Mohamed Tall : « Nos attentes vis-à-vis du CNRD et du Général Doumbouya… »

Mohamed Tall

CONAKRY-Silencieux depuis de nombreux mois, Mohamed Tall vient de briser le silence. Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, le porte-parole de l’Union des Forces Républicaines (UFR) s’exprime sur de nombreux sujets d’actualités. De la candidature annoncée du Général Mamadi Doumbouya à l’organisation des élections ou encore de la stratégie des forces vives…l’ancien ministre de l’élevage parle sans détours. Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Dans une récente sortie médiatique, le leader de votre formation politique M. Sidya Touré a affirmé qu’il ne trouverait pas d’inconvénient à une candidature éventuelle du général Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle. Comment expliquez-vous cette sortie ?

MOHAMED TALL : Ce point précis de son interview a suscité beaucoup de commentaires, mais je crois que même si c’est vrai, on est en politique et pour beaucoup, la politique c’est le champ de tous les coups avec de la mauvaise foi, mais il faut quand même garder un minimum de bon sens. Quand on connaît le parcours du Président Sidya Touré, on est censé savoir qui il est. Dans l’interview elle-même, il a réaffirmé un certain nombre de principes relativement au respect des droits, il a évoqué les problèmes de kidnappings particulièrement la disparition forcée de Fonikè Menguè et de Billo Bah, il a évoqué les problèmes des médias et d’autres problèmes qui sont directement liés à la manière dont on est en train de conduire la transition.

On laisse tout cela de côté pour prendre un point sur lequel il a voulu faire de la boutade. Chacun sait très bien quelles sont les intentions de la junte et de Mamadi Doumbouya. Il est hors de question dans l’esprit de Doumbouya, un tant soit peu de laisser le jeu démocratique s’affirmer pour l’élection présidentielle à venir. Donc, c’est une forme de boutade que des esprits malveillants ont voulu utiliser contre le président Sidya. Vous nous donnez l’occasion de lever toute équivoque et de coincer ceux qui ne veulent rien savoir. Je dis au nom du président Sidya Touré et de l’UFR que notre position est très claire sur cette question d’une éventuelle candidature de Mamadi Doumbouya. On est contre une candidature de Mamadi Doumbouya à la prochaine présidentielle. J’espère bien que c’est clair et que cela permettra de mettre fin aux débats.  Ce qui aurait pu être le cas déjà à la suite du twitt du président Sidya Touré où il avait précisé clairement sa pensée. Donc, je crois que c’est un faux débat alimenté par des esprits malveillants.

Pourquoi êtes-vous contre une éventuelle candidature du général Mamadi Doumbouya ?

Parce qu’il a pris le pouvoir par la force et à partir de là il doit le rendre. Il doit créer les conditions pour qu’on renoue avec des élections. C’est-à-dire donner la possibilité aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants. Lui, il est militaire, il est arrivé au Palais par un coup de force et même au regard du protocole additionnel de la CEDEAO, ce n’est pas acceptable.  On ne peut prendre le pouvoir par la force et vouloir s’y maintenir par la force. Donc, c’est une question de logique et de règle d’ailleurs.

Les Forces Vives semblent être à bout de souffle. Quelles stratégies comptent-elles employer pour « empêcher » cette candidature annoncée ?

C’est un peu tout le pays qui est essoufflé en ce moment. Nous avons 3 ans de transition, 3 ans d’assèchement des caisses de l’Etat, 3 ans de privation de liberté, 3 ans de paupérisation qui se généralise de plus en plus et 3 ans de désespoir qui s’est installé avec le CNRD au niveau des populations. Il y a effectivement une forme de lassitude mais pas qu’au niveau des Forces Vives, c’est au niveau de l’ensemble du pays. Même le CNRD n’est pas épargné non plus par cette lassitude, on sent clairement que le CNRD lui-même se cherche, il est en panne d’idées. Alors on essaye de corrompre quelques groupuscules ou des ‘’mouvements de soutien’’ pour manifester de manière totalement artificielle leur soutien à la junte. Ça ne veut absolument rien dire. C’est juste des stratagèmes pour essayer de passer une étape mais les réalités sont têtues.

L’enjeu aujourd’hui pour la Guinée c’est vraiment de renouer avec l’orthodoxie institutionnelle des élections et puis reprendre la coopération avec les partenaires de manière à ce que le pays puisse avancer. Et je ne crois aujourd’hui qu’au niveau des Guinéens, il y ait un quelconque espoir de voir le pays se redresser avec la junte militaire.

Les Forces Vives tiennent au retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 31 décembre 2024, chose qui est tout à fait improbable au regard de l’évolution de la situation. Monsieur Sidya Touré a d’ailleurs relevé qu’à date il n’y a pas de fichier électoral. Alors comment cette exigence pourrait-elle se réaliser à votre avis ?

Pour être totalement réaliste, on a perdu suffisamment de temps pour qu’on puisse à l’état actuel des choses espérer avoir l’élection présidentielle en décembre 2024. Ce qui est important, c’est vraiment de ramener le CNRD à ses engagements de départ, les militaires avaient clairement dit aux Guinéens qu’ils vont rendre le pouvoir aux civils et qu’aucun acteur de la transition civil ou militaire ne sera candidat. Nous attendons du CNRD et spécifiquement du Général Doumbouya le respect de cet engagement parce que tout repose sur la confiance. Parce que si un dirigeant n’est pas capable de respecter sa parole, il perd toute crédibilité aux yeux de l’opinion, il est difficile de gérer des gens qui ont perdu confiance en vous. Donc, dans l’intérêt même du CNRD et du général Doumbouya il est impératif de respecter les engagements pris publiquement devant les Guinéens.

Si le Général Doumbouya est candidat iriez-vous aux élections avec lui ou pas ?

S’il (général Mamadi Doumbouya) ne respecte pas ses engagements je pense que cela ne sera pas une question exclusivement politique ou exclusivement réservée aux Forces Vives. Il aura créé une rupture véritable entre lui et les Guinéens. Et à partir de là, on ne sait pas ce que la population va décider. Mais cela ne me paraît pas être un schéma viable à partir du moment où Doumbouya, depuis 3 ans, a énormément déçu les espoirs des Guinéens. Donc, on ne sait pas ce qui va se passer mais c’est aux guinéens de s’organiser, c’est aux Guinéens d’apporter une réponse à cela, ce n’est pas exclusivement les Forces Vives mais plutôt c’est vous, ce sont les vendeuses dans les marchés, ce sont les avocats, ce sont les ouvriers, les enseignants, c’est tout le monde.

Le premier ministre Bah Oury annonce qu’après le référendum, la présidentielle qui va suivre. Comment réagissez-vous face à ce bouleversement du calendrier initial des élections ?

Le CNRD a pris des engagements et apparemment ce n’est pas une première, ça devient un peu une habitude. Je ne suis pas dans les secrets de Dieu, mais il me semble que ce revirement se justifie par la volonté du Général Doumbouya de légaliser son pouvoir, de se présenter comme un ‘’président élu’’ quelque soit par ailleurs les conditions dans lesquelles il sera élu. Je pense qu’à partir de là, il espère améliorer ses relations avec les différents partenaires de la Guinée et faciliter l’accession à certains fonds. J’imagine que c’est un peu le calcul. Une fois de plus c’est un virage important, je pense que les Guinéens sont très attentifs à tout ce qui se passe depuis que les velléités sont clairement affirmées. Les Guinéens jugeront du comportement ou de la réponse à donner à cette éventuelle candidature.

L’avant-projet de la constitution fixe l’âge minimal et maximal pour être élu à la fonction suprême du pays. Quelle lecture faites-vous de ces dispositions ?

Je pense que le président Sidya Touré a parfaitement synthétisé ça. La constitution n’apporte rien d’extraordinaire, elle permet simplement de régler des problèmes personnels ou des comptes personnels sous l’habillage des lois. C’est tout. En gros, on permet au Général de se présenter et on empêche d’autres de le faire. C’est un peu ce qu’apporte malheureusement cette constitution.

Est-ce que selon vous c’est la concrétisation de ce qui se murmurait au départ : ‘’Tout sauf les vieux loups de la classe politique’’ ?

Je ne sais pas si avoir les armes vous donne la légitimité à parler au nom des Guinéens. Je pense que le choix des dirigeants devrait revenir aux Guinéens rien qu’aux Guinéens, c’est l’expression de la souveraineté et cela se fait par le vote. Malheureusement les autorités militaires décident de qui sera candidat et de qui ne sera pas candidat. C’est un peu leur façon de voir les choses et cela ne correspond pas à la norme et à la conception de la démocratie.

A suivre !

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

Créé le 7 octobre 2024 14:10

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