Modèle de réussite : A la rencontre de Hassanatou Bah, l’enseignante qui révolutionne la culture de l’ananas à Kindia
KINDIA –Entre les amphis de l’Université de Kindia et les champs d’ananas de Friguiagbé, Hassanatou Bah trace un sillon exemplaire. À 30 ans, cette enseignante, épouse et fondatrice de « Jumelles Agribusiness », s’impose comme une figure de proue de l’agroécologie dans la cité des agrumes. Malgré les défis liés au foncier et une lutte courageuse contre une infection pulmonaire chronique, elle transforme le terroir guinéen avec passion et résilience. Portrait d’une entrepreneure déterminée qui allie savoir académique, engagement écologique et développement local.

Mariée, entrepreneure agricole et enseignante universitaire, Hassanatou Bah, 30 ans, force l’admiration. Ce samedi 31 janvier 2026, notre rédaction Africaguinee.com est allée à la rencontre de cette jeune femme courageuse, déterminée et engagée pour le développement agricole local.
Fondatrice de “Jumelles Agribusiness”, Hassanatou évolue principalement dans la culture de l’ananas agroécologique et la production de miel, un secteur en pleine expansion dans la préfecture de Kindia.
Créée en 2019, “Jumelles Agribusiness” repose sur une vision durable de l’agriculture, a-t-elle entamé. « Nous louons des terrains et nous faisons de la production agroécologique, en utilisant uniquement des engrais organiques comme la bouse de vache. Nous n’utilisons pas d’engrais chimiques », explique-t-elle.

De la mise en culture jusqu’à la récolte, tout est soigneusement organisé. Des employés suivent régulièrement les champs. À maturité, une partie de la production est vendue sur les marchés locaux, tandis que l’autre est transformée sur place en jus d’ananas, vendu à 10 000 francs guinéens l’unité.
Entre université, foyer et entreprise
En parallèle de ses activités agricoles, Hassanatou Bah est enseignante vacataire à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université de Kindia. Une responsabilité supplémentaire qu’elle assume avec rigueur, malgré les nombreuses contraintes. « Ce n’est pas facile de concilier le foyer, l’enseignement et l’entrepreneuriat. Mais j’ai la chance d’avoir un mari compréhensif qui me soutient énormément dans mes activités », confie-t-elle.

Une lutte silencieuse contre la maladie
Depuis 2014-2015, Hassanatou vit avec une infection pulmonaire chronique, une épreuve qui n’a pourtant pas freiné sa détermination. « Ce n’est pas facile de vivre avec cette maladie, mais je garde l’espoir qu’un jour, elle sera totalement éradiquée », dit-elle avec foi.
Parmi les défis majeurs rencontrés, la jeune entrepreneure cite l’insécurité foncière. « Le fait de louer des terrains nous expose à beaucoup de problèmes, même lorsqu’il y a des conventions. Il arrive parfois que des champs soient incendiés à cause de conflits ou de jalousies », déplore-t-elle.

L’entrepreneure appelle les autorités à faciliter l’accès à des terrains agricoles sécurisés pour les jeunes producteurs. Bien qu’elle n’ait jamais été victime d’incendie, Hassanatou insiste sur la prévention : nettoyage régulier des champs, retrait des feuilles mortes et surtout bonne collaboration avec les communautés locales.
« On ne peut pas venir dans un village et imposer ses lois. Il faut travailler avec les villageois », conseille-t-elle.
La présence d’usines de transformation à proximité, notamment Tropico et Daboya, est perçue comme une réelle opportunité. « Elles sont nos clientes et nous aident beaucoup, car la vente directe aux usines est souvent plus bénéfique », souligne-t-elle.

Grâce à “Jumelles Agribusiness”, plusieurs jeunes trouvent un emploi stable. L’activité contribue également à l’enrichissement des sols et au développement des relations économiques locales, notamment dans la zone de Friguiagbé.
Le soutien familial, un pilier essentiel
Hassanatou ne cache pas sa reconnaissance envers sa famille. « Sans eux, je ne serais jamais arrivée là. Ils m’ont soutenue moralement et financièrement », affirme-t-elle.

Reconnu pour sa qualité à l’échelle internationale, l’ananas de Kindia représente un immense potentiel. Hassanatou Bah lance un appel à l’État pour valoriser davantage ce fruit. « Nous demandons plus d’accompagnement pour ne pas souffrir davantage et pour mieux valoriser cette richesse locale. »

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 2 février 2026 12:20Nous vous proposons aussi
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