Opportunités, risques…tout savoir et comprendre sur l’IA: Entretien avec l’expert Mohamed Tayeb Laskri
CONAKRY-Face à l’évolution fulgurante de la technologie, l’intelligence artificielle (IA) n’est plus une simple perspective d’avenir, mais une réalité qui façonne déjà notre quotidien. Dans cet entretien exclusif, le Pr Mohamed Tayeb Laskri, spécialiste en la matière, décortique les enjeux de cette révolution technologique.
De la définition de l’IA à ses applications concrètes, en passant par ses risques et ses opportunités pour un pays comme la Guinée, ce Docteur en informatique et spécialiste en intelligence artificielle, nous éclaire sur cette puissance émergente et donne ses conseils pour en faire un levier de développement plutôt qu’une source de dépendance.
AFRICAGUINEE.COM : Pour commencer, comment définiriez-vous l’intelligence artificielle (IA) ?
Pr MOHAMED TAYEB LASKRI : L’intelligence artificielle est une science, un champ de recherche et une technique. Elle se distingue des autres sciences par son objectif : simuler le raisonnement humain par une machine, un système ou un programme. On peut automatiser certaines tâches de manière machinale, mais l’IA se concentre sur les tâches qui nécessitent de l’intelligence. Par exemple, diagnostiquer une maladie demande une réflexion que l’IA peut simuler. En bref, l’IA est la simulation par une machine de ce que ferait un être humain en utilisant son intelligence naturelle.
Combien existe-t-il de types d’intelligence artificielle et quelles sont leurs principales caractéristiques ?

On peut classer les types d’IA selon leur complexité et leur fonctionnement. On distingue :
- L’IA faible : Elle est conçue pour des tâches spécifiques et précises, comme la traduction automatique ou la reconnaissance d’images.
- L’IA forte : Son objectif est de simuler l’intelligence humaine pour des tâches complexes, comme la résolution de problèmes et l’apprentissage automatique, qui permet à une machine d’apprendre par elle-même. Cette IA peut prendre des décisions de manière autonome.
- L’IA super-intelligente : Ce niveau d’IA vise à dépasser l’intelligence humaine de manière significative pour réaliser des tâches extrêmement complexes, comme la création de nouvelles technologies.
- L’IA émotionnelle : C’est un domaine de recherche qui cherche à simuler les émotions humaines pour des tâches telles que la reconnaissance des émotions. Par exemple, un système d’apprentissage pourrait détecter la frustration d’un élève pour adapter sa pédagogie.
- L’IA distribuée ou collective : Elle s’appuie sur des systèmes multi-agents, où plusieurs programmes (agents) intelligents coopèrent pour résoudre un problème commun. Chaque agent se spécialise dans une sous-tâche, et leurs solutions sont coordonnées pour résoudre le problème global.
Peut-on dire que ChatGPT est un exemple d’intelligence artificielle ? Si oui, à quelle catégorie appartient-il ?
Oui, ChatGPT est un type d’intelligence artificielle générative. C’est un chatbot, ou agent conversationnel. Il en existe d’autres, comme Meta AI ou DeepSeek. Ces outils fonctionnent grâce à deux concepts fondamentaux :
- L’apprentissage automatique : Ils sont formés sur une quantité massive de données disponibles sur Internet. L’IA a besoin de données volumineuses pour fonctionner efficacement.
- Le traitement automatique du langage naturel : Ce concept permet à l’IA de comprendre les questions posées en langage naturel et d’y répondre de manière cohérente, sans faute d’orthographe ni de syntaxe.
Avec l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication (TIC), peut-on dire que l’IA est devenue incontournable pour l’humanité ?
Absolument. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont rendu le monde un « village global » en abolissant les frontières. Elles servent d’infrastructure pour l’IA, facilitant son utilisation à distance. Par exemple, la télémédecine, qui utilise l’IA pour analyser des données de patients situés à des milliers de kilomètres, ne serait pas possible sans les TIC. L’éloignement n’est plus un problème. On ne peut plus se passer de l’IA.
Selon vous, quels sont les principaux avantages de l’IA dans la vie quotidienne ?

L’IA présente de nombreux avantages. D’abord, dans l’éducation, elle permet de développer des outils d’apprentissage personnalisés et adaptatifs qui tiennent compte du profil et du niveau de chaque apprenant. Elle peut aussi aider les enseignants à préparer leurs cours et à évaluer les performances de leurs étudiants.
Ensuite, dans l’emploi, l’IA améliore la performance, l’exactitude et l’efficacité des tâches. Un travail qui prenait plusieurs heures peut être fait en une demi-heure. Elle oblige aussi les employés à se former pour s’adapter à ces nouveaux outils et à travailler de manière plus intelligente.
Dans l’agriculture également, l’IA peut optimiser les rendements en analysant les données météorologiques, en détectant les maladies des plantes et en proposant les cultures les plus appropriées. L’utilisation de l’IA peut par exemple tripler la production agricole sur une même parcelle de terrain.
Quels sont les critères qui peuvent aider un pays comme la Guinée à se développer grâce à l’IA ?
L’IA peut contribuer de manière significative au développement d’un pays comme la Guinée, notamment en améliorant la gouvernance. Par exemple, l’IA peut analyser des données publiques pour détecter des cas de corruption et améliorer la transparence.
Pour que l’IA puisse pleinement contribuer au développement de la Guinée, plusieurs conditions sont essentielles. Il faut développer des infrastructures numériques. Il est crucial de mettre en place des réseaux de communication, des centres de données (data centers) et de généraliser le paiement électronique.
Il est aussi indispensable de former les compétences. C’est très important de former les Guinéens à l’IA et aux sciences des données pour disposer d’un vivier de talents qualifiés. Cela créera de nouveaux métiers et de nouvelles opportunités. L’autre condition nécessaire, c’est de créer un climat favorable à l’innovation. Il faut encourager la création de startups et d’entreprises qui utilisent l’IA pour résoudre des problèmes concrets.
L’IA offre de nombreuses opportunités, mais elle suscite aussi des inquiétudes. Quels sont, selon vous, ses risques et dangers ?
Effectivement, l’IA présente des risques et des inquiétudes. Parmi eux, nous pouvons citer :
- La perte d’emplois : L’IA peut automatiser les tâches répétitives, ce qui pourrait rendre certains emplois obsolètes. Cependant, elle peut aussi transformer les métiers et inciter les travailleurs à se former pour s’adapter.
- Les biais et les discriminations : Les programmes d’IA peuvent reproduire des biais s’ils sont entraînés avec des données incomplètes ou biaisées.
- La vulnérabilité aux cyberattaques : Les systèmes d’IA non sécurisés peuvent être ciblés par des attaques, ce qui pourrait compromettre des données confidentielles.
- La dépendance : La facilité d’utilisation de l’IA peut entraîner une dépendance excessive et réduire la capacité de réflexion et de pensée des utilisateurs.
- L’impact environnemental : Le fonctionnement des infrastructures d’IA, comme les centres de données, peut entraîner une consommation énergétique importante et avoir des conséquences sur l’environnement.
- Le manque de transparence : Les algorithmes d’IA peuvent être opaques, rendant difficile la compréhension des décisions qu’ils prennent.
- La manipulation : L’IA peut être utilisée pour diffuser de la désinformation et de la propagande, ce qui peut manipuler les opinions et les comportements.
Ces risques ne sont pas inhérents à l’IA elle-même, mais plutôt à la façon dont elle est développée et utilisée. Il est donc nécessaire de prendre des mesures pour les atténuer.
Que faut-il faire pour éviter une dépendance excessive à l’IA ?
Pour éviter une dépendance excessive à l’IA, il faut maintenir un équilibre sain entre son utilisation et les capacités humaines.
L’IA ne peut pas remplacer l’humain. C’est un outil qui nous aide, un collaborateur, mais elle ne peut pas remplacer la pensée critique, la créativité et la capacité à résoudre des problèmes. Il est important de maintenir ces compétences et de ne pas se contenter des réponses de l’IA sans les remettre en question.
Il faut être un utilisateur averti. Cela implique de toujours évaluer les résultats et les recommandations de l’IA de manière critique. On ne doit pas les accepter comme argent comptant. Poser des questions et chercher à comprendre le raisonnement derrière les réponses de l’IA nous permet de développer notre propre esprit critique et de ne pas devenir passif.
Il faut aussi maintenir une perspective humaine en considérant les implications éthiques et sociales de l’utilisation de l’IA. Il est important d’établir des règles claires pour son utilisation et de favoriser la transparence.
En conclusion, quels conseils donneriez-vous aux utilisateurs de l’IA ?

Je dirais qu’il faut toujours voir l’IA comme un outil positif conçu pour résoudre des problèmes et améliorer notre quotidien. Pour limiter les risques, il est essentiel que les États et les gouvernements adoptent des réglementations pour combler le vide juridique, notamment sur les questions d’éthique, de désinformation et de sécurité.
Il faut utiliser l’IA intelligemment, sans oublier que l’humain doit toujours rester prédominant. Il est crucial de ne pas perdre notre capacité à réfléchir et à penser. Établir des limites claires dans l’utilisation de l’IA, par exemple dans le domaine de l’éducation, peut éviter une dépendance excessive, notamment chez les étudiants.
En suivant ces conseils, nous pouvons maintenir un équilibre sain entre l’utilisation de l’IA et les capacités humaines, et éviter de devenir dépendants. L’IA est un outil, pas un remplaçant de notre intelligence.
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 août 2025 14:48Nous vous proposons aussi
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