Mort de Mamadou Garanké Diallo en France: Quand le refus d’asile mène à la « tragédie »

Mamadou Garanké Diallo est arrivé seul à Rouen à l’âge de 14 ans. Ce jeune guinéen a trouvé la mort dans des circonstances tragiques, alors qu’il tentait de rejoindre l’Angleterre, après une décision d’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). C’est en chemin qu’il a été percuté mortellement par un camion  à Loon-Plage, près de Dunkerque.

Son décès a suscité une vague d’émotion et d’incompréhension à Darnétal, près de Rouen (Seine-Maritime) où il travaillait dans une boucherie locale depuis 2020.  Ses patrons, ses proches et les clients de la boucherie Renard, où il était « très sérieux et très bien intégré« , ont été choqués.

La double peine de l’OQTF

Mamadou a été visé par une première OQTF par la préfecture de Seine-Maritime en 2023, mettant fin à son contrat de travail. Une vague de soutien s’était alors organisée, incluant une pétition et un courrier signé du maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol, et de plusieurs députés, alertant sur l’incohérence de la situation. Cette mobilisation avait permis à Mamadou d’obtenir une carte d’identité consulaire, lui permettant de rester en France et de conserver son emploi.

Ce répit n’a duré qu’à peine deux ans. En juin 2025, une seconde OQTF lui est notifiée. Ce courrier de la préfecture est mis en cause par ses proches, notamment Lara Lavesque, une de ses « mamans de cœur », qui dénonce des « incohérences voire des fausses informations, » telles que la mention d’un « emploi illégal » et l’absence de « ressources stables et légales » alors que Mamadou avait présenté toutes ses fiches de paie.

Cette deuxième menace d’expulsion a poussé le jeune homme à paniquer et à fuir. Il a brusquement quitté son travail et a décidé de se réfugier en Angleterre.

« C’est l’OQTF qui l’a tué »

C’est l’association “Pour un avenir meilleur”, qui suivait Mamadou depuis son arrivée, qui a reçu des témoignages de son accident mortel, survenu à Loon-Plage près de Dunkerque, à partir du 18 septembre 2025. Koura, une autre de ses « mamans de cœur », s’est rendue sur place pour identifier le corps.

« Il a voulu nous préserver, ne pas nous inquiéter mais on a découvert qu’il était dans la précarité, dans la peur« , confie Lara Lavesque, soulignant que « dans cette tentative, il a perdu la vie. »

Le nouveau patron de la boucherie, Frédéric Bécu, est catégorique : « C’est l’OQTF qui l’a tué, il avait du travail, j’étais prêt à lui donner un CDI. » Les clients partagent cette douleur et cette incompréhension, comme Marie qui regrette : « On ne comprend pas pourquoi on lui refusait le sol français, il ne demandait qu’à s’intégrer. »

Catherine Marc, militante d’un collectif local, exprime une vive colère, estimant que cette situation a été « fondée [par] ce contrôle au faciès » et que la mesure administrative a « cassé l’humanité d’un jeune qui voulait s’en sortir…C’est le non-accueil et ce racisme local qui fait que Mamadou est parti. »

Une autopsie et une enquête sont en cours. Le patron de Mamadou s’engage à tout faire pour que le corps du jeune homme puisse revenir en Guinée.

Avec France 3 Normandie

Créé le 4 octobre 2025 19:23

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