Mise en œuvre de l’accord du 3 janvier : Le collectif des contractuels récuse la démarche des autorités
CONAKRY- Le processus d’intégration des enseignants contractuels à la Fonction publique guinéenne traverse une nouvelle zone de turbulences. Le collectif des non retenus s’oppose formellement au choix des interlocuteurs désignés par le Secrétariat général du ministère du Travail pour siéger au sein de la commission paritaire. Soutenus par les principaux syndicats de l’éducation (FSPE, SLECG, SNE), ils exigent d’être directement associés au traitement de leurs dossiers pour garantir la transparence du processus.
Le collectif son opposition à la démarche engagée par le ministère du Travail et de la Fonction publique dans la mise en œuvre du protocole d’accord signé le 3 janvier 2026. Il rejette notamment l’implication de l’ex-coordination dans le processus d’examen des dossier. Mamadou Diaka Sow, porte-parole national du collectif s’est confié à Africaguinee.com. Explications.
« C’est avec une grande déception que nous avons appris, à travers les réseaux sociaux et certains médias, le courrier de transmission pour la mise en place de la commission de travail concernant le dossier des enseignants contractuels communaux non retenus, dont nous sommes concernés et victimes de cette situation.
Je tiens à rappeler que c’est la Fonction publique qui a adressé ces courriers aux trois structures syndicales et, pire encore, à l’ex-coordination, que certains qualifient déjà d’“ex”. Cela veut dire que des personnes qui ne sont plus des contractuels concernés sont impliquées, mais aussi une personne qui, aujourd’hui, a abandonné ses propres frères et sœurs au détriment de la politique.
Nous avons donc constaté la situation que nous avions dénoncée. Aussitôt, toutes les structures syndicales de l’éducation, à savoir la FSPE, le SLECG et le SNE, se sont opposées en bloc à cette décision unilatérale prise par la Fonction publique sans aucune consultation.
Je tiens d’abord à rappeler que depuis la publication des résultats, les personnes à qui la Fonction publique a adressé ce courrier ne nous ont jamais soutenus. Leur première réaction, après le 8 août, a été de dire que les contractuels non retenus ne sont pas des enseignants contractuels, mais plutôt des personnes fabriquées, des mécaniciens, etc.
C’est après notre manifestation, au cours de laquelle nous avons brandi des documents légaux, nos récépissés d’enrôlement biométrique et toutes les preuves, et porté notre situation sur la place publique, que ces personnes ont été remises à l’ordre
Deuxièmement, avant et après la pratique de classe, après les différents processus, ces personnes ont cautionné l’engagement de 10 000 enseignants au détriment de 14 000 qui se trouvaient pourtant en situation régulière, en bonne et due forme. Donc, les 14 000 devaient être automatiquement engagés à la Fonction publique. Mais ils ont cautionné cette division en prenant les 10 000 et en laissant les 4 000 autres.
C’est après les résultats du 8 août 2024 que nous nous sommes constitués en collectif à travers les 33 préfectures. Nous nous sommes organisés pour défendre principalement nos droits. J’ai pris l’initiative de la création de ce collectif et, avec mon équipe, nous avons rencontré toutes les structures syndicales de l’éducation. Nous avons rencontré toutes les centrales, à savoir l’USTG et la CNTG. Nous avons également rencontré toutes les institutions républicaines : le CNT, la Primature, la Présidence de la République, le CNDS. Nous avons rencontré tous les départements ministériels, toutes les personnes de bonne volonté et les sages de l’intérieur du pays. Nous sommes allés partout pour montrer non seulement notre frustration et notre mécontentement, mais aussi pour plaider afin d’être rétablis dans nos droits, car c’était une énorme injustice.
Voyant que la situation tardait à évoluer, nous nous sommes mobilisés et nous sommes venus à Conakry pour organiser des manifestations d’envergure. C’est à l’issue de ces manifestations que les autorités ont commencé à nous écouter. Elles ont fait des promesses, mais ces promesses n’ont pas été réalisées. Nous avons donc poursuivi les manifestations jusqu’à ce que, personnellement, je sois emprisonné avec certains de mes camarades afin que les 4 000 jeunes, pères et mères de famille, soient rétablis dans leurs droits.
Nous sommes sortis sous la pluie, sous le soleil et dans toutes les conditions difficiles possibles.
Donc cette situation a créé davantage de frustration. Ces derniers temps, après plusieurs étapes, le gouvernement a ouvert, à travers la grève lancée par l’intersyndicale de l’éducation, des couloirs de négociation. Un premier accord a été signé, malheureusement il n’était pas favorable. Un second accord a ensuite été obtenu et celui-ci a été réellement consensuel.
Notre engagement a été acté de façon officielle : nous serons engagés d’office, sans passer par un autre concours de pratique de classe. Il est seulement question de la remontée des listes et du traitement des dossiers. Ces dossiers seront examinés à travers les listes transmises par le collectif, les DPE et les différents ministères, qui devront ensuite sortir notre arrêté d’engagement à la Fonction publique.
Nous sommes actuellement à cette phase de mise en place de ce processus. Il faut également rappeler que nous avons été victimes à tous les niveaux. Ces mêmes personnes à qui la Fonction publique a adressé le courrier ont été à la base du paiement d’une partie des concernés, en laissant d’autres de côté.
Concernant les 6 millions promis par le gouvernement guinéen, la majorité, à ce jour, n’a pas reçu son argent. Ils avaient pourtant annoncé que les premiers responsables, dont moi-même ainsi que mes représentants, seraient retirés de la liste des bénéficiaires. Et c’est ce qu’ils ont fait. Je n’ai pas reçu mon argent, mes représentants non plus, et la majeure partie des enseignants également. Dans certaines préfectures, telles que Boké, Kissidougou et Mandiana, personne n’a reçu son argent. Cela a donc créé de vives frustrations à ce jour.
Récemment, le collectif des non retenus a aussi travaillé sur ce fichier. Nous avons séparé les personnes déjà payées de celles qui ne l’ont pas encore été. À ce jour, nous avons la situation bien maîtrisée.
La seule raison pour laquelle la Fonction publique veut à nouveau impliquer cette coordination, c’est pour créer une complicité visant non seulement à écarter tous les responsables qui ont mené le combat, mais également à écarter et remplacer les milliers d’enseignants contractuels communaux non retenus.
Nous attirons donc solennellement l’attention du Président de la République, Son Excellence Mamadi Doumbouya, ainsi que du Premier ministre, Amadou Oury Bah, garant du dialogue social. Car vouloir écarter, à ce stade, les responsables des enseignants contractuels et les autres concernés serait une catastrophe. Cela ouvrirait la voie à de nouvelles manifestations de rue, ainsi qu’à des discordes dans nos concessions scolaires, comme ce fut le cas lors des grèves de novembre et décembre passés. Chose que nous ne voulons pas.
À ce jour, nous apprécions vivement la sortie de la FSPE, à travers son secrétaire général, qui a ouvertement demandé au gouvernement et à toutes les entités concernées de faire en sorte que le collectif soit autour de la table afin d’établir la vérité des faits.
Nous apprécions également la prise de position du SLECG, qui a clairement indiqué qu’il s’oppose à la décision de la Fonction publique et estime plutôt que notre collectif, dirigé par Algassimou, doit siéger autour de la table. Car ce sont les personnes qui ont défendu le dossier, celles qui maîtrisent le dossier et celles qui sont écoutées par la base à l’intérieur du pays, afin de garantir la transparence et la fiabilité dans le traitement du dossier des non retenus..
Nous sommes à une période très sensible pour notre pays. Le Président a affirmé que les jeunes et les femmes seront au centre de son action. Nous sommes très jeunes et nous voulons promouvoir cette vision. Pour accélérer le processus, il faut que, dès la semaine prochaine, la Fonction publique rectifie le tir et nous envoie le courrier afin que nous puissions désigner les personnes qui doivent siéger dans cette commission. Il faut également que les travaux se terminent à temps afin que nous obtenions notre arrêté d’engagement avant le Ramadan ou, au plus tard, avant la fin du mois de février 2026. Le Ramadan approche et il y a plusieurs jeunes, plusieurs pères et mères de famille qui attendent cela pour sortir du calvaire, car nous vivons actuellement dans des conditions très difficiles.
Je rappelle également que c’est cette même coordination qui a renoncé à nos deux ans et six mois de salaire sans consulter la base. Donc, tout ce que nous vivons actuellement est, selon nous, lié à leurs actions, en complicité avec la Fonction publique. Et c’est ce que la Fonction publique tente encore d’imposer aux enseignants contractuels communaux non retenus. Nous ne nous laisserons pas faire. Tous les représentants des 33 préfectures, ainsi que les enseignants à la base, ont décidé que si l’ex-coordination est impliquée, nous organiserons des manifestations dans les jours et semaines à venir à Conakry. Nous attirons également l’attention du CNDS à ce sujet.
Nous invitons tous les enseignants à rester sereins et calmes, en attendant la décision de nos responsables syndicaux, à savoir la FSPE dirigée par Alpha Gassim Bah, le SLECG dirigé par Dame Kadiatou Bah et Aboubacar Soumah, ainsi que le SNE dirigé par Michel Pépé Balamou.
Ce sont ces trois responsables syndicaux dont nous suivrons les directives, car nous avons compris qu’ils sont de notre côté, qu’ils nous soutiennent et qu’ils défendent la vérité. Quand quelqu’un agit bien, il faut le reconnaître”, a exprimé ce dimanche 1er février le porte-parole des enseignants contractuels communaux non retenus.
Dossier à suivre
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
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