Présidentielle 2025 : L’UPR justifie son soutien à Mamadi Doumbouya (entretien)
CONAKRY- L’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR) n’a pas présenté de candidat pour la présidentielle du 28 décembre 2025. Le parti de Bah Ousmane a choisi de rejoindre la mouvance présidentielle pour soutenir la candidature de Mamadi Doumbouya, chef de l’État depuis septembre 2021. Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com ce lundi 8 décembre 2025, le Président par Intérim de l’UPR, Cheikh Oumar Diallo, revient sur cette décision et explique les raisons de ce ralliement.
AFRUICAGUINEE.COM: L’UPR n’a pas présenté de candidat pour la présidentielle du 28 décembre. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

CHEIKH OUMAR DIALLO : Nous avions exprimé notre intention de présenter un candidat et nous avons préparé toute la documentation. Mais, au niveau du bureau exécutif, nous nous étions dit que si le président de la transition ne se présentait pas, nous déposerions notre candidature. En revanche, s’il déposait la sienne, il n’y aurait plus beaucoup de chances pour nous d’entrer en compétition avec lui, pour de multiples raisons.
Alors, nous étions au bureau quand nous avons vu que le président Mamadi Doumbouya se rendait pour déposer sa candidature. Nous avons dit : « Bon, la solution, c’est de nous retirer. » Ensuite, le président de l’UPR, qui n’était pas là, nous a appelés pour demander où nous étions. Je lui ai répondu que nous étions tous à l’état-major du parti. Il nous a dit que ce n’était plus la peine de procéder au dépôt de candidature pour la présidentielle du 28 décembre 2025.Il nous a demandé de rentrer à la maison. Nous y sommes restés jusqu’à plus de 23 heures, puis le président m’a rappelé encore pour nous demander une nouvelle fois de regagner nos domiciles. Alors, j’ai fermé le bureau.
À quel moment et pour quelles raisons avez-vous décidé de rejoindre la mouvance en soutenant Mamadi Doumbouya ?
Ensuite, nous avons poursuivi notre réflexion. Nous nous sommes dit que, pour préserver la paix et la tranquillité, il valait mieux choisir celui qui avait le plus de chances de gagner, et c’est le président Mamadi Doumbouya. Qu’on soit ou non dans son gouvernement, au moins il a apporté quelques éclairages pour que la Guinée soit plus heureuse. Et nous l’avons déjà pratiqué pendant quatre ans : nous avons vu ses forces et ses faiblesses. Il est plus facile de travailler avec lui. Nous avons donc été contactés pour mettre en place une coalition destinée à soutenir la candidature de Mamadi Doumbouya. Nous avons été sollicités et nous avons signé notre contribution, notre partenariat, dans ce qu’on appelle la Coalition pour la mouvance présidentielle, dont l’initiateur et le parrain n’est autre que le ministre Ousmane Gaoual Diallo. Nous avons contribué à l’élaboration de la charte. Nous travaillons maintenant à sa mise en œuvre. Nous sommes partie prenante : nous sommes totalement dans cette coalition.
Vous avez dit soutenir Doumbouya parce qu’il est favori. Quels éléments vous font penser cela ?

Il y a plusieurs signaux qui le prouvent. D’abord, il a réussi à améliorer sa gouvernance, de moins en moins contestée. Au début, il n’y avait peut-être pas de professionnalisme et il y avait beaucoup de contestations. Mais, de plus en plus, ces contestations se sont atténuées, et cela prouve que s’il continue dans cette lancée, il va très probablement augmenter « ses troupes », entre guillemets. Les altercations, les tensions et tout le reste se sont presque totalement estompés aujourd’hui. On se sent déjà dans une situation beaucoup plus apaisée. Et je crois que c’est la première chose que demande le peuple, la population : la paix et la sécurité. Je pense qu’il est en mesure de garantir cette sécurité.
Maintenant, pour les autres ingrédients nécessaires à l’émergence du pays, cela relève de chacun d’entre nous. Bien sûr, les gouvernants vont poser des balises pour éviter les dérapages, et les citoyens vont contribuer. C’est tout cela qui nous amène à dire que nous allons soutenir le candidat de la Génération pour la modernité et le développement (GMD).
Ce n’est pas que les autres ne font pas le poids. Mais parmi les candidats qui se présentent, peut-être que si nous étions dans la compétition, il y aurait une émulation. Mais si vous prenez les cas individuellement : Abdoulaye Yéro Baldé du FRONDEG est pratiquement un « petit frère » d’Ousmane, et il y a vraiment cette considération. Pour Makalé Camara, c’est la troisième épouse du président Bah Ousmane. Ousmane Kaba, dont la candidature a été recalée, est un ami et l’homonyme du président de l’UPR. Lansana Kouyaté également est un camarade de promotion de Bah Ousmane, pour ne citer que ces exemples.
Vous évoquez des acquis en matière de sécurité, pourtant des cas de disparitions sont signalés. Qu’en dites-vous ?
Je ne veux pas faire de langue de bois. Je suis citoyen et je pense que je peux m’exprimer. Je sais que gouverner n’est pas facile. Ce n’est vraiment pas facile. Vous pouvez avoir des gens dans votre équipe qui cherchent à vous poignarder. Et si ce « poignard », c’est justement d’aller taper des gens, ou même les tuer, cela peut se retourner contre vous qui êtes au pouvoir. Mais quelqu’un qui a un esprit ou des intentions criminelles, peut-être que cela ne va pas l’arrêter.
Donc moi, je ne veux pas jeter la pierre à qui que ce soit. Évidemment, c’est durant sa gouvernance, donc c’est à lui d’améliorer les choses pour que tout cela cesse. On dit souvent qu’ils étaient cagoulés ; parfois ils ne l’étaient même pas. Et puis la population guinéenne observe beaucoup : les gens sont très physionomistes. Quelqu’un peut dire : « Je sais que c’est celui qui est venu chez moi il y a six mois. » À ce stade, ça devient délicat. Mais ce qu’on peut espérer, c’est qu’après son élection, il mette beaucoup plus de rigueur pour que cet aspect-là disparaisse.
Je voudrais vous faire remarquer quelque chose : je ne suis pas son avocat, je ne suis pas de son régime. Je n’ai aucun privilège dans son régime, aucun de mes enfants n’a de privilège. Je parle très clairement. Mais depuis 1954 jusqu’à aujourd’hui, notre pays est l’un des plus violents. Je crois que c’est dans l’ADN du Guinéen. On fait semblant d’être courtois, d’être gentils, mais nous et le Niger, je crois que nous avons les mêmes traits communs. Donc, je ne peux que souhaiter un changement à ce niveau, parce que nul n’est infaillible.
Selon certaines informations, l’alliance entre l’UPR et la mouvance aurait été conclue en échange d’un poste institutionnel pour Bah Ousmane. Vous le confirmez ?

Je ne dirai pas que ce que vous avancez est totalement faux, mais Bah Ousmane est quelqu’un à qui nous reprochons justement de ne pas faire de bruit. À l’UPR, c’est l’un des grands « problèmes » qu’il a : il ne réclame rien. Quand Alpha Condé venait manger ses cacahuètes sous le hangar de notre siège, au moment où ils avaient décidé d’aller ensemble à l’élection présidentielle de 2010, Bah Ousmane lui a dit : « On ne peut pas faire ce combat ensemble durant toutes ces années et, maintenant, me demander de poser des conditionnalités. Vous verrez : si nous avons des cadres capables de vous aider, on verra. Mais je ne veux pas vendre ma dignité pour quoi que ce soit. »
C’est un deal qui n’a pas marché et qui n’a jamais marché. À un moment donné — et là je vous fais peut-être un scoop — le bureau exécutif a décidé de rencontrer le président Alpha Condé pour lui faire une doléance. Mais Bah Ousmane nous a dit : « Moi, je n’y vais pas. Vous êtes un parti, je ne peux pas vous empêcher d’y aller. Allez-y. Mais si c’est pour des doléances ou pour demander autre chose, ne me mettez pas dedans. Moi, je ne demanderai rien. »
Nous y sommes donc allés, parce qu’il y avait encore des jeunes parmi nous, des gens qui avaient beaucoup d’ambitions. Et la réponse du professeur Alpha Condé a été : « Je suis content que vous soyez là. Mon petit frère est très têtu. Je vais vous dire quelque chose : venez fusionner votre parti dans le mien, puisque vous êtes déjà unis là-bas. Fusionnons pour faire un grand ensemble. » Les gens lui ont répondu : « Monsieur le Président, ce n’est pas d’actualité. Avec le RPG, nous avons traversé des périodes très difficiles ensemble. Nous ne pouvons pas faire ça. »
Beaucoup de personnes estimaient que nous étions en train de traverser le désert. Ils sont venus avec des milliards et des milliards en disant au président qu’ils allaient réhabiliter et relancer le parti ; qu’il accepterait d’être président d’honneur et qu’eux seraient les exécutants. Il a refusé, en disant que cela ne pouvait pas marcher.
Ensuite, il y a eu une rencontre avec le président Mamadi Doumbouya. Il y a eu des émissaires de part et d’autre, cela a marché, et la rencontre a été très belle, en moins d’une heure. Mais dès qu’il est revenu au siège, il nous a tous appelés pour nous faire le compte rendu, avec beaucoup d’espoir. Il nous a dit qu’on ferait équipe ensemble. Alors chacun de nous a demandé : « Quelle en sera la contrepartie ? »
Il a répondu : « Est-ce que vous m’avez vu négocier comme un commerçant ? Il n’en est pas question. Je parle de ma dignité et de la vôtre. Et puis, la politique, c’est souvent l’art de dire une chose et d’en faire une autre. Si ce monsieur nous promet ceci ou cela et qu’ensuite il ne le fait pas, que pouvons-nous faire ? Nous ne devons pas marchander notre dignité. Mais ils voient que nous lui avons apporté quelque chose. Peut-être que cela comptera dans le futur, parce que le politicien ne regarde pas le passé, il ne regarde pas dans le rétroviseur : il regarde devant. » Donc, c’est pour vous dire clairement : il n’en a jamais été question.
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 9 décembre 2025 13:45Nous vous proposons aussi
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