“Mon cher époux m’a prêté 50.000 GNF pour démarrer”: Le parcours inspirant d’Aissatou Amadou Baldé dans l’entrepreneuriat…
D’une petite marmite achetée avec 50 000 GNF à la conquête des marchés sous-régionaux, le parcours d’Aissatou Amadou Baldé est une ode à la résilience. Fondatrice de « Kakouma Agro-Tech », cette biologiste de formation a transformé une intuition en un empire de la transformation locale. Portrait d’une femme qui donne du goût à l’entrepreneuriat guinéen.
De la biologie à l’éveil entrepreneurial
Diplômée de la première promotion en biologie de l’Université de Labé (Hafia), Aissatou Amadou Baldé semblait promise à une carrière tracée dans les laboratoires ou les organisations non gouvernementales. Après quelques stages cliniques et un poste de directrice au sein d’une ONG, l’appel du terrain et le désir d’autonomie ont fini par prendre le dessus. Commence alors une aventure jalonnée de défis et de passion. L’enrepreneuriat. La mission de Aissatou Amadou Baldé est de valoriser les produits du terroir pour répondre aux défis de la conservation alimentaire.

Le pari des 50 000 GNF : une épopée dans une marmite
C’est avec une somme symbolique de 50 000 GNF, un don de son époux, que l’aventure commence. Avec ce montant, elle a acheté une petite marmite, un kilo de gingembre et du sucre pour confectionner ses premiers chips de gingembre, se remémore-t-elle avec fierté. Ce qui n’était alors qu’une production artisanale pour pallier les difficultés de conservation du gingembre au Foutah devient rapidement le socle d’un business prometteur.
« J’ai compris que le gingembre est bien consommé au Foutah, mais sa conservation restait difficile pour certaines personnes. Nous, nous avons décidé de relever ce défi afin d’aider la population. C’est à partir de là, que j’ai vraiment commencé l’entreprenariat avec le soutien de mon cher époux qui m’a prêté 50 milles francs guinéens. Certes à l’époque j’étais stagiaire et membre d’une ONG, mais c’est avec ces 50 milles que j’ai commencé. Je suis allée acheter une petite marmite ; un kilogramme de gingembre et du sucre pour faire des chips de gingembre. J’ai démarré mon entreprise avec ça”, raconte-t-elle.

Le tournant décisif survient grâce à sa pugnacité. Retenue par le programme d’insertion des jeunes du PNUD, elle bénéficie ensuite de l’appui technique du Centre International du Commerce (ITC). En 2022, la consécration arrive : elle est sacrée Lauréate du prix du meilleur Agrobusiness lors du Salon de l’Entrepreneuriat Guinéen (SADEN). Une propulsion qui lui permet de structurer son entreprise, Kakouma Agro-Tech.
« Au fil du temps le PNUD est venu avec le programme d’insertion des jeunes. Trois de mes amies et moi avions compéti, toutes nous avons été retenues. Grâce à ce business lancé avec 50.000 gnf, je me retrouve avec toute une gamme de produits. Après cela, le centre international de commerce m’a renforcé les capacités, en plus l’entreprise même cherche à se perfectionner pour pouvoir innover dans ce que nous faisons. Lors du salon de l’entreprenariat guinéen en 2022 j’ai été lauréate du meilleur prix de l’agrobusiness, cela aussi m’a beaucoup propulsée, j’ai bénéficié de beaucoup accompagnements. C’est ce qui m’a amenée jusque-là », a-t-elle expliqué.
Une chaîne de valeur aux ambitions régionales
Aujourd’hui, l’entreprise ne se limite plus aux simples chips de gingembre. Aissatou a su mettre en place une véritable chaîne de valeur, s’appuyant sur une coopérative agricole pour sécuriser ses approvisionnements. La gamme est impressionnante :
- Fonio vaporisé et précuit ;
- Gombo en poudre et Soumbara soigneusement emballé ;
- Miel au gingembre (pour les adeptes du sans-sucre), curcuma, et piments ;
- Produits de snacking : arachides grillées, chips de banane plantain et de pomme de terre.

Le succès dépasse désormais les frontières guinéennes. Grâce à des partenariats stratégiques, les produits de Kakouma Agro-Tech se retrouvent sur les tables au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali.
« Aujourd’hui je fais beaucoup de gammes comme vous le constatez. Nous avons du fonio vaporisé précuit en grumeaux, du gombo en poudre dans différentes boîtes, du mil en grumeaux et on mélange avec le lait. Nous avons aussi du miel et du curcuma ainsi que du gingembre. Nous expérimentons une autre forme de gingembre mélangée avec du miel pour les personnes qui n’aiment pas le sucre. Comme vous le voyez il y a du piment en poudre, des cocos, de l’arachide grillée et salée et des arômes. Nous faisons du jus naturel aussi, des chips de pomme de terre, des bananes plantains et le soumbara. C’est d’ailleurs ce que nous sommes en train d’emballer. Nous faisons la livraison partout et nous avons des clients en Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Mali. C’est une fierté, je me réjouis du niveau de l’évolution de l’entreprise », soupire-t-elle.

Transmettre pour bâtir l’avenir
Pour Aissatou Amadou Baldé, la réussite ne se compte pas seulement en chiffres d’affaires, mais en impact social. Kakouma Agro-Tech est devenue une école de la vie et des métiers. En cinq ans, elle a formé près de 1 000 jeunes en leadership, développement personnel et techniques de transformation agroalimentaire.
« Nous faisons des formations, nous accompagnons des jeunes en leadership en esprit d’entreprise et en développement personnel. Cela fait 5 ans depuis que j’ai commencé. J e suis à peu près à mille jeunes formés. Il y en a même parmi ces gens que j’ai formés qui ont démarré leurs propres entreprises. C’est une fierté pour les travailleurs de l’entreprise Kakouma agro-tech (…). On n’a pas besoin de grand-chose pour démarrer son entreprise: il faut de la la conviction et surtout être structuré dans ce que l’on veut et avoir des objectifs, c’est le secret il n’ y a rien si ce n’est d’avoir le courage parce que c’est difficile », confie celle qui emploie aujourd’hui 7 salariés à plein temps et 15 contractuels.

Un plaidoyer pour l’épanouissement de la femme africaine
En ce mois dédié aux droits des femmes, l’entrepreneure appelle ses sœurs à la persévérance. Consciente des obstacles — manque de financements, violences conjugales, pesanteurs sociales — elle prône une autonomisation économique qui respecte l’équilibre familial.
« La femme africaine est au centre de tout. Pour qu’une communauté soit épanouie, il faut que les femmes le soient d’abord », conclut-elle, invitant la nouvelle génération à être le moteur de la transformation du continent.

Thierno Oumar Tounkara
Correspondant régional d’Africaguinee.com
Créé le 23 mars 2026 09:00









