Pourquoi les refus de visas français sont-ils si nombreux en Guinée ? L’ambassadeur Luc Briard donne les raisons
CONAKRY – Pourquoi les refus de visas français sont-ils si nombreux en Guinée ? Face à un pool de journalistes ce jeudi 26 mars, l’ambassadeur de France à Conakry, Luc Briard, a apporté des réponses sans détour. Pointant du doigt une « énorme fraude documentaire » qui brise le pacte de confiance, le diplomate a détaillé la nouvelle stratégie de Paris : favoriser les circulations régulières pour les cadres et étudiants tout en restant intraitable sur les dossiers frauduleux et les obligations de quitter le territoire français (OQTF).
Si le taux de refus reste impressionnant (50%), l’ambassadeur souligne que le volume de visas accordés est en nette progression. Une stratégie qui assume de privilégier les forces vives et les talents guinéens.
« Nous avons délivré l’année dernière 12 500 visas. C’est une augmentation en deux ans de 43%. Donc ce n’est pas rien. Il y a beaucoup de refus, c’est 50% de refus, parce qu’il y a eu une volonté de notre part de mieux cibler les populations qui ont le droit à ce visa. D’abord, il y a les alumnis. Tous ceux qui ont fait un master ou un doctorat en France se voient proposer un visa de circulation. Et il y a à Capago, dans le menu déroulant, un fast track alumni. C’est ensuite le visa de travail pour business. Donc, toutes les entreprises, tous ceux qui ont des missions de travail en France se voient aussi accorder un fast track dans le menu déroulant de Capago avec des instructions très rapides », a-t-il déclaré.
Le « frein » de la fraude documentaire
Pour Luc Briard, la fluidité des échanges repose avant tout sur un « pacte de confiance » qui est aujourd’hui mis à mal par l’ampleur des faux dossiers. De la falsification des notes du baccalauréat aux jugements supplétifs, le diplomate pointe un problème structurel que la numérisation de l’état civil guinéen doit aider à résoudre.
« Pourquoi il y a 50% de refus ? Parce qu’il y a une énorme fraude documentaire en Guinée. C’est pour ça qu’on se réjouit du volontarisme des autorités guinéennes d’assurer un état civil numérisé et sécurisé, parce qu’aujourd’hui, il y a énormément de faux dans les dossiers visas, mais aussi dans les dossiers de Campus France. Parce qu’on va jusqu’à tricher sur une note de bac pour faire croire qu’on a eu les bonnes notes. Heureusement, nous, on a un partenariat avec la direction du baccalauréat guinéen qui vérifie les bonnes notes. Cette fraude documentaire, c’est un frein au pacte de confiance sur les visas », a-t-il révélé.
« Fermeté sans fermeture » sur la Migration
L’autre volet de son intervention concernait la question des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF). Si l’ambassadeur rejette pour l’instant l’idée d’un chantage explicite (« visas contre retours »), il n’en demeure pas moins qu’il qualifie le dialogue avec Conakry de « très exigeant ».
« Notre travail, à nous, ambassadeurs de France, c’est de travailler sur un renforcement des migrations régulières et d’être très ferme sur les migrations irrégulières. […] En Europe et en France, il n’y a pas de difficulté à accueillir les migrants en situation de régularité. Par contre, il y a une obligation de respecter les décisions judiciaires et administratives françaises, ce qu’on appelle les OQTF. Et dans un dialogue très exigeant que nous avons avec les autorités guinéennes, nous essayons de faire revenir ces migrants irréguliers en Guinée. Et il n’y a pas de conditionnalité pour l’instant en disant : vous faites revenir plus, on vous donne les visas. Mais il y a la même volonté de nos autorités de dire oui à faire venir des Africains en France, mais aussi rappeler que ce sont une perte de cerveau, une perte de biens économiques pour les pays qui partent », a-t-il précisé.
Nous y reviendrons!
Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 26 mars 2026 11:02Nous vous proposons aussi
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