Massacre du 28 septembre en Guinée : Où juger Dadis Camara ?

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OUAGADOUGOU- La condamnation, lundi à Dakar de l'ex dictateur Tchadien, Hissène Habré, à la réclusion criminelle à perpétuité, par une juridiction spéciale, marque un tournant décisif dans l'histoire de la Justice internationale.

C'est pour la première fois que des juridictions d'un pays juge un Chef d'Etat d'un autre pays pour des crimes. Cette nouveauté relance de plus belle, la question du jugement de l'ancien Chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, inculpé dans le massacre du 28 septembre 2009.

L'ex capitaine vivant à Ouagadougou depuis maintenant plus de cinq ans manifeste une envie de rentrer dans son pays, la Guinée, pour faire face à la Justice. Mais il n'en demeure pas moins que les autorités guinéennes ne sont pas enclines à lui faciliter la tâche. En août 2015, soit environs deux mois après son inculpation, l'avion le transportant a été sommé de ne pas atterrir à l'aéroport d'Abidjan où il devait faire escale avant de rallier Conakry.

Ce retour avorté a laissé un arrière-goût amer dans ses relations avec le Pouvoir d'Alpha Condé, et avait fait couler beaucoup d'encre et de salive. A l’époque, les autorités du pays qui avaient accéléré la machine judicaire quelques semaines plutôt, pour inculper l'ex homme fort de Conakry, pour un massacre de 157 civils, s’étaient défendu d’être derrière ce retour manqué.

Même si aucune date n’est fixée pour l’ouverture du procès, c’est un secret de polichinelle d’affirmer que le jugement Dadis Camara sur le territoire national, embarrasse Conakry. Puisqu’il faut dire que l’ancien Chef du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), reconverti en politicien l’an dernier à la veille de présidentielle, jouit d’une certaine popularité dans la région forestière d’où il est originaire. Plusieurs manifestations ont d’ailleurs été organisées par ses partisans dans cette région (instable) pour exiger son retour au bercail, en vain.

Si les autorités guinéennes craignent que le retour de Dadis en Guinée ne devienne une source "d’instabilité", peuvent-elles alors envisager de le juger à Ouagadougou ? Rien n'est moins sûr. Car pour le cas d'Hissène Habré, condamné à Dakar, son jugement n'a été possible qu'au nom d'un concept clef de la Justice internationale : la compétence universelle.

 À travers ce concept, on peut engager des poursuites judiciaires contre une ou plusieurs personnes hors du pays où les crimes sont commis. Peut-on alors s’attendre à ce que la Justice guinéenne invoque le principe d'universalité pour demander à la Justice Burkinabé de s'occuper de l’hôte "encombrant" ?

Pour le juriste Mohamed Camara, le cas de l’ancien chef de la junte guinéenne est différent de celui d’Hissène Habré, jugé par une juridiction ad-hoc. Toutefois, il note que le cas Dadis Camara, la distance peut être réglée par la mise en place d’une commission rogatoire. Cependant, précise-t-il, « il faut préalablement qu’il y ait un accord entre la Guinée et le Burkina Faso. C’est une question de volonté politique. Si le procès est entamé, les juges guinéens peuvent faire une commission rogatoire », nous renseigne l’universitaire.

Affaire à suivre…

 

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le 31 mai 2016 19:12

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