Origine, secret, façon de porter le « Puuto »: Les confidences d’Elhadj Ibrahima Guélin Diallo…

MAMOU- Le village de Guelin demeure comme le premier berceau du bonnet traditionnel Puuto dans le Fuuta. Ici, ce patrimoine culturel « Puuto » garde encore toute sa valeur. Son histoire est fraiche chez tous les fils de Guelin. Ils en font même une fierté de revendiquer leur appartenance aux familles des premiers artisans ayant confectionné le Puuto pour les chefs, les sages et les doyens des lignées. Une maison du Puuto y a même été construite.

Dans cet entretien Elhadj Ibrahima Guelin Diallo, descendant d’artisans à l’origine du Puuto, a partagé avec nous les valeurs de ce bonnet qui marque l’identité de la Guinée en général et la communauté peulhe en particulier. Il compte bien perpétuer le métier. Cet entretien est le premier d’une série de reportages consacrés à ce bonnet traditionnel.

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes un acteur majeur pour perpétuer le Puuto dans le Fuuta. Quelle est l’origine du bonnet Puuto ?

D’abord je rappelle que Guelin (Tolo Mamou, NDLR) est l’un des berceaux du Puuto dans le Fuuta. Je suis né là, mon père, mon grand-père aussi. Le père de ce dernier est le 4ème arrière grand-parent qui a quitté Bhouria pour venir s’installer ici à Guelin. Notre travail consiste à confectionner le bonnet Puuto à la base. Maintenant parler du Puuto, c’est parler d’un patrimoine très vaste. Son élargissement, sa célébrité ont dépassé toutes les frontières.

Le Puuto est un patrimoine culturel de tous les guinéens où qu’ils soient. Et c’est l’un des tout premiers patrimoines du guinéen. C’est devenu une identité pour nous. Si vous prenez les écharpes que les saoudiens portent ou les habitants du Golfe, à commencer par le petit foulard qu’on appelle (otra), l’écharpe (Kaala), avant nous avions pensé que c’est une couronne pour les pèlerins.

Finalement nous sommes arrivés à la conclusion que ce n’est nullement une couronne, il n’y a pas de couronne pour le pèlerinage. C’est le coran qui a droit à une couronne, mais le port des écharpes est devenu un patrimoine vivant pour le monde arabe.

Le puuto a eu des portées plus fortes. Si vous sortez de la Guinée avec le Puuto, pour aller dans un autre pays, que ça soit en Arabie ou ailleurs, dès qu’on vous aperçoit, directement on dit c’est un guinéen. Des guinéens sont reconnus au pèlerinage par le Puuto. C’est une culture guinéenne notamment pour les sages et personnes âgées, ce n’est pas pour le peul seulement que nous sommes. Un moment, l’équipe nationale guinéenne de football est allée en compétition avec. Tous les membres ont enfilé le Leppi et le puuto, c’était une belle combinaison. Cela avait montré que le Puuto n’est plus la culture peule seulement mais la Guinée entière.

Bhouria, Guelin font partie des berceaux du Puuto. Qu’est-ce qui lie ces villages au Puuto ?

Comme beaucoup le savent, Karamoko Alfa mo Timbo, c’est derrière nos villages qu’il a été initié au coran. Nos familles sont ses oncles maternels. Les maitres coraniques qui y étaient, leurs bonnets étaient confectionnés par mes parents directs, nos parents directs. C’est notre métier vraiment. Même les chefs traditionnels. Nos parents sont partis de Bhouria avec cette maitrise du Cotton au filage jusqu’au bonnet.

A leur arrivé à Guelin c’est sous ce fromager qu’ils ont campé. C’est ici le berceau de Guelin, c’est ici que les parents se partageaient tout. Fil, Cotton, tissage et même la couture des bandes d’étoffe jusqu’au bonnet. Tout se faisait ici. C’est pourquoi nous avons fait une représentation de cette case comme la maison du Puuto (SUUDU PUUTO). C’est pour honorer les traces et les efforts des parents que nous avons construit la maison PUUTO sous ce fromager.

Le puuto c’est une chose, la façon dont elle est portée en est une autre. Comment faire la distinction bien que la société mélange tout aujourd’hui ?

Aujourd’hui beaucoup de choses sont dites sur les réseaux sociaux. Cela explique la grandeur du Puuto, si une chose fait l’objet de débats et d’intérêts, ça veut dire que son usage dépasse de loin son origine. Maintenant selon l’histoire du Fuuta transmise par nos parents, le Puuto était réservée à trois personnalités, le premier c’est le Alfaajo (le Chef), le 2ème, c’est Cernoojo, (chef religieux ou le maitre coranique ou le sage) enfin le Mawɗo gorol (le doyen de la lignée ou du village).

Le sage le portait de façon ouverte laissant toute la longueur ressortir.  La différence, il rajoute le turban sur la ceinture du Puuto qui englobe la tête. Le doyen de la lignée réduit le Puuto à un niveau égal sur le pourtour du bonnet. Quant au Chef, il réduit juste la devanture du puuto vers le front, laissant par derrière la barre levée. Mais avant eux, tous baissaient le bonnet jusqu’au niveau des oreilles. Contrairement à la période que nous vivons. Actuellement, nous le portons par fantaisie, juste poser le bonnet sur la tête, comme je le porte ici. Aujourd’hui, le Puuto n’est plus pour une catégorie de personnes, son port est ouvert à tout le monde. Chacun le pose sur sa tête selon sa convenance. L’important c’est l’identité.

Sage du foutah avec son bonnet puuto

Ce puuto que vous portez contient des écritures au beau milieu. Quelles sont les raisons ?

Ce puuto que je porte, je l’ai confectionné moi-même en 1993. Je le garde jalousement. Il revêt d’une histoire et un symbole. Je l’ai fait pour le porter au concours mondial de lecture du coran en Arabie Seoudite où je faisais partie des représentants de la Guinée à cette compétition. Le contenu du texte en arabe le voici : « Ibrahima Mamadou Diallo a fait ce puuto pour lui-même afin d’aller représenter la Guinée au concours du coran en Arabie Saoudite ». La date aussi est marquée dessus « 1993″.

A suivre !

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 28 mai 2024 08:21

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