Mory Condé : « Comment nous allons mobiliser les 600 millions de dollars… »

CONAKRY- Comment le Gouvernement compte-t-il mobiliser les 600 millions de dollars nécessaires à l’exécution des dix points inscrits dans le chronogramme de la transition ? Mory Condé, ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation a répondu aux questions d’un journaliste d’Africaguinee.com.


 

AFRICAGUINEE.COM : Vous venez d’annoncer que l’exécution des dix points inscrits dans le chronogramme de la transition nécessite un peu plus de 600 millions de dollars. Depuis cette annonce, les commentaires vont bon train. Comment le Gouvernement compte-t-il mobiliser cette somme ?  

MORY CONDÉ : Dans le chronogramme consolidé de la transition et signé avec la CEDEAO, chaque point coûte un montant. C’est-à-dire que dans les 10 points, chaque point a un coût bien précis. Par exemple, l’activité liée au recensement général de la population et de l’habitat coûte 320 milliards Gnf. Je vous annonce que le gouvernement a déjà mis à peu près 100 milliards là-dessus. Ce qu’il faut noter sur ce point, les partenaires techniques et financiers ont mis plus de 110% du montant nécessaire à cette activité. C’est-à-dire que, l’appui que les partenaires ont apporté pour cette activité va au-delà même du montant budgétisé. On a engagé des pourparlers avec eux pour réajuster avec d’autres actions du chronogramme.

Le recensement administratif à vocation d’état civil coûte par exemple 1300 milliards Gnf. Sur ces 1300 milliards, le gouvernement a déboursé pour la loi des finances initiale 400 milliards Gnf. Et, il y a l’Union Européenne qui a donné récemment 25 millions d’euros. C’est à peu près 220 milliards. La BAD (banque africaine de développement) a donné un montant et les autres partenaires. Pratiquement par rapport à ça, il ne reste pas grand-chose à mobiliser.

Par rapport au fichier électoral, il y a des partenaires comme les Nations-unies et l’OIF (organisation internationale de la francophonie) aussi qui ont pris des engagements. Mais comme le fichier électoral est lié d’abord au recensement administratif à vocation d’état civil, donc on ne met pas beaucoup d’accent sur ça.

L’autre élément, sur les 10 points, il y a beaucoup d’activités sur lesquelles le gouvernement à travers le MATD (ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation) a déjà anticipé. Ce qui a fait qu’en termes d’actions réalisées aujourd’hui, nous sommes à 13 actions réalisées. Et, lorsque vous regardez le chronogramme de la transition qui a été signé entre la Guinée et la CEDEAO, dans la planification, vous verrez les actions qui étaient prévues pour les mois de juillet et août que nous avons entamé maintenant-là. Parce que c’est des actions qui peuvent se faire de façon parallèle. Ces actions ne demandent d’argent directement.

Quand je prends l’élaboration de la loi sur la biométrie, dans notre pays depuis 15 ans on en train de prélever les empreintes des citoyens sur les documents mais il n’y a aucune loi qui encadre cela. Aujourd’hui, n’importe quel citoyen peut porter plainte contre l’Etat et il va se faire dédommager avec des fortes sommes parce qu’il n’y a aucune loi qui encadre ça en Guinée. Par exemple, il y a cet avant-projet de loi qui est déjà prêt et qui a été envoyé il y a deux semaines à tous les conseillers juridiques de tous les départements ministériels et de certaines personnes ressources. Cette semaine, ils vont se retrouver à Kindia pour faire une dernière relecture de cet avant-projet de loi et la loi sur l’identification des personnes.  Moi je les présenterai devant le CNT pour adoption.

C’est pourquoi j’ai insisté que le calendrier des 24 mois sera respecté. En tout cas, pour le moment avec l’allure de la mobilisation des ressources que nous avons, avec l’engagement des partenaires, les deux premiers points qui sont entamés, si tout allait comme ça, il n’y a aucune raison que les 24 mois ne soient pas respectés.

Voulez-vous dire qu’il n’y a pas d’inquiétudes à se faire pour la mobilisation des 600 millions de dollars ?

En Guinée, c’est fréquent, n’importe qui peut se lever le matin pour devenir spécialiste de tout et du n’importe quoi. Ce budget qui a été présenté a été calculé minutieusement avec un travail de fond. L’autre chose qu’ils ne savent pas, avant que nous on arrive au pouvoir, le programme de coopération que la BAD avait avec la Guinée ne dépassait pas 70 millions de dollars, quand on prend AfreximBank, quand on arrivait au pouvoir, elle avait un programme de coopération avec la Guinée qui n’excédait pas 100 millions de dollars. Aujourd’hui on a programme d’un milliard 200 mille dollars avec ceux-ci. C’est ce qui nous permet aujourd’hui de financer beaucoup de projets routiers. Donc, quand je vois les gens clamer que 600 millions de dollars ne sont pas mobilisables par la Guinée, je pense que c’est mal connaître ceux qui sont là, c’est une erreur d’appréciation.

On vous accuse de vouloir retarder la transition en annonçant un tel montant. Que répondez-vous ?

Il y a un autre élément. Aujourd’hui avec tout ce qui a été engagé comme refonte de la gestion de l’argent public, c’est vrai que tout n’est pas rose, mais aujourd’hui il y a beaucoup de trous qui ont été bouchés qui font qu’il n’y a pas assez d’évasion. Pour moi, ceux qui pensent que les 600 millions dollars, c’est une manière de retarder le processus, n’ont pas bien compris. Les semaines avenir, nous allons organiser une rencontre où nous allons présenter le budget du recensement de la population et toutes les activités qui sont prévues et ce qui est fait à date. Idem pour le RAVEC, pour que les gens comprennent que ce n’est pas quelque chose qui est tombé du ciel, il y a un travail de fond qui a été fait et qui est en train d’être fait.

Pendant ce temps les forces vives ont annoncé leur retrait de la table de négociation pour répondre les manifestations de rue. Comment réagissez-vous ?

Les acteurs politiques qui, quelques heures après la présentation du niveau de l’exécution du chronogramme de la transition, ont décidé de se retirer des pourparlers avec le Premier ministre, pour nous, c’est une erreur d’appréciation de leur part par rapport à la démarche du Gouvernement. Pour nous, ils sont en discussion avec le Premier ministre, ils ont beaucoup avancé. C’est eux qui pensent qu’ils ont des problèmes avec le Gouvernement, donc on a décidé de les recevoir à part.

C’est pourquoi, avec l’implication des religieux, on les écoute. L’idée de cette démarche est de nous permettre de trouver le juste milieu pour aller de l’avant. Mais si on doit aller de contestation en contestation, quelque soit la volonté des partenaires pour accompagner le processus de la transition pour le retour à l’ordre constitutionnel, ces manifestations vont compliquer davantage le travail et nous retarder inutilement.

Encore une fois, l’appel qu’on leur lance, c’est de leur dire que quelque soit ce que nous allons faire en Guinée, quelque soit le temps que ça prendra, on finira par se regarder en face autour d’une table pour aller de l’avant.

Donc, pour ne pas perdre du temps, dans la mise en œuvre du chronogramme, il faut faire l’économie de ces crises inutiles. Il faut qu’on puisse se retrouver, que l’on se dise les vérités en face et qu’on puisse évoluer sereinement.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le 2 mai 2023 10:07

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