RDC, Soudan, Coups d’État, Réforme de l’ONU et G20: L’éclairage du diplomate Bankole Adeoye…

ADDIS-ABEBA – Dans un entretien accordé à un pool de journalistes dont un d’Africaguinee.com, en marge du 39ème sommet de l’Union Africaine, l’Ambassadeur Bankole Adeoye, Commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité (PAPS), revient sur les résolutions fortes de ce rendez-vous des dirigeants africains. De l’urgence sécuritaire dans l’Est de la RDC à la crise humanitaire « oubliée » au Soudan, en passant par l’exigence d’une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU et la politique de « tolérance zéro » contre les changements anticonstitutionnels, le diplomate nigérian livre une analyse sans concession. Entre médiations africaines et intégration au G20, il réaffirme la volonté de l’UA de faire entendre la voix d’un continent uni dans un système multilatéral en pleine mutation.

Le 39ème Sommet de l’Union Africaine s’est achevé. Quelles sont ses principales résolutions et comment la Commission aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité travaille-t-elle pour endiguer les conflits latents sur le continent? 

Amb. BANKOLE ADEOYE: Premièrement, sur l’état de paix et de sécurité en Afrique, le sommet a discuté de mesures concrètes pour mettre fin au conflit dans l’Est de la RDC. Le médiateur de l’Union africaine, en la personne du président de la République togolaise, Son Excellence Faure Gnassingbé, a présenté un rapport complet sur les étapes franchies depuis sa nomination en avril 2025.

En marge du sommet, nous avons échangé avec tous les acteurs, notamment le panel de facilitateurs composé de cinq anciens présidents. Ces facilitateurs, aux côtés du médiateur et en lien avec les processus de Doha et de Washington DC, ont réinsisté sur un cessez-le-feu permanent. Huit accords ont déjà été signés sous l’égide de ces processus.

Nous apprécions les efforts de nos partenaires. Le travail mené en collaboration avec la Communauté d’Afrique de l’Est et la SADC vise un cessez-le-feu immédiat. Nous appelons le M23 et tous les belligérants à déposer les armes, car ce conflit cause des souffrances indicibles. L’objectif est de promouvoir un dialogue inter-congolais inclusif. L’Est de la RDC reste une priorité absolue pour l’UA. Nous voulons « faire taire les armes » durablement via une architecture de médiation dirigée par l’Afrique.

Concernant la crise au Soudan, elle offre une autre opportunité à l’UA de redynamiser sa « feuille de route ». Elle est très claire : cessez-le-feu permanent, accès humanitaire, coordination mondiale des initiatives, prévention de la déstabilisation des voisins et dialogue politique inclusif entre acteurs civils. Nous saluons les efforts du Quatuor (Égypte, États-Unis, Émirats Arabes Unis [sic], Arabie Saoudite) et avons formé le Quintette (UA, IGAD, ONU, Ligue Arabe, UE) pour exercer une pression diplomatique. C’est la pire crise humanitaire mondiale, bien qu’elle soit peu médiatisée. Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) s’est réuni le 12 février sous la présidence de l’Égypte pour réaffirmer cet engagement. Nous envisageons déjà des scénarios post-conflit pour garantir une paix totale.

Sur la réforme du Conseil de Sécurité l’ONU, nous voulons une organisation agile, efficace et inclusive. Je félicite la RDC, le Libéria et la Somalie qui ont rejoint les « A3 » (les trois membres africains du Conseil de Sécurité). Notre position est claire : le Consensus d’Ezulwini doit prévaloir. Le Conseil de Sécurité doit refléter le monde d’aujourd’hui. L’Afrique doit y être une catégorie de membres vitaux, avec un droit de veto légitime au nom de ses 54 États membres. Nous voulons un Conseil « pro-Afrique » qui comprenne nos principes de paix.

L’Assemblée a aussi réaffirmé son principe de tolérance zéro pour les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Nous avons condamné fermement les récentes tentatives de coups d’État. Actuellement, six États membres restent suspendus, et nous espérons leur retour prochain à l’ordre constitutionnel. Nous devons également faire plus contre le terrorisme pour garantir un continent en paix avec lui-même et avec le monde.

Avec un multilatéralisme menacé, comment le CPS maintient-il l’unité continentale face aux pressions extérieures ?

Le CPS de l’UA est activement saisi de tous les conflits. En 20 ans, le Conseil n’a jamais eu besoin de voter pour prendre une décision de fond ; il fonctionne par consensus, ce qui prouve sa solidarité. Bien que l’alerte précoce dépende de la volonté politique des États, le CPS a redoublé d’efforts. Il est mobile, effectue des missions de terrain (comme au Soudan en octobre 2024) et est de plus en plus sollicité par les États membres. La réforme portée par le président William Ruto du Kenya a réénergisé l’institution.

Concernant le multilatéralisme, l’UA aspire, via l’Agenda 2063, à être un acteur mondial influent. Nous voulons un système respectueux de la Charte de l’ONU et de notre Acte constitutif. Notre intégration au G20 montre que l’Afrique peut partager ses leçons avec le monde. Nous devons nous concentrer sur le lien entre paix, sécurité et développement pour contrer les idéologies de haine et relever les défis comme le changement climatique.

Propos recueillis à Addis Abeba par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 février 2026 10:45

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