« Nous comptabilisons 5 mois d’impayés » : La colère des superviseurs communaux du PN-RAVEC…
CONAKRY – Un bras de fer se profile à l’horizon entre les superviseurs communaux du Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil (PN-RAVEC) et leur hiérarchie. À l’origine de cette mesentente, une note administrative datée du 13 août 2026, signée par le coordonnateur national, l’intendant général (2s) Aboubacar Biro Condé. Le document annonce la résiliation des contrats des 33 coordinateurs préfectoraux et exige la restitution des équipements roulants déployés sur le terrain.
« (…) Nous nous faisons le devoir de vous signifier que vos contrats prendront effectivement fin le 31 août 2026. À cet effet, nous vous demandons de bien vouloir préparer dans les meilleurs délais et sous la supervision des Coordinateurs régionaux, les documents de passation de consignes, en vue de leur mise à disposition des préfets pour toutes fins utiles », précise la note administrative.
Le texte ordonne également que les motos soient remises aux préfets, en leur qualité de présidents du comité de suivi préfectoral du PN-RAVEC, dans l’attente de nouvelles instructions.
La contestation des superviseurs
Sur le terrain, notamment à Conakry ou dans les préfectures de Nzérékoré, Lola, Beyla, Macenta, Yomou et Guéckédou, le mot d’ordre des superviseurs est clair : la restitution des matériels est conditionnée par le règlement complet de leurs arriérés de salaire.
Saa Moussa Tolno, superviseur technique communal dans la sous-préfecture de Bolodou (Guéckédou), détaille la confusion contractuelle à laquelle ils font face :
« À ce jour, nous n’avons reçu aucune notification officielle. Tout ce que nous avons vu sur la plateforme nationale des superviseurs, c’est une note annonçant le début d’une procédure de restitution des engins roulants mis à la disposition des superviseurs du RAVEC. Cette note a suscité de nombreuses réactions sur la plateforme, à tel point que nous avons décidé d’entamer une démarche auprès des autorités du RAVEC. Nous avons rédigé une lettre dans laquelle nous posons plusieurs questions. D’abord, nous souhaitons connaître notre situation administrative et contractuelle actuelle. Depuis notre recrutement, le premier contrat de 4 mois que nous avons signé est arrivé à terme, tout comme le second contrat de 2 mois qui nous avait été confié de façon verbale. Il n’y a jamais eu de notification nous informant que notre contrat prenait fin. Nous avons donc continué à travailler. »
M. Tolno revient également sur le prolongement des opérations et les irrégularités de paiement constatées sur le terrain :
« Au mois d’avril 2025 (aux alentours du 15), une note est parue pour prolonger les activités des audiences foraines jusqu’en décembre 2025. En plus de l’absence de notification de fin de contrat, le dernier paiement que nous avons reçu est très limité. Sur ce point, il y a encore un manque de clarification : certains disent avoir reçu leur salaire d’avril 2025, tandis que d’autres affirment que leurs paiements se sont arrêtés au mois de mars. »
Questionné sur le volume réel de la dette réclamée à l’État, le superviseur chiffre les arriérés accumulés : « Si l’on se base sur la note de prolongation des audiences foraines jusqu’en décembre 2025, nous comptabilisons 5 mois d’impayés. Mais si l’on prend en compte le fait qu’aucune notification de fin de contrat ne nous a été transmise à ce jour, nous en sommes à 16 mois sans régularisation. En me basant sur le Code du travail, je considère que nous sommes toujours des travailleurs pour le compte du RAVEC et que l’institution nous doit ces arriérés. »
Un autre membre du groupe de 375 superviseurs engagés au niveau national confirme le déroulement initial puis le blocage financier survenu lors des audiences foraines : « On a signé un contrat de quatre mois et, après les quatre mois, ils ont vraiment respecté leurs engagements, ils ont payé. Après, il y a eu le communiqué (…) prolongeant les audiences foraines à neuf mois. Depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui, on n’a vu aucune communication officielle, aucune notification de la résiliation du contrat. Durant les neuf mois, on était toujours avec le PN-RAVEC, on était tous affectés dans nos différentes communes. On avait tous les engins, les communications, les tablettes. »
Ce dernier précise que les agents devaient supporter eux-mêmes l’entretien mécanique ainsi que le carburant des engins, ne recevant qu’un forfait téléphonique estimé à environ 25 000 francs guinéens par mois.
« Aucun engagement contractuel supplémentaire »
Du côté des responsables locaux du PN-RAVEC, le son de cloche est radicalement opposé. Abraham Soumaoro, coordinateur préfectoral de Nzérékoré, dément fermement toute activité payable après le contrat initial : « Ils ont reçu un contrat. Et dans le contrat, il était mentionné dedans qu’ils devaient travailler sur quatre mois. Et les quatre mois ont été effectivement payés. Quand le dernier salaire a été payé, aucun superviseur n’a travaillé sur le terrain. »
Interrogé sur la prolongation officielle évoquée par les agents pour justifier les neuf mois de travail additionnels, Abraham Soumaoro tranche : « Il n’y a jamais eu ça. » De son côté, le coordinateur régional M. Diakité invite les contestataires à apporter des preuves matérielles de leurs affirmations : « Dites-leur de vous envoyer les copies des contrats qu’ils détiennent. Vous allez lire. »
Pour le coordinateur régional, la restitution des motos répond aujourd’hui à une nécessité administrative de récupération des biens de l’État. « Mon coordinateur national me demande de récupérer. Il faut que je récupère d’abord », explique-t-il.
Il assure par ailleurs que les superviseurs ont signé des décharges concernant les motos qui leur avaient été confiées.
Mobilisation à Conakry
Face au blocage et à la confusion, les superviseurs se structurent. Un collectif mis en place à Conakry centralise les démarches administratives.
« On n’a pas dit qu’on ne rend pas les motos. C’est ce qui est dit dans le contrat : après la prestation, nous devons rendre le matériel. Nous sommes vraiment d’accord qu’ils récupèrent leurs motos, mais qu’ils nous rétablissent sur nos droits. Qu’ils payent les neuf mois de salaire impayés. Comme ça, là, on va rendre les motos », soutient un superviseur membre du collectif.
Pour faire entendre leur voix, les superviseurs ont décidé d’interpeller directement le chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya, la Primature et d’autres institution.
Contacté sur ce dossier, un responsable du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation s’est limité à déclarer : « C’est exact », sans donner plus de détails. Les appels répétés adressés à la coordination nationale du PN-RAVEC pour obtenir des commentaires supplémentaires sont restés sans réponse.
Dansa Camara & Paul Foromo Sakouvogui
Pour Africaguinee.com
Créé le 18 août 2026 08:03Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: RAVEC








