« Tout est possible avec une vision »: A la découverte de Jeanne Camara, femme d’audace au parcours inspirant

À Nzérékoré, capitale de la Guinée Forestière, brille de mille feux l’étoile d’une jeune dame : Jeanne Camara. De par son courage, sa vision et sa persévérance, cette mère de trois enfants, a su bâtir Janny Élégance SPA, un centre de beauté de référence, situé à Nyen, un quartier de la commune urbaine de N’zérékoré.

Inauguré en août 2025, son salon de beauté ultramoderne est plus qu’un simple centre. C’est une échelle pour des dizaines de jeunes filles et garçons qui suivent une formation. A 44 ans, Jeanne Camara est l’incarnation de la femme battante qui force l’admiration dans la cité Zaly.

En ce mois de mars consacré à la célébration des droits des femmes, Africaguinee.com est allé à la rencontre de cette entrepreneure au parcours exceptionnel et dont l’activité cadence le développement socio-économique de la communauté. Reportage. 

Un métier appris très tôt

La trajectoire de Jeanne Camara dans la coiffure remonte à son jeune âge. Après quelques années passées sur les bancs de l’école, elle décide d’embrasser une formation professionnelle. « J’ai été scolarisée mais je me suis limitée à la troisième année. Je n’arrivais pas vraiment à m’en sortir à l’école. Quand mon papa m’a demandé ce que je voulais apprendre, je lui ai dit que je voulais faire de la coiffure », confie-t-elle.

Les parents de Jeanne l’inscrivent alors chez Pèpèné qui veut dire « maman de Pèpè » en guerzé, une formatrice établie à Dorota. Jeanne y passe quatre années d’apprentissage avant de terminer sa formation en 2000.

« À l’époque, le diplôme n’était pas trop à la mode. Nous sommes simplement allées remercier la maîtresse », se souvient-elle.

Les débuts modestes d’une entrepreneure

Après son apprentissage, Jeanne Camara se lance rapidement dans l’entrepreneuriat. Elle ouvre son premier salon la même année, devant chez la famille Dadis. « Quand j’ai ouvert mon premier salon en 2000, je n’avais que cinq apprenants. Mais avec le temps, l’effectif a augmenté », explique-t-elle.

Au fil des années, Jeanne multiplie les expériences et les ateliers dans différents quartiers de Nzérékoré.

Une expérience à l’étranger pour se renforcer

En 2007, Jeanne Camara tente l’aventure au Liberia pour deux ans afin d’améliorer son savoir-faire et ses revenus.  « J’étais allée chercher de l’argent. À Monrovia, j’ai ouvert un salon », confie-t-elle.

De retour en Guinée, elle poursuit ses activités mais comprend rapidement l’importance de se perfectionner. À l’époque, le maquillage professionnel commençait à être en vogue. Déterminée à se spécialiser, elle se rend au Ghana où elle suit une formation de deux mois en maquillage et esthétique.

L’idée d’un centre moderne

C’est justement au Ghana qu’elle découvre un modèle de centre de beauté qui l’a profondément inspirée.

« Là où je me faisais former, il y avait une dame qui avait un centre en duplex. J’ai été attirée par son centre. Je me suis dit pourquoi ne pas faire la même chose en Guinée une fois de retour », explique Jeanne Camara.

De retour à Nzérékoré, elle fait part de son projet à sa mère et à ses proches qui l’encouragent à concrétiser cette vision. Elle entame alors la construction progressive de son centre. « Je travaillais petit à petit. À chaque fois que je gagnais un peu d’argent, je construisais un peu », raconte-t-elle.

Janny Élégance SPA, un centre de beauté et de formation

Aujourd’hui, Janny Élégance SPA propose plusieurs services : coiffure, maquillage, massage, soins de beauté, mais aussi un mini studio destiné aux mariés. « Après le maquillage, les mariés peuvent entrer dans le mini studio pour faire des photos », précise-t-elle.

Le centre est également devenu un important lieu de formation professionnelle dans la région. Jeanne Camara encadre actuellement 65 apprenants, un effectif qui témoigne de l’ampleur de son engagement en faveur de l’insertion des jeunes. Pour encourager ses apprenants, elle a instauré un système de primes basé sur le travail effectué.

« Nous avons des reçus pour les clients. Celui qui fait le travail a sa part dedans. Certains apprentis peuvent gagner 500 000 francs guinéens, d’autres 200 000 francs par mois. C’est une manière de les encourager », explique-t-elle.

Des sacrifices et beaucoup de courage

Le parcours de Jeanne Camara n’a toutefois pas été facile. Elle évoque avec émotion les années d’apprentissage marquées par de nombreuses privations.

« Nous marchions pour aller apprendre le métier parce qu’il n’y avait pas de mototaxi. Et souvent, c’est le manioc grillé qu’on mangeait », se rappelle-t-elle.

Malgré ces obstacles, elle affirme que la clé de la réussite reste la détermination. « Si aujourd’hui je suis là, c’est grâce au courage. Quand tu apprends un métier et que tu as une grande vision, tu peux t’en sortir », rassure-t-elle.

Un message fort aux femmes

Mariée et mère de trois enfants, deux garçons et une fille, Jeanne Camara souhaite transmettre un message fort aux femmes et aux jeunes filles de Nzérékoré.

« Je demande aux femmes et aux filles de prendre courage et d’apprendre un métier. Quand une femme travaille, cela l’honore et cela la soulage », conseille-t-elle.

Elle invite également les jeunes à la persévérance et à la discipline. « On peut commencer petit, mais avec le courage et la vision, cela peut grandir », conclut-elle.

À travers son parcours, Jeanne Camara incarne la détermination et la résilience de nombreuses femmes africaines qui, malgré les obstacles, réussissent à bâtir des initiatives porteuses d’espoir et de développement pour leurs communautés.

Un reportage de Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 12 mars 2026 15:45

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