Paris : Pavel Dourov, patron de Telegram, sort de sa réserve…
PARIS-Pavel Dourov, 49 ans, fondateur de la messagerie électronique Telegram a brisé le silence après son arrestation et placement sous contrôle par la justice française. Il lui était reproché de ne pas répondre aux réquisitions judiciaires et d’héberger sur son site des groupes exerçant des activités illégales.
Réagissant ce jeudi 5 septembre 2024 sur sa plate-forme de messagerie électronique, le franco-russe a fait savoir que les affirmations de certains médias selon lesquelles, “ Telegram est une sorte de paradis anarchique sont absolument fausses”.
Le franco-russe reconnaît tout de même que l’augmentation soudaine du nombre d’utilisateurs de Telegram à 950 millions a provoqué des difficultés de croissance qui ont facilité l’abus de sa plateforme par les criminels.
Le samedi 24 août, à sa descente d’avion à l’aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis), Pavel Dourov s’est vu mettre aux arrêts pour plainte contre X, le concernant.
“ Le mois dernier, j’ai été interrogé par la police pendant 4 jours après mon arrivée à Paris. On m’a dit que je pouvais être personnellement responsable de l’utilisation illégale de Telegram par d’autres personnes, car les autorités françaises n’ont pas reçu de réponses de Telegram”, écrit-il.
Cela a été surprenant pour plusieurs raisons, selon le boss de Telegram. Premièrement, explique-t-il, Telegram a un représentant officiel dans l’UE qui accepte et répond aux demandes de l’UE. Son adresse e-mail est accessible au public pour toute personne dans l’UE qui recherche sur Google « Adresse Telegram UE pour les forces de l’ordre ».
Deuxièmement ajoute Pavel Dourov, les autorités françaises avaient de nombreux moyens de le joindre pour demander de l’aide. “ En tant que citoyen français, j’étais un invité fréquent au consulat de France à Dubaï. Il y a quelque temps, lorsqu’on m’a demandé, je les ai personnellement aidés à établir une hotline avec Telegram pour faire face à la menace du terrorisme en France”, s’est-il défendu.
Troisièmement, dira-t-il, si un pays n’est pas satisfait d’un service Internet, la pratique établie est d’engager une action en justice contre le service lui-même. Utiliser des lois datant de l’ère pré-smartphone pour accuser un PDG de délits commis par des tiers sur la plateforme qu’il gère est une approche erronée. Développer une technologie est déjà assez difficile. Aucun innovateur ne créera jamais de nouveaux outils s’il sait qu’il peut être personnellement tenu responsable d’un éventuel abus de ces outils, poursuit le franco-russe.
Pour Pavel Dourov, il n’est pas facile d’établir le bon équilibre entre confidentialité et sécurité. « Il faut concilier les lois sur la confidentialité avec les exigences des forces de l’ordre, et les lois locales avec les lois de l’UE. Il faut tenir compte des limites technologiques. En tant que plateforme, vous voulez que vos processus soient cohérents à l’échelle mondiale, tout en veillant à ce qu’ils ne soient pas abusés dans les pays où l’État de droit est faible. Nous nous sommes engagés à collaborer avec les régulateurs pour trouver le bon équilibre. Oui, nous respectons nos principes : notre expérience est façonnée par notre mission de protection de nos utilisateurs dans les régimes autoritaires. Mais nous avons toujours été ouverts au dialogue”, a-t-il précisé.
“ Il arrive que nous ne parvenions pas à nous mettre d’accord avec le régulateur d’un pays sur le bon équilibre entre confidentialité et sécurité” rappelle le PDG de Telegram.
Dans ces cas-là, dira-t-il, “ nous sommes prêts à quitter ce pays. Nous l’avons fait à de nombreuses reprises. Lorsque la Russie nous a demandé de lui remettre des « clés de chiffrement » pour permettre la surveillance, nous avons refusé – et Telegram a été banni en Russie. Lorsque l’Iran nous a demandé de bloquer les chaînes de manifestants pacifiques, nous avons refusé – et Telegram a été banni en Iran. Nous sommes prêts à quitter les marchés qui ne sont pas compatibles avec nos principes, car nous ne faisons pas cela pour l’argent. Nous sommes motivés par l’intention d’apporter le bien et de défendre les droits fondamentaux des personnes, en particulier dans les endroits où ces droits sont violés”, a-t-il souligné.
Tout cela ne signifie pas que Telegram est parfait, reconnaît Pavel Dourov.
“ Même le fait que les autorités puissent être confuses quant à l’endroit où envoyer les demandes est quelque chose que nous devrions améliorer. Mais les affirmations de certains médias selon lesquelles Telegram est une sorte de paradis anarchique sont absolument fausses. Nous supprimons des millions de publications et de chaînes nuisibles chaque jour. Nous publions des rapports de transparence quotidiens (comme celui-ci). Nous avons des lignes directes avec des ONG pour traiter plus rapidement les demandes de modération urgentes” a-t-il expliqué.
Malgré ces dispositions prises, des voix estiment que ce n’est pas suffisant. Pour Pavel Dourov, “l’augmentation soudaine du nombre d’utilisateurs de Telegram à 950 millions a provoqué des difficultés de croissance qui ont facilité l’abus de notre plateforme par les criminels. C’est pourquoi je me suis donné pour objectif personnel de veiller à ce que nous améliorions considérablement les choses à cet égard. Nous avons déjà commencé ce processus en interne et je partagerai très bientôt avec vous plus de détails sur nos progrès”, a-t-il promis.
Le fondateur franco-russe espère tout de même que les événements d’août auront pour résultat de rendre Telegram – et l’industrie des réseaux sociaux dans son ensemble – plus sûrs et plus forts.
A suivre !
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 septembre 2024 08:44









