Projet routier Labé–Mali–Kédougou : la route qui change le quotidien entre Labé et Yembering

LABÉ/MALI – Grâce aux travaux en cours sur les deux premiers lots du projet routier Labé–Mali–Kédougou, le temps de trajet entre Labé et Yembering (80 km) a été considérablement réduit. Sur le terrain, usagers, riverains et travailleurs saluent une infrastructure qui transforme progressivement la mobilité, l’économie locale et l’emploi des jeunes.

La pose de la première pierre du projet a eu lieu fin juillet 2024 à Labé et les travaux ont officiellement démarré le 15 février 2025, après le bouclage du financement à Djeddah. Financé par la Banque islamique de développement (BID) à hauteur de 160 millions de dollars, avec une contrepartie de l’État guinéen estimée à près de 200 milliards de francs guinéens destinée à l’indemnisation des familles impactées et au déplacement des réseaux, le projet s’exécute sur un délai contractuel de 30 mois (2 ans et 6 mois). À ce jour, 10 mois de travaux ont déjà été réalisés sur les 30 prévus.

Grâce à l’amélioration de la piste entre Labé et Yembering (80 km), le temps de trajet a considérablement diminué. À moto, il est désormais possible d’effectuer le parcours en environ deux heures, tandis qu’en voiture, le trajet prend légèrement plus de temps.

Sur le terrain, les travaux sont exécutés par China Road and Bridge Corporation (CRBC) et China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC), deux entreprises chinoises chargées de la mise en œuvre du projet.

De Labé à Mali-Centre, soit un linéaire de 107 kilomètres, la route est prévue pour être bitumée et subdivisée en trois lots :

  • Lot 1 : Labé–Sarékaly 
  • Lot 2 : Sarékaly–Yembering 
  • Lot 3 : Yembering–Mali-Centre

À ce stade, le troisième lot (Yembering–Mali-Centre) n’a pas encore démarré. Lors d’un passage sur le terrain, on constate la construction d’ouvrages de franchissement, le remblai de la chaussée à bitumer, la destruction de certaines collines, ainsi que d’importants travaux de terrassement. Des déviations ont été aménagées, avec des arrosages ponctuels pour limiter la poussière, parallèlement à l’exécution de travaux techniques.

Des panneaux de signalisation sont installés afin de prévenir les risques sur la route. À certains endroits, des jeunes munis de drapeaux rouge et vert régulent la circulation, assurant une alternance de passage entre les engins des entreprises et les usagers de la route.

Ces travaux suscitent la satisfaction de nombreux usagers et des populations des villages traversés. À Yembering, Thierno Fatimatou Sylla, restauratrice, se réjouit de la réduction progressive du temps de trajet entre Labé et Yembering (80 km), avec un impact positif sur le transport des personnes et des marchandises.

« Labé et Yembering se rapprochent chaque jour. Nous sommes satisfaits de l’avancement des travaux et je prie Dieu de nous permettre d’en voir l’achèvement. Je remercie les autorités ainsi que tous les bailleurs pour cet engagement fort. Depuis quelques mois, le temps de voyage a considérablement diminué, contrairement aux années passées et jusqu’à l’an dernier. Lorsque les travaux seront achevés, nous pourrons même aller travailler à Labé et rentrer le soir, ou nous y rendre pour des soins et revenir tranquillement. Que le projet aboutisse au rythme actuel », a-t-elle confié devant son restaurant.

Au carrefour de Sigon, nous rencontrons Thierno Alimou Sassè Diallo, qui vient d’effectuer un aller-retour Labé–Yembering. Malgré la poussière, la circulation reste fluide et relativement paisible, grâce à une signalisation bien visible tout au long du tronçon, ainsi qu’à des dispositifs de sécurité installés sur des déviations larges et praticables.

 

« Les travaux sont rassurants. Les ouvriers sont sur le terrain matin et soir. Ce qui est déjà fait est considérable : on peut rouler vite et bien, sans risque. Le travail est garanti et inspire confiance. Nous avons déjà oublié beaucoup de souffrances vécues sur cette route. Certes, le bitume n’est pas encore posé, mais rendons grâce à Dieu pour les étapes franchies. Que le Tout-Puissant facilite la suite. Avant le démarrage des travaux, le trajet Labé–Yembering prenait quatre à cinq heures de route. Aujourd’hui, il se fait en deux à trois heures pour ceux qui ne roulent pas trop vite. À la vue des ponts et des caniveaux, on sent que le travail est de qualité », témoigne-t-il.

Des emplois pour les jeunes des zones traversées

Mamadou Samba Camara vit non loin du pont de Komba, à la limite entre Dalein (Labé) et la préfecture de Mali-Yembering. Comme de nombreux jeunes de la zone, il travaille comme manœuvre sur le chantier.

« Depuis le début des travaux, nous sommes employés ici, chacun selon ses capacités. C’est surtout au moment du remblai que notre travail commence. Mon groupe marche derrière les machines pour enlever les morceaux de bois, les racines et tout ce qui n’est pas compatible avec la route. Nous profitons déjà des retombées du projet et sommes convaincus que la route apportera encore plus d’avantages. Le chômage est en nette diminution chez les jeunes. Tous ceux que vous voyez de Sarékaly à Yembering viennent des villages traversés », explique-t-il.

Samba Diallo fait partie de l’équipe chargée de la sécurité sur le chantier.

« Je suis gardien des machines. Chaque soir, je viens veiller pour éviter que des personnes de mauvaise foi ne volent du matériel. Nous sommes payés à la fin du mois, au plus tard le 5. Avant, j’étais conducteur de moto-taxi, mais j’ai arrêté pour le moment. Aujourd’hui, la circulation se passe bien : à partir de Dalein, on met moins d’une heure pour rejoindre Labé, alors qu’il y a quelques mois, il fallait plus de temps. Ici, nous sommes à la limite entre Dalein (Labé) et Yembering (Mali), précisément sur le pont de Komba », explique-t-il.

Sur le même site, Abdoul Madani Diallo est chargé de la gestion des groupes électrogènes et des motopompes servant à remplir les citernes d’eau utilisées pour l’arrosage des pistes afin de réduire la poussière. Il participe également, par moments, à la régulation de la circulation sur les portions étroites du chantier.

« Vous me voyez près de la rivière. Lorsque les citernes arrivent, je mets le groupe en marche pour les remplir afin d’aller arroser les pistes. Dans la journée, comme il y a des points où deux véhicules ne peuvent pas encore se croiser, notamment près des ponts en construction, je prends les drapeaux rouge et vert ainsi que le sifflet pour réguler la circulation. Je bloque un sens pour laisser passer ceux qui viennent de Labé, puis je fais l’inverse. Tout se passe bien. Je suis jardinier de profession. Quand les travaux seront achevés, je retournerai à l’agriculture et viendrai vendre mes productions au bord de la route. Chacun y trouvera son compte », espère-t-il.

Processus de dédommagement des familles impactées

Au quartier Daka 2, secteur Maleya, dans la commune urbaine de Labé, une nouvelle mission a récemment été reçue dans le cadre du processus de dédommagement des familles impactées par le projet.

Aliou Bailo Diallo, président du conseil de quartier de Daka 2, a rencontré les ménages concernés lors du passage de la mission de confirmation des zones identifiées.

« L’identification et le recensement ont été achevés dès le lendemain du lancement des travaux. Chacun sait désormais ce qui sera impacté chez lui. Il y a quelques semaines, une nouvelle mission est revenue pour constituer les dossiers des familles concernées. Le représentant de chaque ménage se présente, on lui montre son dossier et on lui explique les détails. Ils disposent de numéros de téléphone et de coupons sur lesquels sont mentionnés les biens impactés. On leur demande si cela correspond à ce qui avait été recensé lors des premières missions. Si la personne est d’accord, elle signe, fournit une copie de sa pièce d’identité et quatre photos d’identité. La mission a indiqué qu’elle retournerait faire l’évaluation avant de revenir expliquer aux populations les modalités de paiement. Il ne reste donc plus qu’à procéder au paiement proprement dit.

Les arbres fruitiers, les puits, les bâtiments et les annexes ont tous été recensés. Il existe également une catégorie de personnes invitées à faire des réclamations : celles qui n’avaient pas pu être rencontrées lors des premières missions, soit parce qu’elles étaient absentes, soit parce qu’elles n’avaient pas été retrouvées au début du processus. Un couloir de rattrapage a été ouvert pour ces cas. Certains ont déjà déposé leurs réclamations, ce qui prouve que tout le monde est pris en compte.

Nous estimons que cette route est plus importante que nos habitations, tant son impact positif sur la vie des populations est immense. Nous avons également constaté que l’emprise n’est pas de 20 mètres de part et d’autre comme annoncé au départ, mais plutôt de 5 mètres de chaque côté, ce qui correspond à une voie de 30 mètres. Quand cette route sera achevée, tous les villages traversés deviendront des banlieues de la ville. Un citoyen de Dalein ou de Tountouroun n’aura plus besoin d’acheter un terrain à Labé : en vingt minutes, il pourra être au cœur de la ville », précise Aliou Bailo Diallo.

Malgré l’avancement des travaux sur les lots Labé–Sarékaly et Sarékaly–Yembering, d’un linéaire total d’environ 80 kilomètres, le troisième lot, reliant Yembering à Mali-Centre, n’a pas encore connu ses premiers coups de pioche. Aucun travail n’y est engagé pour l’instant.

Selon une source proche du projet, à défaut de confier ce tronçon à une troisième entreprise, les deux sociétés actuellement en charge des travaux entre Labé et Yembering pourraient se partager les kilomètres restants jusqu’à Mali-Centre.

A suivre

 

Alpha Ousmane Bah

De retour de Yembering

Pour africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le 20 décembre 2025 13:07

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