« Ne recherchez jamais une victoire judiciaire au prix d’une fraude » : 17 nouveaux avocats prêtent serment à la Cour d’Appel de Conakry

CONAKRY-Le Barreau de Guinée compte de nouveaux membres dans ses rangs. Ce vendredi 6 novembre 2026, 17 nouveaux avocats dont 13 admis au Certificat d’aptitude à la profession d’avocat CAPA 2026 et quatre docteurs en droit inscrits sur titre ont officiellement prêté serment lors d’une audience solennelle organisée à la Cour d’Appel de Conakry.

Les quatre docteurs en droit inscrits sur titre sont : Sarata Kandé, Oumar Kourouma, Mariama Ciré Diallo et Mamadou Ciré Diallo.

Les 13 autres récipiendaires sont les admis à l’examen du CAPA (session 2026). Ce sont : Ibrahima Sory I Barry (1er), El Hadj Hassimiou Cissé (2ème), Mamaissata Camara (2ème exæquo), Aubin Kolamou (4ème), Raphaël Kolemou (5ème), Fatou Kaïn Camara (6ème), Moussa Konaté (7ème), Seydou N’zé Kourouma (8ème), Mamadou Aliou Mariam Diallo (9ème), Mamoudou Keïta (10ème), Alpha Toubab Millimouno (11ème), Aboubacar Antoine Koulibaly (12ème) et Oumar Kourouma (13ème).

Aly Touré place cette entrée sous le signe de l’exigence

Lors de cette audience, le Premier président de la Cour d’Appel de Conakry a souligné que cette entrée dans la profession d’avocat doit être placée sous le signe de l’exigence et de l’exemplarité. Aly Touré a notamment insisté sur cinq valeurs essentielles.

La dignité…

 « La dignité : Cette valeur fait partie de la morale professionnelle qui vous engage. Elle commande un comportement irréprochable, aussi bien dans l’exercice professionnel que dans la vie sociale. Votre attitude, votre langage, votre tenue et vos rapports avec les juridictions, les magistrats et les autres auxiliaires de justice doivent toujours être empreints de respect et de retenue », souligne-t-il.

Conscience professionnelle

« Vous devez exercer votre profession avec sérieux, compétence, rigueur et loyauté. Chaque dossier confié à votre cabinet représente une responsabilité humaine et juridique. Derrière chaque procédure derrière chaque dossier, il y a souvent une personne, une famille, un patrimoine, une liberté ou un avenir en jeu. Ne perdez jamais de vue cette dimension humaine de votre métier. Ne traitez aucun dossier avec légèreté et ne sacrifiez jamais les intérêts légitimes de vos clients à la facilité, à la négligence ou à la recherche du gain facile », a lancé Aly Touré.

L’indépendance…

« L’avocat doit demeurer libre dans l’exercice de sa mission. Cette indépendance constitue une garantie essentielle des droits de la défense et de l’administration d’une justice équitable. Vous devez savoir résister aux pressions, quelle qu’en soit l’origine et la nature. Votre fidélité première doit aller vers la loi, et votre conscience professionnelle et aux principes qui gouvernent votre serment », rappelle-t-il.

La probité et la loyauté

« La profession d’avocat ne saurait s’accommoder de la corruption, du trafic d’influence, de la manipulation des procédures ou de toute autre pratique contraire à l’éthique et à votre déontologie. La confiance du justiciable est un capital très précieux. Elle se construit par l’honnêteté, elle se consolide par la compétence et se préserve par une conduite irréprochable. Vous devez également comprendre qu’être avocat d’une partie ne signifie pas être l’adversaire de la justice. Vous êtes les défenseurs des intérêts de vos clients, mais vous êtes aussi des auxiliaires de justice, tenus de respecter les règles qui organisent et gouvernent le fonctionnement de l’institution judiciaire », a-t-il exhorté.

Du respect des institutions judiciaires et de la déontologie

 « L’avocat est tenu d’observer scrupuleusement les devoirs que lui impose la loi, les règles, traditions et usages professionnels, notamment envers les magistrats, ses confrères et ses clients (…) L’honneur, la probité, la loyauté, l’indépendance, la courtoisie et la délicatesse sont pour lui les devoirs impérieux tant dans sa vie professionnelle que civile », a expliqué Aly Touré.

Mise en garde contre les dérives sur les réseaux sociaux

De son côté, le Procureur général près la Cour d’Appel de Conakry a rappelé que la robe d’avocat n’est ni un instrument de privilège, ni un moyen de pression, encore moins un attribut d’impunité. « La robe d’avocat est le symbole d’une responsabilité éminente envers la justice, la loi et la société », a lancé Fallou Doumbouya avant de lancer un avertissement ferme sur l’usage du numérique.

« Nous observons avec une réelle préoccupation les dérives de certains avocats qui transforment les réseaux sociaux en espaces de polémiques, d’invectives et de dénigrement des magistrats et des décisions judiciaires, au mépris des exigences éthiques et déontologiques de leur profession. La liberté d’expression de l’avocat ne saurait être confondue avec une liberté d’injurier, de diffamer ou de divulguer des informations protégées. Les réseaux sociaux ne constituent ni une juridiction parallèle, ni une chambre d’appel virtuelle », a averti Fallou Doumbouya.

Conseillant la nouvelle promotion, le Procureur général près la Cour d’Appel de Conakry a précisé que la critique juridique doit s’exercer dans les règles de l’art.

« Le véritable courage de l’avocat ne consiste pas à humilier un magistrat sur les réseaux sociaux, mais à lui opposer, dans le respect de sa fonction, la force d’un raisonnement juridique irréprochable. Votre grandeur résidera dans la qualité de votre défense, la solidité de vos arguments et votre fidélité au serment, non dans la recherche de popularité médiatique. Nous n’avons pas besoin d’une justice où les magistrats et les avocats s’affrontent dans l’espace médiatique. Nous avons besoin d’une justice où ils se confrontent loyalement sur le terrain du droit. Car le ministère public ne s’honore pas en affaiblissant la défense ; l’avocat ne se grandit pas en discréditant le magistrat ; et le juge ne renforce pas son autorité en méconnaissant les droits des parties. Chacun élève la justice lorsqu’il respecte la mission de l’autre, sans jamais renoncer aux exigences de la sienne », a conseillé Fallou Doumbouya tout en invitant les récipiendaires à l’intégrité.

« Ne promettez jamais à un client une décision judiciaire que vous ne pouvez garantir. Ne faites jamais croire que vos relations personnelles avec un magistrat peuvent déterminer l’issue d’un procès. Ne recherchez jamais une victoire judiciaire au prix d’une fraude ou d’un manquement à votre conscience. Soyez respectueux envers les magistrats sans être serviles, loyaux envers vos confrères sans renoncer à la contradiction, et courageux dans la défense sans céder à l’arrogance. Préservez votre réputation dans votre cabinet, devant les juridictions et dans votre vie personnelle. La justice a besoin d’avocats dont la compétence rassure, dont la parole inspire confiance et dont la probité demeure à l’abri de toute compromission », a ajouté Fallou Doumbouya.

Les rappels à la rigueur du Bâtonnier et le plaidoyer du Ministre de la Justice

Pour sa part, le Bâtonnier de l’ordre des avocats de Guinée a insisté sur le travail rigoureux de préparation des dossiers pour mériter la confiance accordée. « Lisez les pièces. Vérifiez les faits. Recherchez la règle applicable. Écoutez les objections. Préparez votre audience. Ayez le courage de reconnaître une difficulté et la loyauté de l’expliquer à votre client », a lancé Me Mamadou Souaré Diop.

Revenant sur le devoir de vérité envers les clients, le Bâtonnier a affirmé : « L’avocat doit pouvoir annoncer une vérité difficile avec autant de conscience qu’il défend une cause difficile. Votre indépendance guidera vos décisions. Vous aurez parfois à résister à des pressions, à des intérêts ou aux attentes excessives de ceux qui vous auront confié leur défense. Le client a droit à votre engagement et à un conseil sincère. Vous lui rendrez service en lui exposant les forces de sa cause, ses faiblesses et les limites de ce qu’il peut raisonnablement espérer », a affirmé Me Mamadou Souaré Diop.

« Recevoir une confidence oblige votre conscience et votre conduite. À une époque où une information peut être diffusée en quelques secondes, la maîtrise de votre parole sera une marque essentielle de votre dignité professionnelle », a-t-il ajouté.

Présent à l’audience, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme a salué ce renfort et exprimé ses attentes quant au déploiement de l’aide juridictionnelle sur le territoire national.

« La famille judiciaire s’est agrandie aujourd’hui encore et on souhaite le meilleur pour les nouveaux venus et on veut qu’ils nous aident dans le perfectionnement et dans le progrès de notre justice guinéenne. Nous sommes en train de mettre en œuvre l’aide juridictionnelle à travers un fonds et nous solliciterons auprès de monsieur le Bâtonnier de l’Ordre des avocats, qu’on ait des avocats à la disposition pour que la population puisse avoir une assistance partout à travers le pays », a sollicité Ibrahima Sory II Tounkara.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 novembre 2026 16:12

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