« Ne vous sous-estimez pas » : A la rencontre de Dre Kadiatou Sow, héroïne de l’ombre dans la lutte contre les épidémies
KINDIA – Dans un univers longtemps resté l’apanage des hommes, elle a su imposer son expertise et son leadership. Première femme à diriger le Centre de traitement des épidémies de Kindia, la Dre Kadiatou Sow prouve que la compétence n’a pas de genre, même face aux virus les plus redoutables. D’Ebola au Monkeypox, en passant par la Covid-19, elle est en première ligne. Portrait de la Dre Sow, une physicienne devenue médecin par passion.

« Ne vous sous-estimez pas ». Ce message, la Dre Kadiatou Sow l’incarne chaque jour. Mariée, mère de deux enfants et cheffe de service hospitalier, elle déconstruit les préjugés. Femme pionnière, elle est la cheffe du Centre de traitement des épidémies (CT-Epi) de l’hôpital régional Alpha Oumar Diallo de Kindia. Elle est la toute première femme à occuper ce poste depuis la création de cette structure sanitaire. Pendant plusieurs années, cette responsabilité a été assurée uniquement par des hommes. C’est à la fin de l’année 2018, début 2019, qu’elle a été promue à la tête du centre.
À l’occasion du mois de mars consacré à la célébration des femmes à travers le monde, nous l’avons rencontré. Kadiatou Sow a effectué ses études primaires et secondaires à Kindia. Après l’obtention de son baccalauréat avec mention, elle a été orientée à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, au département physique-chimie.

Passionnée par les défis, un événement marquant va finalement l’amener à se présenter au concours d’entrée à la faculté de médecine. Elle est admise et entame alors une carrière médicale.
« J’ai soutenu ma thèse à la fin de l’année 2016. J’ai également participé à la lutte contre l’épidémie d’Ebola. C’est à partir de là que j’ai été affectée au Centre de traitement des épidémies de Kindia en tant que médecin. Depuis, j’y exerce », explique-t-elle.
Après plusieurs années de service, elle évoque une collaboration harmonieuse avec son équipe. « La collaboration avec le personnel est conviviale et chaleureuse. Tout est basé sur l’atteinte de nos objectifs. Chacun connaît son rôle et nous faisons en sorte de nous compléter sur le terrain. La gestion des épidémies est particulière : chacun doit être strict dans l’exécution des consignes, car une erreur peut mettre en danger toute une équipe », souligne-t-elle.
Malgré les exigences de sa fonction, la médecin affirme réussir à concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale. « Le foyer n’est pas un obstacle à l’évolution d’une femme, tout comme la maternité. Il suffit d’organiser son emploi du temps et de trouver le juste milieu », confie-t-elle.
Dans son parcours, Kadiatou Sow reconnaît également l’apport de son prédécesseur, le Dr Facely Tolno, qu’elle considère comme son mentor. « J’ai succédé au Dr Facely Tolno, mon maître, auprès de qui j’ai appris les premiers pas. À un moment donné, il m’a passé le flambeau pour que je poursuive le travail »,se souvient-elle.
Depuis sa prise de fonction, le centre a fait face à plusieurs épidémies, notamment la rougeole, de nombreux cas de tétanos néonatal, la pandémie de Covid-19 et, plus récemment, l’épidémie de monkeypox. La cheffe du CT-Epi lance également un message aux femmes, les invitant à croire en leurs capacités.
« Je demande aux femmes de ne pas se sous-estimer. Tout ce que les hommes sont capables de faire, les femmes peuvent le faire aussi, voire davantage », affirme-t-elle.

Dre Kadiatou appelle à une plus grande valorisation des cadres qui travaillent à l’intérieur du pays. « Il existe à l’intérieur du pays de nombreux cadres compétents, -hommes et femmes-, qui ont accepté de quitter la capitale pour servir les populations. Il ne faut pas les oublier », plaide-t-elle.
Malgré les défis liés à la gestion des épidémies et aux craintes des populations, elle se dit confiante grâce au travail de sensibilisation et au soutien des autorités locales.
Depuis Kindia,
Chérif Keita pour Africaguinee.com
Créé le 15 mars 2026 16:55









