« Même à 60 000 GNF le kilo, nous avons du mal à nous en sortir »: les « dessous » de la pénurie de viande qui frappe la ville de Labé

LABÉ- Depuis trois jours, la commune urbaine de Labé fait face à une rupture de viande destinée à la consommation. Cette pénurie perturbe les activités des restaurateurs et des vendeurs de produits dérivés, tout en pénalisant de nombreux consommateurs. La situation intervient quelques jours seulement après la signature d’un accord entre la commune urbaine et la Coopérative des bouchers, fixant le prix du kilogramme de viande à 50 000 GNF à compter du 1ᵉʳ août 2026.

Hadiatou Kanté, restauratrice au centre-ville de Labé, prépare des plats à base de viande deux jours par semaine. Faute d’approvisionnement, elle affirme ne plus être en mesure de répondre aux attentes de sa clientèle :

« S’il n’y a pas de viande, nous ne pouvons pas cuisiner. Nous avons des jours spéciaux consacrés à la viande et les clients sont habitués à ce programme, notamment les lundis et les vendredis. Si nous n’en trouvons pas, nous faisons face à d’énormes difficultés. Ce lundi, j’ai cherché de la viande jusqu’à l’épuisement, sans succès. C’est du poisson que nous avons finalement préparé, bien qu’il soit très difficile d’en trouver de bons actuellement. Aujourd’hui, beaucoup de nos clients sont venus acheter de la soupe de viande et des sauces aux feuilles de patate, mais nous n’en avions pas. Nous n’avons rien vendu. Il faut que l’on nous aide à trouver de la viande et à réduire les prix. Mon fournisseur m’a expliqué qu’actuellement les vaches sont chères et que les éleveurs ne réduisent pas leurs tarifs, alors que les autorités leur ont demandé de le faire pour approvisionner les boucheries. »

Sous couvert d’anonymat, une vendeuse de boulettes de viande explique que son activité est totalement à l’arrêt depuis le début de cette crise : « Quand il n’y a pas de viande, mon travail s’arrête immédiatement. C’est uniquement lorsqu’il y en a que je peux travailler, sinon je reste dans l’attente. Cela fait trois jours que je ne trouve rien. Nous ne comprenons pas l’origine de cette pénurie sur le marché. Nous demandons aux bouchers de nous aider à trouver de la viande afin que nous puissions reprendre notre activité. »

De son côté, le président de la Coopérative des bouchers de Labé attribue cette rupture à la raréfaction du bétail sur le marché, mais aussi à la hausse des taxes imposées aux importateurs :

« Actuellement, il y a très peu de vaches sur le marché. Elles sont importées du Sénégal et du Mali à destination du parc à bétail de Thiaguel Bori. Les vendeurs qui s’y rendent nous ont contactés pour nous demander de ne pas venir au dernier marché hebdomadaire pour acheter des bêtes. Le maire de la localité a augmenté les taxes qu’ils doivent payer. Ils affirment ne pas pouvoir acheminer les vaches tout en supportant ces nouvelles charges, alors qu’ils ont déjà payé à plusieurs endroits et effectué le dédouanement. C’est pourquoi, samedi, nous n’avons pas pu effectuer le déplacement.

Pourtant, nous avions une convention avec la commune pour vendre le kilogramme de viande à 50 000 GNF. Même à 60 000 GNF, nous avons du mal à mordre sur nos marges. Si les vendeurs n’envoient pas les vaches, nous ne pourrons pas procéder à l’abattage pour la vente. Dans les boucheries de la commune urbaine, personne n’a abattu de bétail. C’est ce lundi matin que nous voulions informer le maire de cette situation, mais ils étaient en session »

Thierno Oumar Tounkara

Correspondant régional d’Africaguinee.com à Labé

Créé le 4 août 2026 07:00

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