossible à trouver d’abord. Tout le monde a peur de venir plonger comme nous. Toute la période des pluies c’est la même torture, tous les jours nous sommes bloqués ; parfois quand nous le sommes, on décide de ne plus jamais revenir, mais c’est sur cet axe que nous vivons. Nous sommes obligés de venir en dépit des problèmes. Nous ne savons plus quand est ce que nous allons quitter ici, aujourd’hui il est presque midi, on est toujours là. Les jours passés d’autres camionneurs ont fait plus d’une semaine ici », se lamente ce chauffeur.
« Notre véhicule chargé de pomme de terre a fait 7 jours dans ce bourbier sans arriver au goudron situé à 17KM »
Hadja Kadiatou Hinndè Diallo vend de la pomme de terre à Timbi , à Conakry et sur d’autres marchés. Comme tous les autres passagers, elle subit des rudes épreuves depuis 3 semaines :

« Il est impossible de décrire la situation éprouvante que les gens vivent là. La route n’existe plus, ce n’est qu’un bourbier. Gueriabhe-Timbi est un problème maintenant. Inutile de vous expliquer comment vous vivez les faits comme nous. Il y a des gens qui ont fait deux jours sur cette partie sans arriver à destination alors que normalement c’est une question de minute si la route est en bon état. Nous sommes tous éprouvés, certains dorment dans cette boue, d’autres n’ont pas trouvé à manger, une autre catégorie ne trouve pas de déjeuner. Nous vendons de la pomme de terre. La dernière fois, nous en avions fait le plein d’un véhicule qui est malheureusement resté, pendant 7 jours, embourbé ici sans jamais arriver à la grande voie bitumée goudron situé à 17 kilomètres. Croyez-moi , le camion n’était pas arrivé à Gueriabhè. Nous étions obligés de débarquer et faire transporter par des tricycles pour minimiser les pertes. Même les tricycles s’embourbent maintenant. Quand ils le sont, la marchandise tombe dans la boue, c’est généralement des pertes. Nous n’arrivons à Conakry qu’avec une petite quantité de bonne qualité, tout le reste pourri en cours de route faute de de bonne route. Tout le monde souffre surtout nous qui vendons les fruits, les légumes et les tubercules parce que ce sont des produits que nous ne pouvons pas garder longtemps. A cause du mauvais état de la route, nous perdons beaucoup avant d’arriver dans les zones de consommation. Il faut nous aider à refaire cette route ; sinon dans les prochains jours, elle ne sera plus praticable. Cette route est vitale, Timbi alimente le marché de Labé et les localités environnantes ; la culture maraichère est assez développée à Timbi mais la consommation c’est ailleurs. Les gens travaillent beaucoup là-bas mais s’ils ne peuvent pas acheminer vers les marchés, cela n’encourage pas. Nous avons beaucoup perdu ces derniers mois. Nous achetons sans pouvoir acheminer, c’est une triste réalité. Que le gouvernement nous aide pour la route, sinon le chômage va prendre forme », regrette Hadja Kadiatou Hinndè Diallo
Nourrice de Hindé, Assiatou Diallo bébé au dos a passé près d’une heure sur sa moto mais peine à franchir l’un des points critiques.
Malheureusement c’est un passage obligé pour elle pour rallier Labé chaque jour :
« C’est une véritable bataille pour circuler entre Hafia et Timbi-Madina, seul Dieu sait ce que nous endurons sur cette voie. J’ai passé la nuit à Labé à cause de la pluie sachant que quand il pleut, c’est avec peine qu’on va arriver chez nous. Ce matin je viens dans l’espoir que c’est mieux et je trouve autre chose, moi, j’ai réussi à passer avec ma moto et mon bébé, mais regardez les autres qui sont là depuis hier sans pouvoir passer. Vous voyez aussi des femmes qui vont au marché de Timbi sont toujours là avec leurs marchandises ; c’est dommage. »
« On n’est jamais sûr d’avancer sur cette route, chaque jour, hier était mieux »
Habitué de l’axe Labé-Timbi, Sabou Diaouné a du mal à faire bouger son minibus à bord, des passagers en majorité des femmes :« Chaque jour qui arrive, on dit que c’était mieux hier. Une personne qui a des urgences n’emprunte pas ce tronçon. Ici il faut avoir la force de la patience. Moi, je suis arrivé ce matin, mais les autres sont là depuis des jours, devant aussi d’autres personnes sont bloquées. Quand tu passes du temps dans la boue, tu penses que ce qui te retient, quand tu sors, tu découvres des pannes qui te font retarder encore. On n’est jamais libre ici. Tout le temps, nous sommes restés là. Le problème, aucune solution n’est évidente. Certains contournent via Pita Sintaly et Timbi-Tounni, mais cela ne change rien ; c’est la même chose. Des véhicules sont bloqués là-bas aussi. Nous avons passé la matinée ici avec des femmes qui munies de marchandises pour le marché. Voyez-vous la journée a commencé mais rien n’est sûr. La semaine passée c’est à la rentrée de Timbi que nous avons passé la nuit. Nous risquons la même chose aujourd’hui encore »

« Si vous avez tout sauf la route, considérez que vous n’avez rien »
Maitre Bhoye Doumba Diallo, sexagénaire ne se souvient pas avoir vu cette route dans un état aussi mauvais comme cette année depuis son enfance. Les populations ont investi des moyens pour verser plusieurs chargements de blocs de pierre mais cela n’a jamais suffi pour atténuer les souffrances des usagers. Depuis son retour de Conakry, le doyen a abandonné son véhicule pour marcher d’un point à un autre :

« Le dernier bourbier de ce genre date de la période de la révolution. Lundi dernier, nous sommes venus dans le but d’aider la communauté, les commerçants et le syndicat des transports pour faire des caniveaux. Près de dix camions bennes ont déversé des pierres ici ; en tout 15 chargements. Chacun a contribué à la hauteur de ses moyens. En voyant l’état de la route ce matin, c’est comme si rien n’a été fait, le bourbier a tout englouti. Maintenant je marche entre Doumba et Timbi centre. J’ai décidé de garer mon véhicule parce qu’il n’y a pas où rouler pratiquement. Les gens visibles de très loin à la quête de passage en vain. Les véhicules sont complètement enfoncés dans la boue, d’autres sont même presque couchés. L’état actuel de la route c’est du jamais vu en Guinée, en tant que chauffeur, qui roule sur la route Labé-N’zérékoré, Conakry Forêt au moment des ponts en bois, à Koulè par exemple c’était le Bac mais nous n’avions pas vécu un calvaire comme celui d’aujourd’hui. Tout développement est lié à la route. Si l’agriculteur n’a pas de route il abandonne. Que le Gouvernement y pense. L’être humain n’a besoin que de la route, de l’eau, de l’électricité et des hôpitaux. Le reste c’est des détails. Si tu as tout sauf la route, considère que tu n’as rien. Que Dieu oriente les autorités vers les infrastructures routières pour le bien-être de la population », déplore Maire Bhoye Doumba.

Abdoulaye Diallo, conducteur de moto taxi est parti de Labé avec 10 cartons de poissons soit 200 kg. La marchandise appartient à une femme qui préfère le transport à moto que les véhicules après avoir perdu une quantité importante les jours passés :

« Je viens de Labé à destination de Timbi, ces cartons que vous voyez c’est du poisson, j’ai 10 cartons sur la moto, un carton c’est 20kg. Ma cliente m’en donne chaque dimanche pour envoyer à Timbi, parce qu’elle a perdu beaucoup de poissons les jours précédents dans un véhicule embourbé ici. Moi-même je suis tombé aujourd’hui, une partie des cartons est déchirée. Avec la moto on peut faire des contours, ce qui est impossible avec les véhicules. Ma cliente a pris une autre moto, moi je transporte sa marchandise, mais ce n’est pas facile du tout. Depuis le matin on traîne là, bientôt midi nous ne sommes pas arrivés à Timbi d’abord .»
« Après aujourd’hui, je mets fin à la route de Timbi jusqu’en saison sèche »
Mariama Chérif Bah aussi fait le commerce à travers les marchés hebdomadaires du Fouta. Elle donne ses articles à crédit pour revenir recouvrer un mois après. Cette semaine son programme de Timbi est chamboulé par l’état de la route :

« Ça fait longtemps que je ne suis pas venu à Timbi, la route que je vois est méconnaissable. On m’a toujours parlé du mauvais état de la route parce que depuis longtemps je ne suis pas venue, je viens de me rendre compte de ce qu’on m’a dit jusque-là. Je dois récupérer de l’argent avec des clients à Timbi, mais quand je sortirais de ce bourbier aujourd’hui, je ne reviendrais pas de sitôt à Timbi. Le calvaire est indescriptible, tous nos véhicules sont embourbés. Nous les femmes nous sommes obligées de pousser comme les hommes pour espérer partir mais aucune solution pour le moment. Je pense que si je me libère aujourd’hui je ne viendrais pas rapidement à Timbi. A 7h nous sommes arrivés là, il est 11heures nous sommes là encore »
« En dépit de l’état des routes la tracasserie routière est de trop »

Entre Hinndè et Bagnan, une fourgonnette chargée de madriers est bloquée quelque part depuis 24 heures. Son conducteur Mamadou Diallo et ses apprentis sont en train de les débarquer dans l’espoir de franchir ce point :
« Depuis hier à 17 heures, nous peinons à sortir d’ici. Nous avons déchargé les bois pour diminuer le poids, ça ne va toujours pas. Même si on se débloque ici, nous devons aller au garage. Nous n’avons pas de route, malgré tous les agents sont sur la route à demander de l’argent. Les agents sont assis au goudron pour attendre de l’argent des chauffeurs que nous sommes alors que nous sommes éprouvés sur les pistes rurales, ils ne mesurent pas ce que nous subissons en brousse. Une vie ne sera pas facile tant que les routes ne sont pas faites. »
Saliou Camara, un autre transporteur a à bord de son camion des produits périssables destinés à la vente au marché de Timbi ce dimanche, malheureusement il est bloqué dans un profond bourbier, depuis samedi matin, veille du marché. Il est 14 heures ce dimanche, maitre Camara a perdu tout espoir de se libérer :

« Je ne vais pas loin. Je suis parti de Labé pour Timbi mais depuis hier matin, je suis bloqué ici alors que je transporte des produits périssables tels que des oignons et d’autres condiments. Jusque tard dans la nuit, on essaye de nous libérer hélas. La journée de ce dimanche encore vous voyez on est au milieu du bourbier. Timbi n’est pas loin mais faute de route, Les propriétaires de la marchandise ne pourront pas vendre aujourd’hui parce qu’il est 14 heures déjà. Si on sort d’ici, tout ce que nous avons dans le véhicule est à débarquer dans un magasin, ils vont vendre mais c’est si ce n’est pas pourri. Nous risquons de passer une deuxième nuit ici. Même à manger nous n’avons pas trouvé d’abord. Avec tout cela la tracasserie est de trop sur les routes. Hier même des gendarmes m’ont réclamé 50000 gnf, j’ai refusé, finalement ils m’ont imposé 500.000gnf. J’ai fini par donner 30000 gnf et nous sommes venus nous embourber ici .»
Alpha Ousmane Bah
Pour africaguinee.com
Tel. (+224) 664 93 45 45
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