Pr. Lamarana Pety Diallo : « Nous avons tourné la page de l’UFDG »
CONAKRY – Exclus de l’UFDG par la direction du parti, ils avaient d’abord créé le CERAG (Cercle des Amis d’Ousmane Gaoual Diallo), puis le Mouvement Les Réformateurs (LR). Désormais, ces ‘’anciens’’ cadres du parti de Cellou Dalein Diallo assument une rupture définitive avec leur formation d’origine. Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com ce samedi 31 janvier 2026, le coordinateur des Réformateurs, Pr. Lamarana Pety Diallo, revient sur cette décision, sa vision politique et le positionnement de son mouvement dans le contexte actuel.
AFRICAGUINEE.COM : En mai 2025, vous avez lancé le Mouvement Les Réformateurs avec d’anciens cadres exclus de l’UFDG. Comment se porte-t-il aujourd’hui ?
PR. LAMARANA PETY DIALLO : Les Réformateurs se portent tant bien que mal, il faut dire les choses telles qu’elles sont. Tant bien que mal, parce que nous avons, personnellement, une vision, et nous sommes suivis par un ensemble de fédérations. Cependant, cette vision n’est pas forcément partagée par tout le monde. Nous ne nous inscrivons pas dans une démarche anachronique ; nous voulons nous adapter.
Autrement dit, combattre quelqu’un n’a jamais été notre objectif. Notre démarche a toujours consisté à instaurer ou à restaurer une ligne politique. Aujourd’hui, une partie des Réformateurs a fait le choix d’accompagner le Premier ministre sur la base de protocoles bien définis, donc d’accompagner ouvertement la GMD. Si M. Bah Oury dispose d’un parti politique, il lui appartiendra d’en décider. Mais très tôt, nous nous sommes inscrits dans la ligne de la transition et du président Mamadi Doumbouya, alors général et président de la transition.
Nous ne voulons pas nous opposer systématiquement, nous voulons accompagner. Nous voulons aller de l’avant. Et s’il devait y avoir une séparation demain, elle se fera, de notre côté du moins, dans la dignité.
Vous avez créé Les Réformateurs après votre exclusion de l’UFDG. Aujourd’hui, ce parti reste suspendu pour encore plusieurs mois. Après tout cela, vous considérez-vous toujours animé par la volonté de changer le leadership de l’UFDG ou avez-vous tourné la page ?

Nous avons tourné la page de l’UFDG depuis un bon moment. Nous avions voulu faire des Réformateurs un parti politique, mais cela n’a pas abouti, pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas maintenant.
Les Réformateurs ont néanmoins leur ligne politique et leurs choix de base : accompagner le changement en cours, de manière rapide et responsable. Cela se fera sans conflit, dans le respect des personnes. Nous avons toujours dit que nous n’avions pas de programme visant à détruire quelqu’un ou l’UFDG.
À un moment donné, l’UFDG s’est arc-boutée, s’est radicalisée, et nos tentatives de réformes internes n’ont pas abouti. Avec certains cadres de l’UFDG qui nous ont rejoints, nous avons estimé qu’il fallait laisser de côté ce combat, puisque ce parti ne voulait pas s’ouvrir, et créer une nouvelle formation politique appelée Les Réformateurs. Cela n’ayant pas été possible, nous avons décidé de rester Réformateurs, de poursuivre notre ligne et notre philosophie politiques, en participant à la gouvernance du pays, au changement et au processus démocratique.
Dans toute entité, il peut exister deux voies. Pour nous, ces voies ne s’affrontent pas. Ceux qui choisissent aujourd’hui d’accompagner la gouvernance du président Mamadi Doumbouya, à travers la mission confiée au Premier ministre, nous sommes avec eux. D’autres, très certainement, feront un autre choix. Mais tout cela se fait, ou se fera, selon nos vœux, dans le respect de l’autre.
Votre choix de tourner la page de l’UFDG est-il lié au fait que certains cadres vous reprochent d’avoir contribué à créer la crise au sein du parti, avant de prendre votre propre chemin ?
Un groupe de personnes ne peut pas mettre à terre un parti politique. Ce que je veux dire, c’est que l’UFDG est restée anachronique. Les responsables n’ont pas voulu la changer. À l’intérieur du parti, nous étions des réformateurs et, depuis des années, nous avons toujours dit qu’il fallait réformer l’UFDG.

Ils n’ont pas voulu. Le parti s’est sclérosé. Les exclusions arbitraires, celles de M. Ousmane Gaoual Diallo, de moi-même et d’autres cadres de la direction nationale, sont venues s’ajouter à un parti déjà atteint par ce que j’appelle une dictature personnelle de ses dirigeants. Ce n’était plus réellement un parti politique, mais une chefferie.
Il aurait suffi que la direction écoute les réformateurs, que nous nous asseyions pour définir de nouvelles bases de refondation et de réforme de l’UFDG. Cela n’a pas été le cas. Donc, ce n’est pas nous qui avons mis fin à l’UFDG. C’est le refus de la direction nationale de réformer le parti qui a conduit à cette situation.
Nous étions profondément et fondamentalement UFDG. Nous avons contribué à la mise en place de ce parti lorsque son président est arrivé en 2007. Qu’on ne nous accuse donc pas : il faut plutôt pointer du doigt le refus du changement en interne.
Dire que la page de l’UFDG est tournée n’est pas lié à la personne qui dirige le parti. Non. C’est parce que la structure elle-même n’a pas voulu se réformer, alors que nous voulions précisément la réformer pour qu’elle survive. D’ailleurs, il faut le rappeler : l’UFDG n’est pas mort, il est suspendu.
Il revient donc à ses dirigeants de se conformer aux exigences du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD), en fournissant les documents demandés. Vous avez vu les reproches faits à ce parti, notamment le fait d’avoir installé, de manière ouverte et flagrante, des structures à l’étranger alors même qu’il est suspendu.

En conclusion, détruire l’UFDG n’a jamais été notre programme. Si aujourd’hui le parti se retrouve dans cette situation, c’est parce que ses dirigeants au sommet n’ont pas voulu s’adapter au contexte politique national. Ils se sont radicalisés, ont refusé de céder la place à de nouvelles idées et à de nouvelles générations.
A suivre !
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 31 janvier 2026 18:24Nous vous proposons aussi
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