Modèle de réussite : Zoom sur Elhadj Moussa Diallo, député et premier sénateur belge d’origine guinéenne…

BRUXELLES- Né à N’Dhiouria, un petit village situé dans la préfecture de Gaoual, au Nord-Ouest de la Guinée, Elhadj Moussa DIALLO est un homme politique au parcours atypique. Il a été élu député cette année au parlement bruxellois puis choisi par son parti pour siéger au Sénat Belge. Une première pour un guinéen. Son parcours force l’admiration.

Tout a commencé à N’Dhiouria pour ce fils d’ancien député où il a fait ses premiers pas à l’école primaire, puis au collège de Koumbia. Après son admission au Brevet d’étude de premier cycle, le jeune Moussa Diallo est d’abord inscrit au Lycée de Gaoual puis au lycée Hoggo Mbouro de Labé, option sciences expérimentales. En Guinée, il a terminé son cursus universitaire au département Biochimie. Arrivé en Belgique en 1997, il entame d’autres formations puis valide plusieurs diplômes, notamment en gestion des entreprises et en gestion des finances publiques pour ne citer que ceux-là.

Marié et père de 3 enfants, Elhadj Moussa Diallo travaille en Belgique dans le secteur public depuis plus de 17 ans. Entretemps, il entamé une carrière politique à travers le parti CDH (Centre Démocrate Humaniste) devenu Les Engagés en 2014. C’est ce parti qui fait de lui, le premier belge d’origine guinéenne et le deuxième de l’Afrique subsaharienne de l’histoire à siéger au SÉNAT Belge depuis juin dernier. Au parlement bruxellois, il est actuellement le seul député originaire de la Guinée. Elhadj Moussa Diallo préside la commission des Affaires économiques et emploi de l’institution. Entretien !!!

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes parti à Bruxelles très jeune, vite vous êtes devenu politique et vous vous êtes fait élire député au Parlement de Bruxelles et au Sénat Belge, une première pour un guinéen. Parlez-nous-en !

ELAHDJ MOUSSA DIALLO : Avant mon arrivée en Belgique j’avais déjà un parcours politique. J’étais très engagé politiquement en Guinée notamment au sein de l’Université de Conakry. J’ai été l’un des plus jeunes membres du bureau exécutif du parti PRP d’alors de feu Siradiou DIALLO qui m’a beaucoup impressionné. Siradiou Diallo est un leader pour lequel j’ai toujours un grand respect. En Belgique, après le temps des études, j’ai retourné à la politique dans le parti « Les Engagés » où je suis membre actuellement, parce que j’ai estimé que je dois mener le combat politique pour « faire de l’humain la préoccupation fondamentale de notre société ».

Qu’avez-vous fait pour mériter de cette confiance qui vous a permis d’être inscrit 9ème candidat aux législatives pour le Parlement bruxellois et ensuite devenir Sénateur Belge devant d’autres figures ?

J’ai eu l’occasion de travailler dans ce parti avec des personnalités de grande envergure qui ont marqué et continuent de marquer l’histoire politique de la Belgique. En mars 2023, bien avant les élections, j’ai bénéficié de la confiance du Président de notre parti Maxime Prévot, pour être nommé émissaire sur les questions de coopération et les questions de l’Afrique Subsaharienne. Je travaillais déjà dans le cabinet du président. Par le sérieux, l’ouverture d’esprit et la rigueur dans le travail, cette même confiance m’a été renouvelée pour me placer 9ème candidat sur une liste de 72 membres pour la Région de Bruxelles Capitale.

Nous avons mené la bataille avec sincérité avec des projets d’intérêts généraux et nous continuons à porter des projets dont nous estimons utiles et indispensables pour le vivre ensemble, la cohésion et la diversité en Belgique. Ce sont des projets qui nous tiennent à cœur et les électeurs nous ont fait confiance. Ils ont adhéré à notre vision d’où mon élection le 9 juin 2024 comme député au parlement bruxellois. Le 18 juillet j’ai également bénéficié de la confiance de mon président pour être coopté sénateur du royaume de Belgique. Donc depuis le 18 juillet, je siège dans deux institutions parlementaires à savoir : au parlement de la région de Bruxelles et parlement national au niveau du Sénat

Donc vous êtes le 1er belge d’origine africaine à siéger au Sénat Belge ?

Au Sénat belge, une Assemblée qui a une dimension nationale, je suis le premier Sénateur d’origine guinéenne et le deuxième belge d’origine africaine dans l’histoire à siéger dans cette haute institution du pays. C’est un immense honneur pour la Guinée et l’Afrique. Le Sénat ne compte que 60 membres pour toute la Belgique. 

Le rang d’un candidat sur la liste pour la députation du parti ‘’Les Engagés’’, c’est un simple choix ou un positionnement par mérite ?

Ici rien ne se fait par un simple choix, tout se fait par le mérite. Vous êtes observés dans ce que vous faites, dans ce que vous représentez dans la constance et dans la cohérence de vos actions. S’il s’avère que vous êtes un homme de conviction, un homme de parole, qui fait ce qu’il dit et qui essaye de garder son identité, vous avez le respect. On vous respecte grâce à vos qualités et à chaque fois que des responsabilités sont à partager, l’on tiendra compte de tous ces facteurs.

De mon côté j’ai toujours assumé mes propositions, mes positions, j’ai toujours défendu avec vigueur et conviction ce que je crois être bon et juste pour la collectivité. Je pense que ce sont ces éléments qui ont été reconnus par l’ensemble des membres du conseil politique de mon parti. Ce sont ces éléments qui ont été valorisés non seulement pour la place sur la liste mais aussi par les différentes responsabilités que j’occupe actuellement en tant que parlementaire.

Avez-vous eu des craintes après votre désignation ?

Ce que je peux vous dire, je suis un homme de foi, je crois profondément en Dieu et en ma destinée. Partant de ce principe, quand je me lance dans une aventure, j’y vais avec conviction, avec cœur vaillant et avec détermination. Pour un résultat je le confie à Dieu et je me soucie très peu. J’ai mené cette bataille qui m’a porté député avec la certitude que Dieu décidera du meilleur pour moi et par sa Grâce, j’ai été élu.

N’avez-vous pas été victime de racisme dans votre parcours politique en Belgique ?

(Éclats de rire) vous savez dans la vie, il ne faut jamais fermer les yeux à la réalité qui nous entoure. Il faut toujours se battre pour les choses auxquelles on croit. Si vous êtes droit dans vos bottes, vous avez la certitude et la conviction de ce que vous faites, il va de soi que même les gens qui ne vous aiment pas finiront par vous respecter à l’usure. Et je ne suis pas de ceux qui se laissent intimider ou se laissent manipuler ou se faire avoir par des considérations autres. Dieu merci, dans ce pays les juridictions existent, la séparation des pouvoirs est une réalité. Dès que vous êtes confrontés à des actes de racismes et de discriminations, il y a des instruments en l’occurrence la justice pour porter plainte contre toute forme de discrimination qu’elle soit raciale, de genre ou de toute autre nature. Dans mon engagement politique, je mène le combat avec sincérité, je ne cède pas à l’intimidation. C’est vrai qu’à un moment il y a eu des tentatives mais les gens ont vite reculé.

Après votre élection au parlement de Bruxelles puis au Sénat belge, comment votre famille et la communauté africaine installée en Belgique a-t-elle réagi ?

C’était d’abord un sentiment de fierté partagé par toute la communauté africaine et même au-delà. C’est aussi, je crois, le mérite de la démocratie. C’est la démocratie, qui permet à des personnes d’origines diverses, qui viennent de contrées lointaines, de participer activement à la vie politique de leur pays d’adoption et de briguer ainsi de hautes responsabilités. Côté famille, il y a la fierté de ma mère tout naturellement. Mon père est décédé il y a quelques années, en 2012 précisément. Pour rappel mon père fut l’un des tout premiers députés de Gaoual, il s’agit de feu Thierno Aliou Diallo, député de la première République. J’aurais bien voulu qu’il soit là actuellement. Hélas !

Donc vous n’êtes pas le premier député de la famille ?

Nous avons hérité du papa de beaucoup de valeurs, essentiellement la droiture, la rigueur dans le travail, le service à l’autre, l’ouverture et la compréhension. Ce sont ces valeurs là qu’on a le plus héritées de lui que le poste de député lui-même qui n’appartient pas à un individu, il appartient au peuple qui le confère à qui il veut.

Comment vous percevez l’appréhension de certains jeunes guinéens qui sous estiment la formation en Guinée où tout est parti pour vous ?

Le premier message, d’abord c’est un profond sentiment de reconnaissance à l’endroit de tous ces enseignants vivants ou décédés qui ont jalonné mon parcours. De tous ceux qui de près ou de loin par leur craie, de par leur rigueur, de par leur sens élevé de la responsabilité ont façonné Elhadj Moussa Diallo, que je suis parce que c’est évident je suis arrivé ici avec à un peu plus de 22 ans pratiquement. Ça veut dire que les fondations de ma formation ont été faites en Guinée, c’est un homme majeur qui est arrivé en Europe. Je m’incline devant tous ces grands formateurs que j’ai croisés sur mon chemin dans mon cursus scolaire et universitaire en Guinée. Ils ont participé à ma formation de base, à mon éducation et à la construction de la vision que j’ai toujours portée : celle de servir avec sincérité et dignité.

Quant aux jeunes de Guinée qui croient perdre du temps en Guinée, d’ailleurs à toute la jeunesse africaine c’est de savoir qu’on peut se construire un chemin à partir du moment où on a une conviction, on a une vocation et quand nous sommes entiers dans ce que nous faisons. Je vous exhorte d’étudier, faites des études sérieuses malgré les conditions, les difficultés qui sont les nôtres dans nos pays respectifs ; toutefois mettez de l’énergie, de la force à faire des formations de qualité. Aujourd’hui avec les nouvelles technologies à notre portée, de Conakry vous pouvez suivre un cours en connexion avec une université canadienne. Le temps que vous passiez sur Facebook et ailleurs, diminuez-le considérablement pour exploiter l’outil technologique dans l’utile pour vous former et découvrir des choses, c’est ce qui construira votre avenir : la formation et l’éducation. Je mesure à côté du fait que les conditions ne sont pas toujours faciles mais donnez de l’Energie à votre formation, c’est ça le ciment de demain. Une société éduquée, une société formée est une société qui peut amorcer son développement

Est-ce que vous maintenez les attaches avec la Guinée ?

Je n’ai jamais quitté la Guinée de par la pensée, je n’ai jamais quitté ce pays qui est partie de moi. On ne peut pas dissocier mes origines de ce que je suis. J’ai toujours le regard sur la Guinée, d’ailleurs depuis 2014, j’ai mis en place une organisation de droit belge qui œuvre dans le cadre du développement, depuis nous avons mené plus de 39 projets en Guinée, nous avons pu construire des écoles et rénover d’autres. A travers ces actions, j’ai pu m’imprégner de la réalité du quotidien du guinéen.  C’est pourquoi j’essaye de contribuer à l’améliorer à ma façon. Que les guinéens restent unis et soudés dans la construction d’une Nation au service de tous. Tout ce qui se construit par haine, par rejet par exclusion est appelé à s’autodétruire. Ne peut durer et ne peut rester que ce qui se construit par la volonté de rapprocher et d’unir, la volonté de mettre tous ensemble…c’est vrai actuellement, c’est difficile, c’est compliqué mais un jour notre pays se relèvera.

Entretien réalisé par Alpha Ousmane Bah

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 23 octobre 2024 10:36

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , , ,