« On m’a volé mon enfance » : Le témoignage d’une survivante du mariage précoce

À 15 ans, alors qu’elle préparait son brevet en classe de dixième année, F.T nourrissait les mêmes ambitions que de nombreuses jeunes filles de son âge : poursuivre ses études, devenir indépendante et contribuer positivement à sa communauté. Mais un événement allait bouleverser son destin. Sa famille lui annonce qu’un homme lui est destiné pour le mariage.

Le choix ne lui appartient pas. Les deux familles se connaissent déjà et, dans son entourage, les mariages précoces sont presque une tradition. « On m’a dit que ça n’avait pas commencé par moi », se souvient-elle. Autour d’elle, un discours revient sans cesse : l’éducation d’une fille n’est pas une priorité, car tôt ou tard elle rejoindra le foyer de son mari.

Pourtant, l’école représente tout pour cette adolescente studieuse. Élève sérieuse, F.T rêve d’apprendre, de construire son avenir et de ne dépendre de personne. L’annonce du mariage agit comme un choc. « Je me suis demandé à quoi sert de rêver quand on est une fille, si c’est pour s’arrêter en chemin », confie-t-elle.

Malgré ses réticences, le mariage est célébré le 27 octobre 2019. Elle tente alors de concilier études et responsabilités conjugales. Entre les tâches ménagères, la cuisine et les obligations du foyer, les cours deviennent de plus en plus difficiles à suivre. Ses enseignants lui apportent leur soutien en lui fournissant des exercices à faire à domicile, mais la charge est trop lourde pour une adolescente encore mineure.

Au-delà de l’abandon progressif de sa scolarité, c’est aussi la peur qui l’accompagne. La peur de partager sa vie avec un homme qu’elle n’a pas choisi, la peur de voir ses études s’arrêter définitivement, la peur de perdre le contrôle de son avenir.

Quelques années plus tard, après l’échec de ce premier mariage, sa famille tente de l’engager dans une nouvelle union. Cette fois, F.T refuse. Soutenue par des amis, elle prend une décision difficile : quitter le domicile familial pour échapper à ce second mariage imposé. Son départ provoque un scandale dans son quartier. Certains vont jusqu’à affirmer qu’elle a été kidnappée, malgré la lettre qu’elle avait laissée derrière elle.

Cette rupture lui coûte cher. Elle se retrouve éloignée de sa famille et doit reconstruire sa vie avec l’aide de ses proches et de ses amis. Mais cette épreuve devient aussi une source d’engagement.

Consciente que de nombreuses jeunes filles vivent la même situation, elle refuse désormais de garder le silence. Son expérience l’a poussée à rejoindre des mouvements de sensibilisation contre les mariages précoces et les abandons scolaires. « Ce qui m’est arrivé, je ne veux pas qu’une autre fille le vive », affirme-t-elle.

Aujourd’hui, son combat dépasse largement son histoire personnelle. F.T appelle les parents à privilégier l’éducation des filles plutôt que les mariages précoces et dénonce les pressions sociales qui contraignent souvent les victimes au silence. Pour elle, protéger les droits des jeunes filles, c’est investir dans l’avenir de toute une nation.

Derrière son sourire se cache le parcours d’une adolescente à qui l’on a tenté d’imposer un destin. Mais en refusant de se résigner, elle a transformé sa douleur en force et son vécu en un plaidoyer en faveur des droits des filles.

Son parcours a également été soutenu par le Club des Jeunes Filles Leaders de Guinée, avec l’accompagnement de partenaires engagés tels qu’Avocats Sans Frontières France et le Centre de Promotion et de Protection des Droits Humains (CPDH), grâce à l’appui de l’Union européenne. Pour les victimes de violences ou de mariages forcés, un mécanisme d’assistance reste disponible à travers le numéro vert gratuit 116.

Focus

Créé le 15 juin 2026 10:15

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