Qui veut « torpiller » l’enquête sur les crimes du 05 septembre ? Des parents de victimes haussent le ton!

CONAKRY- Entre le 04 et 05 septembre 2023, au moins cinq jeunes ont trouvé la mort en marge d’une manifestation appelée par les forces vives. Suite à ces cas d’homicides, les familles des victimes ont rencontré le Procureur de la République près le Tribunal de première Instance de Dixinn, Amadou Diallo, pour demander son implication pour que la lumière soit faite.


Selon nos informations, le magistrat avait demandé à ces familles de prendre attache avec la brigade de recherche de Sonfonia qui devrait recueillir leurs dépositions dans le cadre de l’enquête préliminaire. Depuis, rien n’a été fait. Les parents de ces victimes viennent de hausser le ton face à ce qu’elles qualifient de manœuvres dilatoires visant à torpiller les enquêtes.

Ces familles dénoncent l’attitude de la brigade de recherche de la gendarmerie de Sonfonia, qui selon elles, manquent de volonté dans la conduite de l’enquête, ce malgré les instructions du parquet de Dixinn à travers son procureur. D’après les témoignages de ces familles des victimes, ces trois dernières semaines, la brigade de recherche de la gendarmerie de Sonfonia les a convoqués afin qu’elles fassent leurs dépositions devant les OPJ (officiers de police judiciaire) mais en vain. Une attitude qui frustre les parents de ces trois jeunes tués en début septembre dernier à Sonfonia.

Kadiatou Diallo est la tante en même temps la tutrice de Souleymane Diallo, 16 ans. Au micro d’Africaguinee.com, cette dame explique le calvaire que sa famille rencontre au niveau de la brigade de recherche de la gendarmerie de Sonfonia.

« Souleymane Diallo est le fils de ma sœur mais c’est nous qui avons élevé ici puisqu’il avait perdu son père lorsqu’il avait 4 ans. Mais depuis qu’il a été tué le 4 septembre 2023 on est dans les démarches pour obtenir justice mais en vain. On sait que toute personne est appelée un jour à mourir mais c’est la manière dont notre fils a trouvé la mort qui nous fait de plus mal parce que c’est un enfant innocent et qui ne connait pas même pas dans quel cadre il a été tué. Donc pour nous, la seule chose qui pourra apaiser notre tristesse un peu c’est la justice. Après son décès, nous sommes allés voir le procureur qui nous a redirigé vers la brigade mobile de Sonfonia T7 mais c’est la troisième fois aujourd’hui que nous partons là-bas pour qu’ils puissent juste prendre notre déposition mais là jusqu’à présent rien n’est fait. A chaque fois qu’on part là-bas les gendarmes nous retiennent sur les lieux dans le vide et à la fin ils placent des arguments.

Exemple, si on fait un programme à 10h, nous on part avant même 10h pour les attendre sur place avant l’heure mais eux ils viennent toujours en retard et quand ils viennent, ils nous retardent, ils nous font marcher et on ne voit rien de clair. Aujourd’hui même on a été là-bas mais rien absolument. Finalement on a compris que leur démarche est louche, ce n’est pas claire et ils ne veulent pas nous aider, la volonté de mettre la lumière sur ces cas d’assassinat n’est pas là. Parce qu’ils ne peuvent pas à chaque fois nous envoyer là-bas du matin jusqu’à midi sans rien et puis nous demander de rentrer à la maison, ce n’est pas quelque chose de normale. Les gendarmes refusent même de nous écouter », dénonce la tante de cette victime.

« Nous demandons la justice parce que c’est seulement la justice qui peut apaiser notre peine, qui peut nous calmer. Il y a eu plus de 200 personnes qu’on a assassiné en Guinée depuis 2011 mais aucune justice pour les victimes et leurs familles. Donc nous demandons la justice, nous volons faire notre déposition, qu’ils nous écoutent, qu’ils déposent notre plainte au niveau des autorités compétentes et maintenant c’est à leur tour de rechercher ceux qui ont tué nos enfants parce qu’ils le savent bien, c’est eux qui ont envoyé ces gens et ils savent bien quels sont les agents qui ont été déployés dans notre zone ce jour-là, en plus ils savent comment ces agents étaient armés et les ordres qu’ils avaient reçus avant de venir chez nous. Donc, nous voulons la justice pour nos enfants. On ne peut pas tuer nos enfants comme des singes, cela fait trop mal. Je n’arrive pas à bien dormir depuis qu’ils ont assassiné Souleymane Diallo, parce que c’est ma sœur et moi qui l’avons élevé depuis lorsqu’il était bébé. Tu prends un fusil, tu tire sur l’enfant de quelqu’un que tu n’as pas élevé et cela reste impuni comme ça ? Vraiment c’est une douleur. La personne qui a assassiné notre enfant et la personne qui a donné l’ordre de le tuer, nous les attendons devant Allah le jour de la résurrection, on ne va jamais les pardonner », ajoute Kadiatou Diallo. Elle promet qu’elle ira jusqu’au bout afin d’obtenir justice pour Souleymane Diallo.

« Nous demandons à toutes les personnes ressources, à toutes les bonnes volontés de nous aider, de nous assister et de nous accompagner afin d’obtenir la justice. En tout cas, on ne baissera pas les bras, on va continuer à se battre, on ira jusqu’au bout parce que cette affaire ne peut se limiter comme ça, on ne peut taire l’affaire comme ça. Personne n’a le droit de tuer l’enfant de quelqu’un comme ça quelque soit  la raison, rien ne justifie l’assassinat d’un être humain. Souleymane Diallo par exemple a reçu la balle en pleine tête et il a rendu l’âme dans mes bras donc on ne peut pas digérer cela ».

Le père Mamadou Pathé Baldé 19 ans également tué le 05 septembre 2023 et dans les mêmes circonstances que Souleymane Diallo a abordé dans le même sens. Pour Muhammad Baldé, les autorités savent bien qui sont les auteurs de l’assassinat de leurs enfants.

« On a fait notre plainte et on nous a redirigé vers la brigade de recherche de la gendarmerie de Sonfonia Gare, Kokoma, mais, ça fait trois semaines comme ça nous, nous partons là-bas mais, rien n’est fait, au total nous sommes allés quatre fois là-bas. Mais à chaque fois qu’on part là-bas les gendarmes placent des arguments pour ne pas nous recevoir. Franchement, ils ne veulent pas nous montrer ceux qui ont tué nos enfants, ils n’ont ni l’intension ni la volonté encore moins la décision de le faire. Et pourtant, on ne peut pas tuer nos enfants comme des macaques, ce sont aussi des citoyens Guinéens comme eux. Alors nous demandons à ce des enquêtes soient menées pour qu’on sache qui sont ces gens qui ont tué nos enfants, c’est la seule chose que nous voulons mais ils ne veulent pas le faire. Nous savons évidement que ce ne sera pas facile pour eux d’identifier ceux qui ont tué nos enfants parce que c’est très difficile de dénoncer la personne à laquelle tu as envoyé pour aller faire du mal à quelqu’un. Ce n’est pas parce qu’ils ne connaissent ceux qui ont tué nos enfants parce que tous les fusils et toutes balles que les agents détiennent sont numérotés et on sait qui détient telle arme et telles balles et qui est le commandant de ces agents. Alors si réellement ils veulent retrouver ceux qui ont tué nos enfants, c’est très facile pour eux. Mais la vérité est qu’ils ne veulent pas rendre justice », dénonce le père de feu Mamadou Pathé Diallo.

Muhammad Baldé est revenu sur le cas spécifique de leur rendez-vous manqué de ce mardi 10 octobre 2023 à la gendarmerie. « Aujourd’hui par exemple du matin jusqu’à midi on était à la gendarmerie mais finalement ils nous ont dit que le commandant était parti en réunion qui va durer une semaine donc de rentrer. A chaque fois c’est comme ça donc c’est ce qui nous dit qu’ils savent ceux-là qui ont tué nos enfants mais ils veulent les couvrir. Donc nous informons l’opinion que le commandant de la brigade de la gendarmerie de Sonfonia ne veut pas nous aider et il n’a pas l’intention de faire les enquêtes.

Ce qui me fait plus mal, ce que des gens-là mentent sur moi, ils salissent mon nom et mon honneur, ils salissent l’honneur de ma famille ainsi que l’âme de mon fils, ils tuent nos enfants et ils mentent sur nous aussi. Ils sont sortis pour dire dans un média qu’ils ont collecté beaucoup d’argent pour les parents des jeunes qu’ils ont tués ici, qu’ils m’ont donné énormément d’argent pour m’assister après l’assassinat de mon fils. Ils n’ont qu’à arrêter ça, il ne faut pas qu’ils tuent nos enfants et après ils reviennent derrière pour mentir aussi sur nous, ils n’ont qu’à nous montrer ceux qui ont tué nos enfants. Ils n’ont qu’à arrêter de nous calomnier, de nous diffamer avec nos enfants qu’ils ont tué ».

Younoussa Baldé, oncle et tuteur de Mamadou Tanou Diallo (15 ans), tué dans les mêmes circonstances que les deux premiers jeunes, a expliqué que tout son souhait c’est de voir le tueur de son neveu sanctionner à la hauteur de sa forfaiture.

« Depuis trois semaines comme ça on nous fait tourner en bourrique. On fait des vas et viens à la gendarmerie de Sonfonia pour faire nos dépositions, mais rien. A chaque fois qu’on nous programme, nous partons mais on ne nous auditionne pas. On nous avait programmé aujourd’hui mais quand nous sommes allés on nous a gardé jusqu’à midi pour nous dire que leur commandant n’était là-bas et qu’il avait une réunion d’une semaine à l’état-major. Honnêtement ils ne veulent pas nous aider à rendre justice à nos enfants. Nous voulons vraiment la vérité sur l’assassinat de mon neveu et qu’on sanctionne celui qui l’a tué », s’alarme cet autre parent d’une victime. Pour l’heure, nous n’avons pas obtenu la version de la gendarmerie « incriminée » par les parents de ces jeunes.

Dossier à suivre…

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le 11 octobre 2023 13:31

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